[Film – Critique] Oblivion de Joseph Kosinski

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Les exemples sont légions des adaptations de Bandes-Dessinées et de Comics, mais lorsque l’auteur lui-même s’y colle, avouons qu’on y accorde un regard tout particulier, mi-rassuré, mi-inquiet… Oblivion est l’adaptation de Joseph Kosinski de son propre roman graphique. Tom Cruise sur l’écran, gros budget (140 millions de dollars), l’intime de son roman graphique s’évanouit un peu derrière la perfection visuelle et l’application scénaristique.


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Récemment, Zep adaptait lui-même son Titeuf (2010) au cinéma. Résultat : pas grand chose. Récemment encore, c’est Joann Sfar qui se lançait dans l’auto-adaptation : Le Chat du Rabbin (2011) était la preuve qu’un auteur pouvait ne pas sacrifier son œuvre sur l’autel du divertissement plein écran et se saisir au contraire des possibilités du 7ème art pour développer au mieux le génie qui s’exprime dans le 8ème…

Au tour de Joseph Kosinski de se lancer dans l’auto-adaptation : son Oblivion est d’abord un roman graphique, dont il est l’auteur. Le jeune artiste suédois Andrée Wallin l’illustrait. Qu’allait donner sur grand écran l’adaptation de ce roman épuré, quasi-humaniste, où la désertification de l’humanité redonnait naissance, à travers une sous-jacente mélancolie, à l’espoir dans le genre humain, et ravivait la flamme du sentiment face aux mécaniques mouvements du futur ? Comment les illustrations parfaitement hyper-réalistes de Wallin, et combinant dans un paradoxe d’équilibre la nature et la technique allaient-elles naître à l’écran ?

Kosinski réalise mais est lui-même au scénario et à la production. Wallin est lui aussi de la partie : il devient concept artist (et réalise l’affiche notamment). De quoi rassurer son monde : Oblivion n’est donc pas livré aux studios sans garanties, et le contrôle des pères du projet graphique invite à croire à une œuvre cinématographique fidèle… Vaine espérance ? Universal Pictures et Tom Cruise allaient-ils dénaturer l’essence du roman graphique ? Les lentes deux heures du film écoulées, nous voici rassurés (mais un peu frustrés) : tout est parfaitement ficelé. Le travail technique ne trahit en rien l’ambiance et l’univers, tout y est épuré (à l’image du vide intellectuel, culturel et humain qui règne dans ce futur) et d’une cohérence visuelle maitrisée, jusqu’à la musique de M83, très cinématographique (un poil clichée mais respectant parfaitement tous les codes attendus). [/col2]
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La recherche esthétique explose à chaque plan. Trop ? Un peu, sûrement… Oblivion manque un peu de modestie, embrasse à corps perdu le concept de la science-fiction totale, entre philosophie et dystopie fatalement inévitable. Mais derrière cette contre-utopie qui animent les deux premiers-tiers du film se cache au contraire un optimisme presque étonnant, qui replace l’homme, l’amour et la foi en des valeurs simples au premier plan de la narration. La science-fiction, entre combats époustouflants, vaisseaux, technologie, images de perfection s’efface peu à peu au profit d’un retour à l’élémentaire. De quoi décevoir l’amateur de pur spectacle futuriste. Mais de quoi rassurer sur les intentions de Kosinski, qui donne vie à son héros sous les traits d’un Tom Cruise parfait (fichtre : deux Cruise pour le prix d’un ! De quoi nourrir le bel ego de l’icone hollywoodienne !)

Mais là où, dans le roman graphique, la trame narrative se perdait délicieusement dans les méandres des illustrations contemplatives, suspendant le temps et les repères, le film propose une narration assez conventionnelle, où les rebondissements sont attendus et prévisibles. L’issue est sans surprise. Construit en forme de puzzle, pour suivre les errances du héros, le film a toujours un cran de retard sur le spectateur, qui comprend souvent bien avant le héros ou les personnages quel destin les attend.

L’ensemble est visuellement parfait, narrativement cohérent ; le tout offre un discours futuriste écologiste et humaniste, faisant répondre intelligemment à la vacuité humaine de chaque plan (la défaite apparente de l’Homme) l’omniprésente nature, et faisant se répondre dans ce qui peut ressembler au vrai combat futuriste l’ultra-technologie et la résistance de la Nature.

Kosinski réussit mieux son Oblivion  que sa fade suite Tron : Legacy (2010), qui avait déçu plus d’un fan du cultissime film de Steven Lisberger de 1982. Mais, derrière la perfection graphique de son deuxième film (en attendant Tron 3), il peine à captiver et à rendre chaleureux son discours pourtant radicalement humaniste… Un paradoxe que son scénario, certes sans fausse note, ne parvient pas à effacer : tous les codes y sont scrupuleusement respectés, avec un peu trop d’égard et de politesse, peut-être. On y retrouve tant de références, de 2001, l’odyssée de l’espace à Star Wars, en passant par Total Recall, et même Prometheus…  Kosinski se place en réalisateur du blokbuster mélancolique et (presque) philosophique… Attention, il risquerait de suivre davantage les pas d’un Christopher Nolan que d’un Stanley Kubrick !

Rick Panegy

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3 Comments

  1. Sam_02 dit :

    Il est vrai qu’il n’y a rien à dire au niveau des graphismes, aussi lisses qu’un Prometheus ! Je ne savais pas que c’était tiré d’un comic, et du coup ça m’intéresse de voir à quoi ça ressemble…surtout que le film m’a bien emballé, même si le thème a déjà été vu plusieurs fois auparavant sur les écrans. Même pas une petite critique envers Tom Cruise ? ;-p Et quelle note ?

    1. Rick et Pick dit :

      En effet, issu d’un roman graphique (attention, assez dur à trouver !!!) Oh ben non, Tom est égal à lui-même !! Tu as des réserves toi ? Et oups, la note !!! Oubliée !!!

      1. Sam_02 dit :

        Non pas de réserves, il est toujours aussi bon, certes égal à lui même comme tu le dis ! (3/5 pour moi)

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