[Spectacle – Critique] I Was Looking at the Ceiling and then I Saw the Sky de John Adams

Affiche I was looking at the ceiling and then I saw the sky de John Adams

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Après avoir programmé l’an dernier Nixon in China, l’un des opéras classique les plus fameux du compositeur minimaliste John Adams (1947), le Théâtre du Châtelet nous propose cette année avec I Was Looking at the Ceiling and then I Saw the Sky, la pièce musicale la plus singulière du répertoire de l’artiste américain, crée en 1995.

Basé sur un livret de la poétesse d’origine jamaïcaine June Jordan (1936-2002), John Adams nous fait vivre l’histoire imbriquée de 7 personnages issus chacun de milieux très différents (ils symbolisent les différentes minorités de la société américaine) et les difficultés qu’ils rencontrent au moment du tremblement de terre qui secoua la ville de Los Angeles en 1994. Lorsque les murs s’écroulent, un ciment semble résister et relier la diversité : l’amour…

Il est aussi difficile de classer le style de la pièce I Was Looking at the Ceiling and then I Saw the Sky que de tenter de catégoriser celui de son compositeur John Adams (minimaliste ? néo-tonal ? avant-gardiste ?). Il se situe quelque-part entre comédie musicale américaine et opéra classique et porte bien son sous-titre « A Song-play » (pièce de théâtre avec chansons). Une vingtaine de chansons aux styles très différents s’enchainent sur deux actes, reflétant chacune les origines diverses des personnages. Ainsi, on y découvre des chansons inspirées du Jazz (du be-bop de Thelonious Monk au free jazz d’Herbie Hancock), de la soul, du blues, du rock (inspiré de Queen ou encore de Supertramp) et des ballades aux inspirations latines ou empruntées au répertoire lyrique pop. Un point commun relie tout de même toutes ces chansons éclectiques et qui traverse cette œuvre de part en part: la partition musicale complexe de John Adams qui n’hésite pas à imbriquer son style minimaliste au travers des différents styles qu’il revisite. On notera que la différence des styles musicaux est beaucoup plus marquée dans le premier acte, et qu’au fur et à mesure que l’histoire se déroule et que le tremblement de terre survient enfin (au début du deuxième acte), les styles se mettent à converger vers un genre qui s’apparente davantage à la comédie musicale américaine. Les morceaux sont bien plus entrelacées et atteignent un paroxysme jubilatoire avec la chanson la plus complexe de l’œuvre Duet in the Middle of Terrible Dures où l’on retrouve, comme dans un opéra classique, les thèmes musicaux du premier acte agencés entre les trois personnages se donnant la réplique. L’amour, comme la musique complexe de John Adams, s’imbrique et unit les personnages contraints par le désastre qui vient de se produire.

On notera au passage qu’Alexander Briger, à la direction musicale pour cette nouvelle production au Théâtre du Châtelet, relève avec brio le défi de diriger pour la première fois un orchestre composé que de huit musiciens (clarinettes, piano, synthétiseurs, guitares, percussions et contrebasse) réussissant à s’illustrer aussi bien sur le thème minimaliste de l’introduction I Was Looking at the Celing and then I Saw the Sky, que sur du funk ou du hard blues rock.

Le casting des sept personnages est également un sans faute. On notera tout particulièrement le baryton Carlton Ford (Dewain, qui retourne en prison) et sa magnifique envolée digne du plus pur style Broadway dans le deuxième acte sur Dewain’s Song of Liberation and Surprise, la soprano Janinah Burnett (Leila) qui réussit le grand écart entre les ballades pop et ses complaintes lyriques et la soprano Hlengiwe Mhwanazi (Consuelo) d’une très grande précision sur ses morceaux aux influences latines comme Consuelo’s Dream ou Este Pais/This Country. Joël O’Cangha (le pasteur David), Jonathan Tan (l’avocat Rick), Wallis Giunta (la journaliste Tiffany) et le beau gosse John Brancy (l’agent de police homosexuel Mike) s’en sortent tous également très bien sur les partitions hors norme de John Adams.

L’autre défi, magnifiquement relevé par cette nouvelle production, était de mettre en scène une nouvelle adaptation après celle originale du grand Peter Sellars. L’équipe italienne dirigée par le metteur en scène et scénographe Giorgio Barberio Corsetti nous livre un Los Angeles toujours en mouvement épatant. Le béton triste des bâtiments polyvalents (parfois un peu longs à déplacer entre chaque chanson dans le premier acte) créés par Massimo Troncanetti sont judicieusement sublimés par les projections des animations (parfois over-the-top)  de Lorenzo Bruno. Tout au long du spectacle ces immeubles de la cité des anges s’illumineront des reflets d’âme des personnages qui les habitent. Quand viendra le moment de s’affaisser ils reprendront toute leur terrible dimension.

En programmant ce trop rare I Was Looking at the Celing and then I Saw the Sky, le Théâtre du Châtelet prouve une nouvelle fois son amour pour les grands amateurs de comédies musicales qui ne pourront se permettre de manquer ce rendez-vous exceptionnel. A ne pas rater.

Philip Pick

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