[Théâtre – Critique] Miss Knife chante Olivier Py

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Entourée de ses -formidables- musiciens, la diva en jette, en joue et en rajoute… Comme toute star qui se doit, Miss Knife méprise, dédaigne, se moque… Mais toujours avec la bienveillance de la vieille, l’expérience comme étendard.  Elle dévoile, surtout, au milieu des plaisanteries et des provocations, sa sensibilité -parfois émouvante- et distille au compte-goutte les vérités que la vie lui a apprises, de ses souffrances à ses déceptions, de ses combats à ses indignations…  Drôle, intelligente, élégante et grossièrement raffinée -si, si- , la vamp campée depuis tant d’années par Olivier Py devient son pendant spirituel, l’identité sexuelle en moins, laissant surgir l’universel au milieu de l’anecdote.

Lorsque Miss Knife chante Olivier Py, la salle devient immédiatement cabaret, perruques et paillettes accompagnant la diva, chapeaux et frou-frou répondant aux talons et à la robe fendue. Le piano dans l’angle, la chanteuse dialogue avec le public, l’interpelle, elle montre sans discrétion sa complicité avec les musiciens. Mais le music-hall n’est guère loin : les lumières accompagnent l’énergie des musiciens – sorte de jazzband effréné- et le dynamisme est constant ! La Knife croise et décroise les jambes, elle montre volontairement sa culotte à qui la réclame, et assume son statut : entre chaque chanson, la blonde pailletée prend systématiquement le temps d’exposer ses conclusions sur ses expériences, souvent malheureuses. Elle présente ainsi ses chansons, aux textes parfois glauques, souvent mélancoliques, tristes mais toujours écrits (par Py) avec une excellence littéraire exquise.

Ainsi, entre le rire et l’émotion des textes, le lien qui unit Miss Knife aux spectateurs devient de plus en plus ténu, intime ; et, les confessions succédant aux conseils d’amis, il nait alors en chacun le sentiment d’assister à un immense moment de sincérité, que le travestissement  paradoxalement permet. La perruque jetée, la frontière entre Py et son personnage devient si poreuse que le couteau avec lequel Miss Knife découpe la vie depuis le début de son show devient doucement une caresse amicale un peu nostalgique. A la manière d’une Barbara, les textes sont interprétés avec la puissance de l’émotion sincère : on est par moment émus. Mais la musique de Stéphane Leach et Jean-Yves Rivaud laisse aussi la place à l’entrain et les claquements de doigts balaient rapidement toute tristesse (l’excellente contrebasse de Sébastien Maire!)…

« La vie est brève et le temps passe, la nuit s’achève et tout s’efface… » répète Miss Knife… Tout s’efface, hormis le souvenir impérissable d’une rencontre avec une vieille diva qu’on adopte immédiatement, comme une copine qui nous bouscule mais qui nous aime, et qu’on accompagne dans son (auto)-analyse, en profitant de ses bons conseils… Ses névroses, d’un coup, nous apparaissent comme étrangement familières.

Rick Panegy

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Textes et Chant – Olivier Py

Musiques : Stéphane Leach / Jean-Yves Rivaud

Musiciens : Julien Jolly (Batterie), Olivier Bernard (Saxophone et flûte), Stéphane Leach (Piano), Sébastien Maire (Contrebasse)

Costumes : Pierre-André Weitz / Nathalie Bègue

Lumières : Bertrand Killy

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