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Musique

[Opéra – Critique] La Fanciulla Del West de Giacomo Puccini – Carlo Rizzi – Nikolaus Lehnhoff

by Rick Panegy24 février 2014
LA CRITIQUE

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La Fanciulla Del West, adaptée d’une pièce de David Belasco, n’est certes pas l’opéra le plus mémorable de Puccini, ni le plus poignant -c’est un euphémisme- et il a probablement mal vieilli, s’apparentant aujourd’hui à un cumul de clichés et de lieux communs sur les amourettes fleurs bleues et les aventures du grand Far-West… Pourtant, il n’en resterait pas moins un agréable moment, récréatif -bien qu’un peu long pour un livret si peu ambitieux- si la mise en scène de Nikolaus Lehnhoff n’en accentuait pas justement l’aspect excessivement stéréotypé, allant même à la limite de la « ringardisation » de l’opéra de Giacomo Puccini.

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D’accord, on félicite tous Nina Stemme, voluptueuse Minnie de cette aventure agitée, entre vamp hollywoodienne et blonde innocente tout droit sortie d’un John Ford. Sa voix semble même donner à l’ensemble un ton très wagnérien… Pourtant, le propos est bien plus humble que dans une des tragédie du maître : au temps de la ruée vers l’or, Minnie, tenancière du Saloon Polka, tombe amoureuse d’un bandit, poursuivi par le Shérif Jack Rance et toute une bande de cow-boys hargneux. Tout se termine évidemment très bien, Puccini respectant à la lettre la commande du Metropolitan Opera, pour lequel sa Fanciulla Del West fut créée en 1910 : happy-end et revolver pour plaire au public local…

Claudio Sgura et Marco Berti n’ont pas à rougir non plus de leur performance, même si Stemme éclipse évidemment un peu tout le reste de la troupe. Et Carlo Rizzi dirige l’Orchestre de l’Opéra de Paris sans génie mais sans fausse note non plus : travail bien fait, bien mené… Hélas, le déjà bien fade opéra de Puccini, qui aurait gagné en décalage avec une mise en scène axée sur le burlesque, ou qui aurait gagné en originalité avec une mise en scène totalement décalée, se voit affublé du choix inabouti et kitsch de Nikolaus Lehnhoff.

Ni radicale, ni fidèle et sage, la proposition du metteur en scène allemand hésite entre modernité et conservatisme bancal des codes du genre western : l’action se déroule toujours dans le far-west, certes, dans un saloon, il y a toujours des cow-boys et des flingues…

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Pourtant, les voila tous vêtis de cuir, le saloon est un bar new-yorkais au milieu des buildings (1er acte – on reste dubitatif quand tous les cow-boys viril pointent collégialement leur pistolet sur le renégat ; on est sceptique lorsque les bagarres « éclatent » ). La forêt du dernier acte se transforme en une fourrière peuplée de cadavres de voitures, on s’étonne d’abord mais on finit par saluer ce choix, peut-être le plus osé et le plus efficace visuellement (ignorons la caravane de Minnie et les deux cerfs de cartons pâtes en avant scène du deuxième acte? Passons sur la pluie deDollars en « générique de fin », aussi bateau que facile pour illustrer la conquête de l’Ouest). Il y a de l’anachronisme dans l’air et quelques scènes assez tartes…

Au final, le souffle résolument moderne ou considérablement décalé que cet opéra aurait mérité n’existe pas et laisse place à une mise en scène timide, qui n’ose pas aller au bout de l’idée : le far-west n’a jamais alors paru si ringard. On a l’impression au contraire d’une tentative avortée et, surtout, contre-productive : cette Fanciulla ressemble à un pastiche de western moderne raté, qu’on aurait voulu singer pour s’en moquer… Jamais on est ému, jamais on ne s’attache aux personnages, pour lesquels aucune empathie n’est construite…

On retiendra cependant que Puccini avait adapté une autre pièce de David Belaso quelques années auparavant: son immense Madame Butterfly est un monument qu’une mise en scène timide ou approximative indignerait ! Finalement ici, pour une Fanciulla del West bien humble, rien ne sert de s’agiter franchement sur une direction très polie et sur une mise en scène imparfaite : indignons-nous pour les chefs d’œuvre, jubilons pour les trésors ; pour ce qui est des opéras moyens, acceptons le médiocre…

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Rick Panegy

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