Expositions

[Exposition] Simon Hantaï au Centre Pompidou

by Rick Panegy13 août 2013
LA CRITIQUE

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Le Centre Pompidou présente -c’est une première- une grande rétrospective de l’œuvre de Simon Hantaï : attention les yeux ! 130 toiles exposées, regroupées autour d’un parcours chronologique (basique mais efficace ! Oublier les propositions thématiques a parfois du bon !) pour, au final, une rencontre inédite avec le peintre français d’origine hongroise. De ses premières toiles, figuratives, à ses premiers pas dans le style surréaliste, et à son immersion dans un art plus scriptural, et jusqu’à ses fameuses recherches sur le pliage, qu’il érigera, au-delà de la technique, en « méthode », le Centre Pompidou n’omet rien. Une fascinante exposition, à ne surtout pas manquer !

[quote]Je peins à l’aveugle, à tout hasard, jetant le dé.[/quote]

Simon Hantaï disparait en 2008, après 26 ans de retrait de la scène artistique. Un silence précédé par une dernière apparition publique, une exposition où ses fameuses Tabulas étaient présentées, découpées, afin d’en produire une nouvelle œuvre, les « Laissée » . Geste d’une destruction créatrice, paradoxale, qui exprime le goût de l’exploration permanent de l’artiste, son insatiable volonté de recherche. La fin de l’exposition achève ainsi un long parcours au cours duquel sont regroupées, par période, les séries d’Hantaï : ses premières œuvres surréalistes, ses Mariales, ses Catamurons, ses  Panses, ses Meuns, ses Tabulas

Dans les années 50, après une incursion brève et glauque dans le courant surréaliste,  l’influence Pollock est flagrante et le geste, plus fort, plus violent, s’affine (on en retiendra l’immense et fascinante Sexe Prime, Hommage à Jean-Pierre Brisset -1955) pour explorer logiquement une voie plus graphique : ses toiles sont recouvertes de signes. Naissent alors une série de peintures scripturales, dont les deux immenses toiles Ecriture Rose et A Galla Placidia sont le génial sommet. Présentées pour la première fois côte à côte, vous pourrez admirer (en vous approchant!) l’incroyable précision du geste et la minutie du travail : pendant un an, Hantaï ne s’est consacré qu’à la réalisation de ces peintures (l’une le matin, l’autre l’après-midi).

[quote]Le pliage ne procédait de rien. Il fallait simplement se mettre dans l’état de ceux qui n’ont encore rien vu ; se mettre dans la toile. On pouvait remplir la toile pliée sans savoir où était le bord. On ne sait plus alors où cela s’arrête. On pouvait même aller plus loin et peindre les yeux fermés[/quote]

Le geste laisse place ensuite au support… Les séries qui suivent montrent en effet la naissance de l’intérêt d’ Hantaï pour le support : le geste n’est plus celui du pinceau ou de la peinture mais celui qui modulera le support, la toile, pour en faire la matrice d’une création inédite. Le pliage est d’abord une technique qu’explorera Hantaï, dans les Mariales, avant de l’ériger en méthode de travail, avec les Catamurons ou les Panses, où la toile semble respirer davantage, l’espace se charger d’une plus grande sérénité (l’influence Matisse n’est pas loin). La série Blancs, par exemple, inverse le rapport entre les zones peintes et les zones habituellement non peintes, à cause du pliage : comme un « négatif  » de l’œuvre globale d’Hantaï, elles n’en sont pourtant qu’une nouvelle exploration.

Ses premières toiles, par pliages, font naître un certain infini, une lumière et un mystère très absorbant : les toiles, de grand format, ne laissent échapper aucune information, elles suggèrent une rencontre : les couleurs y sont vives, éruptives ; elles jaillissent de ce qui apparait comme un déchirure. Le visiteur pourra y passer des heures, se perdre dans les méandres d’un pliage au résultat presque mystique. Magnifique.

Plus loin, après les Catamurons ou les Panses, il s’agira de ne pas manquer la vidéo-reportage montrant Simon Hantaï au travail, réalisant ses pliages, peignant, dépliant, accrochant le tout dans son atelier. Son approche est définitive et limpide.

[quote]Des nœuds placés à intervalles réguliers produisent, une fois la toile recouverte de peinture monochrome puis dépliée, un grand nombre de petits carrés ou rectangles. L’effet de quadrillage obtenu, contrebalancé par l’éclatement et la pénétration du blanc dans la couleur aux entrecroisements, souligne l’interaction entre fond, couleur et forme.[/quote]

Les Tabulas terminent l’exposition Hommage à Simon Hantaï. Ces immenses toiles, où le pliage, cette fois-ci, rencontre le nouage, libèrent les méandres de couleurs, expressions du pur hasard recherché par Hantaï, pour capter alors une rigueur trompeuse : les nœuds placés tout au long des toiles accouchent de lignes horizontales et verticales non peintes et les carrés de couleurs, plus ou moins grands, se succèdent sur la toile. Mais l’intervention du hasard se repère dans les intersections, dans les rencontres avec les blocs de couleurs, irréguliers. Éclatant, presque déstabilisant !

« A l’aveugle » semblait vouloir crier le génie du peintre français. Jamais autant de lumière n’aura jailli d’une démarche qui laisse autant de place au hasard, à la surprise, à l’imprévu…

Une formidable exposition, un hommage incontournable, un plongeon dans l’univers Hantaï qu’on ne regrette pas d’avoir attendu : l’œuvre du peintre prend ici tout son sens. Une incroyable rencontre, entre couleurs, lumières, forme et matière, support et exploration. Jusqu’à la destruction et la disparation. Félicitations au Centre Pompidou d’avoir osé cette rétrospective et bravo au commissaire, qui a su retracer un parcours certes linéaire mais avec beaucoup de pédagogie et de limpidité. A ne manquer sous aucun prétexte, quelque soit l’âge ! (Le plus tôt serait d’ailleurs le mieux).

Rick Panegy

Au Centre Pompidou jusqu’au 2 septembre 2013.

Voir sur le site du Centre Pompidou

 

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