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[Film – Critique] Le Magicien d’Oz de Victor Fleming : Légende incontournable

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En 1939, la Metro-Goldwyn-Mayer produit l’un de ses films les plus chers de son temps en adaptant le conte pour enfants à succès Le Magicien d’Oz de l’auteur américain L. Frank Baum paru en 1900. Après un score moyen au box-office américain lors de sa sortie, cette comédie musicale qui suit l’aventure de la jeune Dorothée (Judy Garland) dans l’univers fantastique du pays d’Oz en Technicolor, va devenir l’un des films les plus vus aux Etats-Unis de tous les temps. Retour sur une légende.

Dorothée Gale vit au Kansas dans la ferme de sa Tante Em (Clara Blandick) et son Oncle Henry (Charley Grapewin). Alors qu’une menaçante tornade pousse sa famille à se réfugier dans un abri sous-terrain, Dorothée, laissée au dehors, se cloitre dans sa maison en compagnie de son chien Toto. La petite maison emportée par la tornade atterrit dans une contrée inconnue : Oz. Pour retourner chez elle, Dorothée devra se rendre chez un mystérieux magicien et affronter la méchante sorcière de l’ouest (Margaret Hamilton). En chemin, elle fera la connaissance d’un épouvantail sans cerveau (Ray Bolger), d’un bûcheron de fer sans cœur (Jack Haley) et d’un lion sans courage (Bert Lahr).

Aujourd’hui, Le Magicien d’Oz est sans conteste l’un des films les plus importants de le culture américaine. Diffusé tous les ans à la télévision US pendant la période de Noël depuis 1956, le film contribue à l’imaginaire collectif outre-atlantique, façonnant l’émerveillement et les peurs de plusieurs générations de jeunes américains. Pas étonnant venant de l’adaptation d’un conte de fée 100% américain loin des princesses et des chevaliers des contes européens. Ici, l’héroïne est une jeune fermière emportée par un cyclone du Kansas. Elle rencontre un épouvantail au milieu d’un champs de maïs et découvre que l’homme qui se cache derrière les traits du puissant magicien (Frank Morgan) n’est autre qu’un compatriote venu d’Omaha. Mais la force de cette histoire vient également du fait qu’elle assure une certaine continuité avec les contes traditionnels tant par sa structure que par certains de ses personnages comme la méchante sorcière de l’Ouest ou la bonne fée Glinda (Billie Burke). L. Frank Baum souhaitait écrire un conte de fée moderne focalisé sur le merveilleux et la distraction de ses jeunes lecteurs sans leur infliger les classiques ressorts moralisateurs et terrifiants des contes de fée européens où l’héroïne payait souvent de ses erreurs ou de ses mauvais choix.

Merveilleux, distrayant et très américain, la Metro-Goldwyn-Mayer se devait d’adapter le conte de L. Frank Baum pour célébrer les débuts du Technicolor. Elle y investira 2 millions de dollars pour sa production. Mais l’adaptation cinématographique de Victor Fleming  qui respecte l’ambiance et les principaux éléments de l’histoire originale, a procédé à ses petits remaniements pour y insuffler une morale toute hollywoodienne. Au début du film Dorothée fuit sa famille sans l’once d’un regret, c’est cette erreur qu’elle commet qui l’empêchera de se protéger du cyclone et l’enverra loin de chez elle au pays d’Oz pour qu’elle se rende compte du mal qu’elle cause à sa tante et vive une aventure parfois terrifiante. Dans sa ferme du Kansas, on lui fait également remarquer qu’elle choisit volontairement de rentrer tous les soirs de l’école en passant par un chemin qui la mène devant la maison d’Elmira Gulch. Un choix qui mène souvent son chien Toto à pourchasser le chat d’Elmira et qui précipitera le conflit qui la poussera à fuir la ferme. Il est d’ailleurs intéressant de voir que le film ne résoud jamais cette partie de l’intrigue qui ne figure pas dans le livre. L’ordre d’arrestation du Shérif à l’encontre du chien Toto court-il toujours lors de son retour/réveil à la fin du film ? La notion du rêve même est une invention du film par rapport au conte. En choisissant de montrer que Dorothée est assommée lors du passage de la tornade et en choisissant les mêmes acteurs dans la partie Oz en couleur (l’imaginaire) que dans la partie Kansas en noir et blanc (le réel), Noel Langley (en charge de l’adaptation) apporte une explication toute naturelle à l’aventure de Dorothée, laissant peu de doutes sur le fait qu’il s’agit en fait d’un rêve et non d’une contrée mystérieuse cachée quelque part comme dans le conte.

