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[Film – Critique] Only God Forgives de Nicolas Winding Refn : oedipe au rabais

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Œdipe dégouline à chaque  plan, Freud et sa première topique envahissent l’écran et la psychanalyse déborde à chaque ligne du scénario. Voilà, dans le dernier film de Nicolas Winding Refn, toute la lourde symbolique, exprimée pompeusement dans une forme sur-travaillée, à l’esthétique clinquante de surexposition, de contrastes exagérés, de symétries poussives, de couleurs sur-signifiantes et de plans exagérément mis en scène. Car en effet, dans Only God Forgives, présenté en compétition au dernier Festival de Cannes 2013, tout est question de mise en scène, qu’elle soit excessive et abusive, ou qu’elle plonge sans nuance dans l’allusion la plus freudienne. Cette mise en scène « tape-à-l’oeil », pourtant, peine à cacher l’inanité du propos, limité dans une simple vision de surface du complexe d’œdipe, qu’un lycéen moyen de Terminale recracherait aussi maladroitement dans une copie du Baccalauréat… Le symbole à tout va, si manifeste qu’il en devient grossier, a raison du plaisir que l’esthétisme parfaitement maitrisé du réalisateur danois pouvait procurer dans les premiers instants.

Castrations cycliques, sexualité réprimée, paradoxe du désir -entre celui éprouvé pour la mère et la recherche d’une émancipation impossible- Only god Forgives voyage avec l’élégance d’un pachyderme dans un univers psychanalytique de pulsions : le régime libidinal du héros névrosé (un Ryan Gosling mutique, cela devient une habitude) se reflète, comme une spirale interminable, dans les innombrables plans et suggestions métaphoriques.

Le propos se résume en une phrase – un héros torturé par la présence oppressante de sa mère voit son quotidien bouleversé par le retour de celle-ci, à la mort de son frère assassiné : le chemin chaotique qui le mènera entre l’affranchissement du carcan maternel et la vengeance sera emprunt de douleurs et de découverte identitaire – Beau projet, mais la facture est bien trop lisse pour rivaliser avec l’ambition d’un tel objet.

Revue résumée de quelques uns des pesantes métaphores… Le phallus est omniprésent, la pénétration tout autant, la castration évidente, et la frustration perpétuelle : au sabre continuellement érigé en menace d’émasculation punitive répondent les allusions à la pénétration et aux hésitations d’un puceau alourdi par la culpabilité. Les longs couloirs comme des vagins, les portes closes comme une vulve fermée (et la peur du héros à sa vue), la couleur -rouge souvent- et le sang (entre impureté et menstruations) qui s’écoule d’un robinet, ou les innombrables plans sur les mains, qui évoluent entre caresses et coups, sont autant d’éléments à la lourdeur symbolique… Cette thématique de la « main plaisir » tranchée comme une sanction morale revient d’ailleurs sans cesse. Entres autres plans inutilement signifiant, notons aussi celui des sacs d’entrainement de boxes, comme des bourses suspendues, ou encore celui d’un Gosling immobile devant lequel attend un chien aux testicules imposantes, comme un miroir ironique de l’impuissance du héros ; ou bien, tout aussi lourd, la présence du jeune homme derrière son rideau de perles roses comme enfermé dans ses névroses, et sa main qui glisse à travers les perles délicates pour pénétrer sous la jupe du prostitué, comme la preuve de la barrière psychologique à l’exploitation totale de son potentiel sexuel… Passons sur les multiples mutilations et perforations qui parcourent le film, ou sur les errances sexuelles, un brin pédophiles, qui sont à l’origine du drame (celui du récit -le frère du héros cherchant une prostituée mineure- comme celui du personnage principal, dont la maturité sexuelle semble s’être arrêté à l’adolescence, victime d’un amour maternelle vacillant)

Le final fait culminer le manque de finesse œdipienne sur les sommets de la farce ridicule : la mère (une Kristin Scott-Thomas dirigée par Refn sans nuance ; outrancièrement dominatrice et castratrice, des dialogues à l’attitude et jusque dans l’histoire du personnage) termine transpercée par le phallus métallique et le fils, au désir incestueux, finit par pénétrer enfin : le trou qu’il comblera sera le ventre de sa génitrice, dans lequel il glissera sa main pour y fouiller son origine. La mère meurt une seconde fois. Il n’en faut pas plus pour se rendre compte de l’incongruité de la perspective donné par Refn à son œuvre.

Rick Panegy