[Film- Critique] Frances Ha de Noah Baumbach

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Le réalisateur indépendant Noah Baumbach (à qui l’on doit entre autres Les Berkman se séparent, 2005 ou Greenberg, 2010) filme à nouveau sa compagne, sublimant par son regard emprunt de mélancolie et d’allégresse mêlées une Greta Gerwig décalée, quasi-vaporeuse, qui habite le film d’une présence douce-amère et répand sur l’écran une insouciance presque désespérée. En substance, derrière les apparentes errances joviales ou délirantes de l’adulescente, Baumbach et Gerwig dressent, dans Frances Ha, un portrait filigrane d’une société formatée où subsistent des âmes d’artistes qui, difficilement mais sans abdication, cherchent à y trouver leur place.

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Dans un Noir et Blanc sobre, la silhouette mi-gracieuse mi-maladroite de Frances (Greta Gerwig) traverse un New-York filmé intimement (à la manière du Manhattan de Woody Allen), de colocations en petits boulots, de diners en épisodes quotidiens d’apparence anodins. Elle vit la prise de distance de sa meilleure amie avec impuissance, elle rencontre d’improbables amants, elle danse et enseigne… Mais jamais elle ne parvient, tandis que le monde autour d’elle grandit, à devenir adulte et ralentir sa course éperdue.

Mouvements – Le monde autour de Frances ralentit, chacun de personnages qui composent son contexte social finit par trouver ses racines et poser sereinement, progressivement, les bases d’une vie d’adulte. Frances Ha, elle, ne surmonte pas l’élan de sa vie béquillarde et déstructurée et se laisse porter par la vitesse du temps et les contraintes sociales. A l’écran, les scènes et les plans se succèdent à une allure folle, comme autant d’instants pris sur le vif ; l’héroïne est en perpétuel mouvement, dansant courant, tombant… La vie de Frances, sur laquelle elle n’a aucune emprise, prend forme dans l’œil du spectateur par la caméra de Baumbach. Les personnages ne sont jamais filmés en plan large, faisant éclater la proximité quasi-familiale qu’entretient Frances avec son entourage : le reste de la société lui échappe.

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Les seuls plans larges laissent place à l’expression des corps, particulièrement celui de l’héroïne, et à toute l’énergie d’une âme créatrice qui ne parvient pas encore à accoucher de tout son potentiel.

Emancipation – Lorsque le corps s’exprime et lorsque la confrontation aux difficultés de la vie sociale finissent de faire rentrer Frances dans l’âge adulte (bien qu’elle avoue elle-même « je ne suis pas encore une adulte » dans la scène du restaurant,  presque surréaliste), la caméra et le montage s’apaisent. Les scènes se succèdent plus sereinement et les mouvements de Frances plus maîtrisés. C’est toute cette démarche hésitante et délicate de l’artiste et de sa place dans un monde de cases qui est dépeinte dans ce long-métrage sensible et humaniste. Jamais Frances Ha n’est montrée comme totalement attachante, jamais Baumbach ne filme sa muse comme un modèle, il observe surtout le parcours d’une émancipation nécessaire mais empesée.

Un charme léger au délicat goût d’amertume, parfois, habite ce Frances Ha auquel il est difficile de ne pas adhérer, tant il est habité par une empathie sincère envers ses personnages, maladroits ou dévoyés, inconscients ou insouciants, mais toujours animés par la volonté de communion et de concorde.

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Rick Panegy

 

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