[Théâtre – Critique] Rabah Robert de Lazare

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Il y a dans cette nouvelle pièce de Lazare toute l’énergie et la sincérité qu’on pouvait attendre d’un récit aussi viscéral : le souvenir envahit les planches et avec, les paradoxes des sentiments et leurs démesures lorsqu’ils touchent à l’enfance et à la famille, ou lorsqu’ils reflètent les origines et le parcours de chacun. Rabah Robert, c’est l’histoire de ce père disparu et de cette famille qui se souvient. Le fils, les filles, la femme…

Et autour gravitent autant de personnages que la mémoire des uns et des autres fait resurgir du passé : le père lui-même revient par moment dialoguer avec ses enfants, les voisins, la police, les services sociaux, les amis etc… Autour d’une mise en scène déconstruisant les bases du récit linéaire, et mêlant la danse et le chant au jeu, Lazare tisse les liens qui unissent chacun à ce père, et par lui, les liens qui unissent chacun à son passé.

La question de la filiation est omniprésente, bien que moins nostalgique et douloureuse que chez Mouawad, et elle fait naître tout au long du spectacle du metteur en scène francilien tant de couleurs et de vitalité qu’il devient difficile de considérer ces êtres en quête d’identité comme autre chose que des partenaires de vie, pour lesquels on éprouve une forte empathie. Tantôt en colère, tantôt rieurs, tantôt farceurs, tantôt en souffrance ou interrogés, ils évoluent à travers un pétillement de rencontres par lesquelles s’expriment autant de thèmes que l’assimilation, l’identité, la culture (ou la pluri-culture), le racisme, la jalousie, l’immigration ou la banlieue… Derrière l’euphorie de cette mise en scène radicalement vive et parfois hilare se cache aussi beaucoup de violence, celle de la rupture, de la séparation. Du père et de ses racines.

S’il arrive parfois au spectacle de Lazare, particulièrement dans sa deuxième partie, de frôler le trop plein d’agitation, quitte à fatiguer le spectateur par son euphorie, nul ne peut retirer à ce Rabah Robert son authenticité et sa loyauté; en définitive, son indéniable franchise: comme tout ce qui touche au plus profond des convictions et des affects, celle-ci peut apparaître exagérée et maladroite, mais elle reste toujours touchante, parfois même poétique…

Rick Panegy

 

 

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