Le secret de longévité du succès de ce film réside sans doute en grande partie dans le fait qu’il s’agit d’un véritable conte de fée des temps modernes contenant les ingrédients les plus fascinants, à la fois merveilleux et terrifiants. Bon nombre d’épisodes angoissants des aventures de Dorothée hantent encore l’imaginaire collectif : la vilaine sorcière de l’Ouest qui interrompt la fête des Munchkins au début du film, les champs de coquelicots mortels, les premiers échanges impressionnants avec l’imposante figure du magicien d’Oz, la garde armée de la sorcière et son chant guttural, la boule de cristal qui retransmet l’inquiétude de la tante de Dorothée, l’écoulement du temps dans le sablier géant de la sorcière et surtout les dangereux singes volants. Certains de ces épisodes ont été purement inventés pour le film tandis que d’autres dans le conte ont été laissés de côté (l’araignée géante, la décapitation des loups par le bûcheron de fer…). Ces épisodes contribuent, comme dans tout bon conte de fée qui se respecte, et outre la possibilité pour les enfants d’exorciser leurs peurs, à rendre le merveilleux et le joyeux encore plus réconfortants : la ville miniature des Munchkins, l’arrivée de la bonne fée Glinda à bord de sa bulle de savon géante, la cité d’émeraude qui se profile au fond du paysage, les chaussons magiques en rubis (en argent à l’origine dans le conte, idée brillante de leur donner une couleur de pierre précieuse rouge répondant à l’émeraude verte du palais et au chemin de briques jaunes pour cette adaptation célébrant l’avènement du Technicolor) le tout mis en musique par les incontournables chansons d’Harold Arlen, dont le sacro-sainte classique Somewhere over the Rainbow. Le conte, comme le film, apprend aux plus jeunes que malgré les difficultés il existe un côté positif et de valeureux héros pour les surmonter, y compris sous les traits d’une enfant résiliente face à l’adversité (les premières rencontres avec le lion et le magicien, la sorcière) lorsqu’elle ou ses compagnons sont menacés. Sa bravoure philanthrope et dénuée d’égo (sa fugue du début pour sauver son chien, sa tristesse face au chagrin que sa disparition inflige à sa tante) va jusqu’au crime (elle tue les deux méchantes sorcières). Ces crimes sont tout deux indirectes ce qui évite toute question morale. Un conte initiatique sur l’entre-aide où chacun recherche quelque chose qu’il possède déjà en lui (le moyen de rentrer au Kansas pour Dorothée, l’intelligence pour l’épouvantail, le courage pour le lion et des sentiments pour le bûcheron de fer) pour enfin croire en soi-même sans individualisme ou matérialisme. En effet les objets remis par le magicien à la fin sont dénués de valeur marchande. C’est également un conte très féminin avec son personnage d’héroïne au centre de l’histoire face à son ennemie la sorcière. Ici les personnages masculins ne sont que secondaires et attachant, loin des allusions sexuelles et des antagonismes homme/femme de contes comme le petit chaperon rouge.

Véritable conte initiatique classique maintenant ancré dans l’inconscient collectif américain, Le Magicien d’Oz est aujourd’hui entré dans la légende du cinéma hollywoodien et a suscité depuis de nombreuses déclinaisons (films, romans, comédies musicales, dessins animés, bande-dessinées, jeux vidéos… sans parler du merchandising) jusqu’au récent prequel de Sam Raimi Le Monde Fantastique d’Oz produit par Disney.  Sans avoir remporté de récompense à l’époque de sa sortie, le film de Victor Fleming figure aujourd’hui sur de nombreuses listes de renom des films incontournables de l’histoire du cinéma (de l’American Film Institute à celle du magazine Rolling Stone en passant par celle du Vatican qui ne compte que 15 film dans sa catégorie Arts).

Philip Pick

 

Regarder la bande annonce en VOST du Magicien d’Oz de Victor Fleming (1939)