[Comédie Musicale – Critique] 50 et des nuances d’Amanda Sthers

La comédie musicale fait fureur off-broadway parait-il… L’Amérique (entière ?) hurle de rire…  Ultimes arguments qui semblent être suffisants -ou pire, seulement nécessaires- pour convaincre le pékin lambda de la qualité de la pièce. Au royaume des arguments bidons, ceux-là touchent le sommet de la fourberie : il faut être bien peu regardant pour se laisser harponner par cet argument marketing…

50 et des nuances, adaptation française de l’adaptation americano-vulgo-populo-burlesque du roman culte -mais néanmoins fabuleusement pitoyable- 50 shades of Grey d’E.L. James (le bêtement traduit 50 nuances de Grey, qui est à lire entre amis, un après-midi d’automne, pour rire un bon coup). C’est Amanda Sthers qui se charge de l’adaptation française, histoire d’espérer un gage de qualité -puisqu’il parait que la belle aurait une certaine côte… Certains iraient même jusqu’à dire qu’elle écrirait « plutôt bien » ! Notez le « plutôt »… -.

Voici donc le roman le plus vendu de ces dernières années (celui qui fait, dit-on, frétiller la ménagère et qui chatouillerait la minette en mal de fantasmes…) adapté en mode « hilarante parodie second degré ». D’une lourdeur pataude tant le roman prend son érotisme de pacotille au sérieux, on passe à une lourdeur pénible et grasse tant la comédie musicale considère la parodie comme synonyme de vulgarité.

Ne cherchons pas plus à comprendre, tout tient, a priori, dans la simplicité – « C’est pas du Pina Bausch » comme dit un personnage de la pièce, sous la plume de Sthers, comme si, puisque ce n’est pas Bausch, il faut que ce soit piètrement ras des pâquerettes… Bel argument populiste parmi tant d’autres.

Il faut donc des grossièretés (des mots qui choquent et/ou émoustillent), il faut aussi du comique de situation (bien appuyé) et il faut évidemment des stéréotypes très dessinés, desquels on se moquera bien entendu, et de l’auto-dérision, et des gags à la pelle, fussent-ils prévisibles par le plus profane des spectateurs… Tout cela parait bien trop calibré pour espérer un peu de place pour la créativité, l’art ou l’originalité ? Qu’importe, pourvu que ça marche… Et il faut avouer que le public rit de bon cœur dans la salle.

Nous, nous n’avons pas su prendre notre pied dans cet entassement de vulgarité, de déjà-vu et de grosses ficelles ; on a plutôt l’impression que tout ce beau monde avait juste envie de faire quelque chose qui plaise à la masse dans sa plus large identité, soit une démarche qui lisse toute créativité, toute intelligence, tout originalité et qui fonce, tête la première, vers les piliers du mass entertainement. Pas pour les briser hélas, mais pour les embrasser goulûment, le mot « succès » (et « euros » ?) à la bouche…

Peut-être méritons-nous quelques coups de fouets pour réveiller notre « déesse intérieure » ?

Rick Panegy

Du 17 septembre au 10 novembre 2013 au Théâtre Le Palace.

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