[Spectacle – Critique] Muriel Robin Revient… Tsoin Tsoin

Il y a des rires qui font du bien, surtout à ceux qui les provoquent. Muriel Robin n’était pas montée sur scène depuis 8 ans. Et pour cause, sa dépression l’empêchait, la contenait, l’enfermait. Celle qui fit hurler la France de rire avec ses sketches cultes « Le Noir« , « L’addition » ou ‘Le répondeur« , lors du spectacle qui la révéla au grand public en 1990 « Tout m’énerve« , connait, après une décennie loin de la scène, entre dépression et déprime, un véritable succès au Théâtre de la Porte Saint-Martin, intitulé « Robin Rovient (tsoin tsoin)« .

 

Au delà du talent d’écriture de l’artiste, et de sa faculté à habiter la scène tout en y abattant les murs qui la séparent du public, c’est davantage l’éclatement de la frontière entre populaire et intimiste qui fascine dans ce nouveau spectacle. Robin y aborde ses années douloureuses, ses difficultés à affronter ses démons, ceux qui la tinrent éloignée d’elle-même. L’enfance, l’adolescence et les premiers émois, la famille, le « moi »  sont évidemment la source, et comme toute psychanalyse qui se respecte, Robin y plonge sans tabou.

On remonte donc le temps avec la comique, et on rit de ses difficiles années : la femme a du recul ; les sujets tantôt graves tantôt cruels qu’elle raconte sont écrits avec tant de distance et de sincérité qu’elle plonge le théâtre entier dans une conversation entre amis, celle que l’on a seulement avec ceux qu’on aime vraiment, la confiance en plus.

Car il y a entre Robin et son public un indéfinissable lien qui frappe et qui émeut : jamais le public ne l’a oublié, malgré les années loin des planches, à s’essayer à des rôles plus dramatiques (tels que Marie-Line au cinéma ou encore Marie Besnard ou Mourir d’aimer à la télévision). Les derniers instants du spectacle sont une explosion de complicité avec le public, un véritable instant de connivence, après une standing-ovation instantanée. Robin revient, devant le rideau et déclare son amour à un public qui le lui rend aussitôt, scandant des « mu-riel, mu-riel » compatissants.

Bien moins glauque que son dernier spectacle, Au secours! , dans lequel elle dissimulait à peine son mal-être, ce « Robin revient » pétille la joie de vivre et le carpe diem retrouvé. Fini les complexes, Muriel Robin dévoile sa différence sans honte, ses fêlures sans gêne : elle plaisante de son homosexualité et de ses relations inventées (Catherine Deneuve…), elle évoque ses rondeurs (elle gonflait autant que ses salles devenaient plus grandes), elle raconte sa jeunesse (hilarant sketch « radiophonique » dans le magasin de chaussure familial), elle parle de ses petits-déjeuners esseulés et de la froideur de son père, elle dévoile ses premières amours, forcément décalés, et elle confie, dans un sketch où l’émotion est palpable (une rencontre surréaliste avec sa mère), l’Alzheimer d’un être cher.

La connivence est incontestable, et le public, fidèle, saura retrouver tout Robin dans ce retour éclatant, à l’image de ce sketch « pot-pourri » aux multiples clins d’œil à tous ses anciens succès.

Robin Revient, et c’est bien. Et surtout, on l’espère revenue pour de bon.

 Rick Panegy

Du 17 septembre au 19 octobre à 20h au Théâtre de La Porte Saint-Martin : 18, boulevard Saint-Martin 75010 Paris. Tél : 01 42 08 00 32.

Puis en tournée jusqu’au 25 mars 2014. Muriel Robin sera le 8 novembre à Rennes, le 12 novembre au Mans, le 13 novembre à Orléans, le 14 novembre à Caen,  le 19 novembre à Saint-Etienne, le 22 à Nice, le 23 à Marseille, le 26 à Metz, le 27 à Nancy, le 28 novembre à Strasbourg…voir les autres dates sur le site de l’artiste

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