[Spectacle Musical] El Tigre d’Alfredo Arias

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Délire excentrique, cabaret exotique, comédie musicale absurde, moquerie insolente… El Tigre est tout cela sans l’être réellement. C’est un mélange des genres qui embarque la convention dans un tourbillon de folies scénaristiques, de péripéties narratives aux improbables imbécilités joyeuses.

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Qu’Alfredo Arias soit un habitué des chemins imprévus et originaux, il n’en reste pas moins fidèle à cet état d’esprit insolent, le Brésil de Buenos Aires jamais loin…

Ce coup-ci, nous voici embarqués du côté d’El Tigre, ce delta un peu marécageux aux alentours de la mégapole sud-américaine. Ricardo -alias Madame Holy- y habite une belle villa dans laquelle il aime, pour tuer un temps forcément longuet et pour nourrir ses folies mégalo, recevoir des invités plus ou moins prestigieux pour y rejouer ensemble, le temps d’une soirée, un chef d’œuvre du cinéma hollywoodien. Ce soir-là, ils devaient s’amuser, avec sa servante Dark et les invités, à refaire Mirage de la vie de Douglas Sirk. Mais aucun invité n’arrive… Et en lieu et place de s’amuser à reprendre les rôles du film, celui de Lana Turner en premier lieu, c’est une véritable épopée surréaliste qu’ils vont vivre : Lana Turner en personne débarque, d’entre les morts, bientôt suivie de sa fille, une Lanita aussi névrosée que sa mère;  et tandis qu’une bonne fée « Fatafatale » fait des aller-retours dans le récit tourmenté, c’est une Vampira inattendue qui flambe les planches. L’histoire se perd alors rapidement dans des périphrases narratives totalement emphatiques, mais qui apportent un réel plaisir de spectateurs, qui, surpris à l’origine, finit par savourer l’incongru voyage.

Le délire devant être total, ce sont évidemment les extra-terrestres qui viendront régler tout cela !

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El Tigre est à la croisée du musical et du cabaret, et même du cartoon (comme la BD tirée du spectacle, toute en caricature, de José Cunéo, qui sort en janvier 2014) , c’est un théâtre hybride qui s’autorise toutes les concessions possibles aux genres. Si la mise en scène reste timide, au regard de la loufoquerie d’ensemble, et les chansons parfois trop modérées ou timides -sur une musique étonnamment réussie de Bruno Coulais, qui nous avait habitués à moins bien- c’est du côté de l’interprétation sans mesure des comédiens et de l’écriture délicieusement arrogante d’Arias qu’il faut chercher motif à entière satisfaction. Arielle Dombasle (Lana Turner), Alexie Ribes (Lanita) et Alexandra Radano (Vampira) en tête, les comédiens livrent avec une épaisseur et un poids exagérés inhérents à l’exaltation de l’auteur brésilien une partition particulièrement impertinente, Dombasle jouant elle-même de son image et de son allure de diva bourgeoise. On ne chante pas particulièrement bien dans El Tigre, mais qu’importe…

Les textes, particulièrement les parties parlées, font souvent mouche dans cette mosaïque d’arrogance et d’audace : mordant, moquant à l’envi, ironisant sans crainte (comme lorsqu’Arias ouvre lui-même son spectacle, avant le lever de rideau), ce tigre-là montre, en lieu et place de crocs acérés, un arrière-train d’irrévérences et d’effronteries aux sérieux conservateurs ou aux appliqués sévères. Ici, rien d’autre qui ne vaille que l’amour de l’art (le septième beaucoup, comme le montrent ces multiples références), quitte à le triturer, le railler et l’encombrer joyeusement de persiflages sots et absurdes : « quoi de plus essentiel que l’importance du manque de sérieux » nous hurle Arias, tant mieux.
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Rick Panegy

 

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