[Film – Critique] The GrandMaster de Wong Kar Wai

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Le très rare Wong Kar-Wai revient, 6 ans après la relative déception My Blueberry Nights (2007) -incursion en demi-teinte dans le cinéma américain- avec un film aux allures d’épopée mélancolique, de poème visuel et de biopic romancé quasi-hagiographique. The Grandmaster est une merveille esthétique, que chaque scène illumine d’une parfaite beauté envoutante mais dessine, bien au-delà du simple objet plastique, et de son  récit parfois sinueux, un équilibre zen entre la beauté et l’histoire, une harmonie apaisante entre la culture chinoise  de la maitrise et le feu de la passion. Raison et passion guident The Grandmaster vers les sommets de la grâce, non sans laisser le spectateur parfois sceptique devant tant de contrôle, tant d’obsession de la perfection virtuose ; scepticisme parfois accru par la cohésion un peu décevante de l’ensemble.

Dans Chungking Express (1994), Les Anges Déchus (1995) ou Happy Together (1997), Wong Kar-Wai filmait déjà la passion contrariée, parfois impossible, parfois espérée mais toujours difficile, tout en habillant ses films d’une poétique mise en scène, laquelle faisait éclater un ton mélancolique sur l’ensemble de l’œuvre. L’apogée du style Wong Kar-Wai est atteint avec son inoubliable In The Mood for Love (2000). Depuis, force est de reconnaitre que le réalisateur hongkongais donne le sentiment de vouloir, systématiquement, reproduire la même magie… 

The Grandmaster offre la même maitrise graphique, les ralentis y étant sublimes, les ocres et les noirs et blancs de la photographie de Philippe Le Sourd touchent à l’idéal, la musique caresse toujours l’affliction la plus émouvante. Particulièrement, le travail de William Chang -un habitué des collaborations avec Wong Kar-Wai- est impressionnant : les costumes, les décors, le montage et l’ensemble technique sont un des éléments essentiels de l’impression de cohérence qui se dégage du film sur le plan artistique. Le montage son est savamment réalisé, ponctué de ruptures radicales, y compris au niveau de la musique, pour coller au récit chaotique et tumultueux des héros.

Passée cette fascination, qui frôle parfois l’émerveillement et l’envoûtement poétique, on peine à suivre avec intérêt l’histoire romancée d’Ip Man (Tony Leung Chiu Wai, de plus en plus charismatique, et toujours excellent), inspirée de l’histoire du vrai Ip man, le célèbre maître du non moins célèbre Bruce Lee. A travers ses rencontres avec Gong Er (Zhang Ziyi, radieuse -la véritable héroïne du film?-), La Lame ou Ma San, c’est tout le Kung-fu (son évolution, ses différents courants) que le réalisateur raconte sur fond d’histoire de la Chine du 20ème siècle… Les rencontres de ces héros solitaires, agrémentées de quelques combats de haut-vol, chorégraphiés par Woo-Ping Yuen (auteur déjà des chorégraphies des combats de Matrix, Kill Bill, Tigre et Dragon, Il était une fois en Chine…) apportent à cette histoire de rédemption et de recherche zen un côté super-héros élégants.

Toutefois, l’ensemble reste très disparate, entre kung-fu, histoire d’amour, film historique et introspection personnelle ; ce qui, au lieu d’aboutir à un film fresque, solide et cohérent, provoque un déséquilibre parfois déstabilisant. Malgré tout, la force poétique de Wong Kar-Wai est telle qu’il est impossible de ressortir sans être marqué par l’une ou l’autre des formidables scènes qui ponctuent régulièrement le film : certaines sont de véritables chefs d’œuvre isolés… Un patchwork de fulgurances, de joyaux du septième art, un puzzle d’images prodigieuses, repoussant les limites de tout esthète, mais un récit et un ensemble fragiles, presque confondus dans une cohésion indistincte. Un plaisir au goût de gourmandise, qu’importe l’imperfection de sa totalité ; The Grandmaster reste une réussite : parfois le tout est plus grand que la somme des parties, ici, c’est l’inverse et cela nous va aussi.

Rick Panegy

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