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[Danse – Critique] Partita 2 – Sei Solo d’Anne Teresa de Keersmaeker / Boris Charmatz

by Rick Panegy on 28 novembre 2013
Spectacles
LA CRITIQUE

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L’incontournable Anne Teresa de Keersmaeker  s’acoquine cette fois du chorégraphe et directeur du Centre Chorégraphique National de Rennes Boris Charmatz. L’objet de l’union de ces deux grands noms de la danse contemporaine est un triptyque épuré, entre silence et obscurité, le corps au milieu.

Présenté au Kunstenfestivaldesarts de Bruxelles en mai 2013 puis au Festival d’Avignon en juillet dans la Cour d’Honneur où il reçut un accueil enjoué des critiques mais plus mitigé de la part du public, le dernier spectacle de la chorégraphe belge, Partita 2, partage son auditoire : les uns, émus par le contour minimal, sont emportés par ce qui leur semble être une authenticité sans artifices ; les autres (c’est notre cas), n’entrent pas dans l’émotion proposée, considérant ce mélange de dépouillement (paradoxalement extrêmement travaillé) et de construction scolaire très didactique (voir trop) comme une posture artistique qui, en lieu et place de l’authenticité attendue, fait naître comme un sentiment d’artifice.

Vingt minutes de plongée dans le noir, comme pour mieux ressentir la musique et s’imprégner des vibrations de la violoniste Amandine Beyer, qui interprète dans l’obscurité totale les cinq pièces de la Partita de Bach. Plaisant mais long pour un spectacle de danse, cette première partie du triptyque relève d’un choix de l’extrême qu’on retrouvera plus tard dans la proposition de la fondatrice de la PARTS.

La seconde partie est une lecture par le corps de l’œuvre de Bach, sans musique, les seuls souffles des danseurs et leurs pieds qui claquent le sol comme musique. Parfois, un râle grave ou des murmures  accompagnent les caresses, les mouvements aussi déchaînés qu’intimes, aussi lents que débridés. Là encore, la choix de l’extrême reflète la trop grande volonté de proposer une réflexion très construite. De l’extrême partout : le décors est extrêmement vide (quelques lignes courbes au sol, des cercles blancs qui se croisent), le silence extrêmement silencieux, les costumes extrêmement quotidiens, les gestes entre les séquences extrêmement ordinaires (un pull jeté par terre, une respiration mains sur les hanches, un gilet enlevé sur scène…), en somme, le tout est extrêmement sobre, dénué de tout ce laisser-aller (même maitrisé) que l’on trouve souvent chez De Keersmaeker (l’électrique Drumming Live par exemple).

En dernier lieu, De Keersmaeker et Charmatz, que l’on a trouvé peu convainquant, un peu lourd, reprennent les éléments de la partie « silencieuse », accompagné cette fois-ci de la violoniste Amandine Beyer. Cette fois-ci les courbes sont moins nombreuses, entrecoupées de lignes droites et de traversées fond de scène / public par De Keersmaeker, qui vient frôler le violon de la musicienne, en cela bientôt rejointe par Charmatz : ils forment ainsi un trio indissociable, celui de la musique, du corps et de l’expression de soi. Au rapport à la musique pure suscitée par la première partie succède la mise en avant des accords et de la musique du corps. La dernière partie, comme une dissertation d’écolier (thèse, anti-thèse, synthèse) assomme l’évidente union de la musique du premier tiers et des corps du second.

Reste l’inégalable élégance d’Anne-Teresa de Keersmaeker, son immense capacité à proposer une syntaxe d’ellipses et de reprises, de segments qui se recoupent et s’entrecroisent, et son irréfutable talent d’écriture par le corps, d’un langage unique. La partition proposée cette fois-ci par De Keersmaeker sur Bach est, bien que séduisante et délicate, aussi stricte que le baroque qu’elle accompagne, le rapport à Dieu en moins (à moins que…)

Rick Panegy

Au Théâtre de la Ville du 26 novembre au 1er décembre 2013

Avec le Festival d’Automne 2013

 

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