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[Théâtre – Critique] Current Location de Toshiki Okada

Fukushima, et après...
by Rick Panegy15 octobre 2013
LA CRITIQUE

Quelques jours après la présentation de sa dernière création, Ground and Floor, au Centre Pompidou, Toshiki Okada est à l’honneur au Théâtre de Gennevilliers. C’est Current Location qui est proposé aux spectateurs du T2G, dans le cadre du Festival d’Automne 2013. Spectacle créé en avril 2012, théâtre atypique aux allures de quasi récital poétique, ce Current Location est un voyage philosophico-Sci-Fi dans un Japon fantasmé post-Fukushima, où sept jeunes femmes évoquent, autour d’une lointaine menace, des banalités quotidiennes d’où s’échappent des fulgurances de profondeur : le vie, la mort, la fuite, la peur, la rumeur, l’inquiétude, le rejet… Quand la menace ultime assombrit le destin de toute une nation -image universelle qu’exprime ici un  » village « – les réactions des quidams s’avèrent aussi différentes que questionnantes.

Scénographie simpliste, déplacements minimalistes, rien autour de ce Current Location n’engage pourtant à l’euphorie. Les chorégraphies sont inexistantes (on y retrouve cependant quelques éléments « Okadien », tels que les balancements de jambes ou les lentes fixations) et l’ambiance en est aussitôt pesante. Pesante et grave, d’autant plus que le spectateur sait, au contraire de ces héroïnes étranges, que le réel auquel se rattache cette fiction forcément évocatrice est une horreur absolue et définitive. Le tremblement de terre et le drame nucléaire qui lui succéda, au Japon, en 2011, s’incrustent rapidement dans la mémoire du spectateur, dès les premiers détails de la première « évocation ».

Car les personnages, dans cette succession de témoignages, évoquent plus qu’ils ne racontent ; ils appellent en effet à produire chez le spectateur (placé subtilement en position de témoin, comme s’il était assis parmi les comédiennes dans ce café-restaurant du centre de la scène) un entrelacement de souvenirs et de projections. Jamais le discours de chacune des comédiennes ne s’affaisse dans la banalité, il inspire au contraire le questionnement double de la responsabilité et de la liberté. La fin semble proche, elle semble devoir atteindre tout le village : certaines ont peur, certaines nient la réalité, d’autres la déforment ou la grossissent, certaines expriment leurs angoisses, d’autres leurs regrets , certaines encore préfèrent fuir, se fuir elles-mêmes, fuir les autres, ou fuir la peur.

Lorsque le dernier tableau cesse de poser l’infini des possibilités, il fait glisser la pièce dans une science-fiction presque « Kubrickienne ». Il est alors question d’un lac qui s’assèche et se vide, et qui laisse apparaitre un « bateau » qui n’en est pas un, dans lequel quelques unes des héroïnes s’échappent. Le lac, alors, se remplit à nouveau et tout semble repartir, la « lumière bleue »  (une explosion ? -Nagasaki, comme un cauchemar ?-) enfin dissipée, alors qu’elle pesait de tout son symbole dans la première partie du spectacle. Tout cela a des allures de résurrection, de vie après la mort… Ce Current Location est assurément à l’image du Japon qu’il évoque : l’histoire de la renaissance perpétuelle d’une nation (ici un groupe d’amies) alors même que la mort ne cesse de frapper son existence damnée.

Lent, dense, bavard et statique, ce Toshiki Okada transporte pourtant le spectateur bien plus loin que l’endroit commun qu’il décrit, il l’embarque à la limite des frontières entre gravité et légèreté, entre rumeur et réalité, entre croyance et scepticisme…

Rick Panegy

 

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