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[Théâtre – Critique] Swamp Club de Philippe Quesne

Meta is beautiful
by 10 novembre 2013
Verdict...
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Rick Panegy
Philip Pick
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LA CRITIQUE

Entre absurde et (sur)réalisme, le théâtre de Philippe Quesne explose dans Swamp Club, présenté en juillet 2013 au Festival d’Avignon, de méta assumé et de sémantique auto-référencée : tout a pour étymologie plus ou moins marquée le monde du spectacle, tout y germe de l’art, pour y fleurir sur scène, dans une de ces rencontres atypiques entre spectateurs et scène, où le rapport à l’espace, mais surtout au temps, se tord dans un décalage d’abord inconfortable, mais qui s’achève dans une climat parfaitement familier.

Là réside tout le talent de Philippe Quesne : il embarque le spectateur dans un univers absolument improbable -peuplé de taupe ou de pépites géantes, d’un centre d’art planté en plein marais, d’un sauna approximatif, d’artistes en peignoir, d’une grotte habitée d’une cantine ou d’un studio- mais il parvient à faire sortir de la situation qu’il dépeint avec humour une désinvolture quasi-machinale, presque coutumière. En cela, l’absurdité du propos illustré par Swamp Club s’efface peu à peu pour laisser place à une communion dans la folie douce entre le public et les comédiens : rien ne finit par paraître plus normal que l’anormalité qui se dégage des dialogues ou des situations… En prenant le temps d’installer le contexte -des artistes d’un centre d’art accueille d’autres artistes, en résidence. Derrière, un quatuor répète La jeune fille et la Mort de Schubert- Philippe Quesne attire le spectateur dans le quotidien de son Swamp club, où les improbabilités des dialogues, soit farfelus soit creux, finissent par se découvrir une authenticité, bien que loufoques. Le rythme y est très lent, les conversations convenues, au mieux polies, au pire inutiles… Mais c’est de cette banalité étirée que nait l’ambiance totalement authentique…

L’ambiance : c’est, derrière l’authenticité qu’on vient d’évoquer, ce qui fait la force de cette pièce. Les décors embrumés et sombres (une nuit bien calme, à moins qu’il ne s’agisse d’une journée trop paisible, une maison de verre sur pilotis, comme un abri fragile, un marais, une grotte) sont relayés par une excellente utilisation des lumières, un son et une musique travaillés jusqu’à en devenir une menace discrète. Tout le travail de Quesne, au final, semble poindre vers une parfaite harmonie des éléments du climat. Sa pièce fait voler en éclat les bases communes du théâtre narratif : finalement, ici, peu importe ce qui est dit ou raconté, l’essentiel réside dans la vérité que peut dégager tout fragment de l’ensemble. Qu’il s’agisse des dialogues ou des décors, l’absurde rejoint bientôt l’inquiétude. Quelque chose de menaçant plane autour des artistes du Swamp Club.

Qu’importe alors qu’on comprenne ou devine ce qui menace ces artistes qui s’accueillent, qui vont au sauna, écoutent de la musique ou cherchent à prendre le soleil à côté du marais. Ce qui finit par donner corps à l’émotion, c’est le voyage inattendu que le spectateur aura effectué dans ce monde d’artistes, si étranges et si proches. Le regard de Quesne, mi-bienveillant mi-ironique,  sur le monde de l’art et sur ses fantasques marginaux, oscille dans des demi-teintes délicieuses : on ne sait si Quesne se moque de l’incapacité du bohème insoucieux qu’est l’artiste à vivre en adéquation avec le monde qui l’entoure, et se rit alors de l’étirement cocasse entre ces deux univers, ou au contraire, s’il rend hommage à la capacité admirable de l’Artiste de s’émerveiller de l’ordinaire, jusqu’à faire fleurir la poésie dans la moindre scorie du quotidien, jusqu’à créer l’exception et la démesure dans la petitesse du monde…

Un peu des deux surement. Quesne est de ces artistes qui se moquent de l’évidence, et préfère explorer, s’éloigner et s’écarter, offrir plutôt que raconter. Son Vivarium Studio, la compagnie qu’il dirige, est toujours le creuset d’une création foisonnante de distance, de lyrisme ou d’envoûtement, de situations ou d’enchantement…

Rick Panegy 

Au Théâtre de Gennevilliers (T2G) du 7 au 17 novembre 2013

Au Forum du Blanc-Mensil (FBM) les 21 et 22 novembre 2013

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