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[Danse/Théâtre – Critique] Hors-Champ de Michèle Noiret

Plein cadre
by 15 mai 2013
Verdict...
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Rick Panegy
Philip Pick
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LA CRITIQUE

Hallucinations – C’est de la formule « j’hallucine » que Michèle Noiret tire l’idée de sa dernière création : une exploration des frontières entre le réel et le fantasmé, entre l’imaginaire et le vécu. Dans une formidable et ambitieuse mise en scène, mêlant le théâtre, la danse et le cinéma -surprenante et stupéfiante collaboration avec le cinéaste Patric Jean- , auxquels s’ajoute un excellent travail autour de la lumière  et de la musique, elle transporte le spectateur dans le récit d’une histoire aux contours de film noir. S’échappant de la pure lecture linéaire, trop sclérosante pour sa créativité débordante, l’artiste belge repousse avec Hors-Champ les limites de l’espace scénique, se joue des contraintes frontales scène/public et éclate la narration par différentes lectures d’une même scène : l’utilisation de la vidéo, sur scène, comme un outil légitimement inhérent au projet, donne tout son sens à la collaboration de l’image et du spectacle vivant.

Sur scène, les danseurs sont en permanence suivis et filmés par un caméraman (Vincent Pinckaers). Sur scène… et hors de la scène ; car en effet, l’espace scénique de ce Hors-Champ dépasse les limites du plateau : derrière les décors, comme autant de réalités invisibles jusqu’alors, le récit se poursuit, relayé sur scène par les images capturées par le caméraman. Habile trouvaille, qui permet un champ d’action démesurément vaste, et qui permet, outre le fait de retransmettre le « hors-champ » (dans son sens de « hors-cadre »), de filmer -en direct ou en différé – la scène et les acteurs tels que les spectateurs ne peuvent les voir. Ainsi, une scène filmée dans un plan serré, une autre dans un angle ingénieux, sont retransmises sur l’écran ou sur les murs, permettant au spectateur une lecture à plusieurs niveaux de l’intrigue et démultipliant alors les sensations ou les immersions sensibles.

L’image élargit le plateau, transforme les perspectives, révèle les émotions Michèle Noiret

Peu de dialogues dans cette histoire, dont l’intrigue importe finalement peu, au regard de l’ensemble esthétique et de la prouesse technique. Le récit habilement enchevêtré dans une porosité entre réel et fantasme – On pense à David Lynch – fait éclater les repères les plus normés pour perdre le spectateur dans une confusion d’émotions : le regard sans cesse balancé du vivant à la représentation du vivant, du concret à son écho modifié par l’image, l’esprit en permanence perturbé par la remise en question, et l’ensemble accompagné d’une parfaite composition originale de Todor Todoroff, Hors-Champ ne ressemble alors à rien d’autre (si ce n’est à du Michèle Noiret, dont le travail entre image et danse – voir In Between - atteint ici un paroxysme maitrisé de bout en bout)

C’est l’essence du travail chorégraphique. On ne peut parler du monde qu’à travers les individus qui le composent.
 A travers leur comportement, l’état de leurs émotions, leurs contradictions, leurs ambiguïtés, leur complexité. La danse, avec beaucoup de travail visuel et sonore, peut révéler des sentiments qui sont universels, mais tellement enfouis qu’il est très difficile de les dire et de les réduire à des mots. Mais sans les mots, le sens de ce que l’on voit et la signification des images restent aussi très ouverts : il faut de l’intuition et des convictions pour tenter de serrer au plus près ces choses impalpables. Michèle Noiret

On comprend vite alors que ce Hors-Champ n’est pas seulement ce que le caméraman filme hors du plateau, ou ce qu’il filme sur scène tel qu’on ne le voit pas : ce Hors-Champ, c’est surtout ce qui apparait miraculeusement, de manière indéfinissable, lorsque le corps du théâtre et de la danse se marient avec l’image pour créer un inédite sensation, sublimée par les lumières de Xavier Lauwers et l’excellente scénographie de Sabine Theunissen. L’intrigue se teinte d’une aura mystérieusement glauque et étrange, faisant exploser ce qui n’était qu’un sous-texte : l’hallucination, l’obsession, les chimères prennent corps pour devenir la colonne vertébrale d’un récit d’impressions. L’expérience est un peu longue, mais totalement inédite.

Rick Panegy

 

Voir le site de la Compagnie Michèle Noiret.

Crédits Photos : SERGINE LALOUX

 

 

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