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[Danse – Critique] Plexus d’Aurélien Bory / Kaori Ito

[fblike] Enfermée dans une cage de fils comme dans la toile de ses propres névroses, Kaori Ito se débat, comme pour exorciser les démons qui la contraignent, comme pour s’adjurer soi-même de se libérer, puis finit par conquérir l’espace telle une victoire émancipatrice sur ses propres entraves. De l’environnement quasi-pénitentiaire de la structure, la danseuse crée un cocon presque féérique, dont la violence des premiers moments n’a d’écho que le sentiment de liberté du final. Le portrait physique et chorégraphique imaginé par Aurélien Bory, fondateur de la Compagnie 111 émerveille par sa maitrise de l’espace et par son intensité sensible.

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Tandis que des battements de cœur sont amplifiés, résonnant dans la salle comme un premier contact intime, la danseuse et chorégraphe Kaori Ito frotte un micro sur son corps, sa poitrine, son ventre, son crâne : le portrait dansé de l’artiste japonaise par Aurélien Bory débute par la révélation du secret et de l’impénétrable : Koari Ito offre son intime, son soi le plus authentique face public. Elle se livre entièrement au spectateur, rideau noir derrière elle : son âme et son cœur, qui semblent alors ne pas connaître de sérénité tant les soubresauts agitent ces premiers instants, s’affichent comme une invitation à la suivre pour en explorer la source ou l’argument. La rideau noir tombe et Kaori Ito disparait avec le voile à l’intérieur d’une cage suspendue de fils et de lumière ; comme un symbole évident, nous voici alors à l’intérieur même du parcours personnel de la femme.

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D’abord violent -la danseuse se débat dans la structure de fils- le spectacle dansé, plus proche d’une performance que d’une simple chorégraphie, finit par s’adoucir autour de l’apprivoisement de la cage par Ito, qui a déjà travaillé notamment avec Découflé, Preljocaj, Platel ou les Ballets C. de la B.

Les lumières d’Arno Veyrat et la musique de Joan Cambon contribuent à conférer au spectacle une dimension féérique et surréaliste, quasi-christique. Certains passages sont d’une absolue beauté formelle, d’autres (Ito dans les airs, volant cape au vent, comme une héroïne de Wu Xia Pian) frôlent parfois le grotesque mais l’ensemble procure une sensation de satisfaction plastique totale, et, surtout, le sentiment d’un immense respect pour la performance de la danseuse japonaise.

Absolue, puissante, exutoire, révoltée, douloureuse puis apaisée, elle offre un spectacle d’une grande sensibilité. Le portrait de Bory (après celui qu’il fit de Stéphanie Fuster) se sert d’une incroyable gestion de l’espace scénique pour offrir à Kaori Ito la possibilité d’une maïeutique publique, qui aurait peut-être gagné à être un peu plus courte, mais à la force poétique évidente.

Rick Panegy

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