[Théâtre – Critique] Seagull (Thinking of you) de Tina Satter

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Le Performance Space 122, haut lieu de création contemporaine du East-Village New-Yorkais, où de jeunes artistes -performers ou chorégraphes- proposent leur vision, est pour la première fois associé Théâtre de Gennevilliers, pour le New York in Gennevilliers ou PS122 at T2G. La scène artistique underground, chère au PS122 était donc sur les planches du Centre Dramatique National, à travers les œuvres de Christina Masciotti (Vision Disturbance), Tina Satter (Seagull – Thinking of You) et Okwui Okpokwasili (Bronx Gothic). Trois œuvres de femmes dans une programmation résolument audacieuse et moderne.

Seagull (Thinking of You) – Tina Satter

La directrice de la compagnie Half Straddle propose une vision particulièrement névrosée de la création théâtrale, de la mise en vie d’une œuvre et des tensions qui découlent naturellement des relations exacerbées entre comédiens et metteur en scène. A travers Tchekov (ses différentes lettres), son œuvre phare La Mouette et des documents sur les premières représentations de ce chef d’œuvre, Satter s’attarde sur « l’autour » : que pousse l’un à vouloir mettre en scène Tchekov ? Que donne à l’autre la possibilité d’interpréter, que cela procure-t-il sur sa propre vie ? Le questionnement est toujours subtil, il n’épargne pas l’ambiguïté qui rode entre personnages et comédiens, qui interprètent eux-mêmes sur scène des comédiens parfois hésitants et aux motivations parfois auto-centrées… De quoi donner, par cet aspect « méta » sans détour, un degré d’auto-analyse du milieu et un revers moins lisse de l’art.

Si Treplev mourrait de l’immobilisme et de platitude de sa vie, entre habitudes et poids du temps, les personnages « interprètes » qui évoluent ne semble guère trouver plus de sens à leur vie, à part celle que le théâtre peut leur donner. Il ne serait pas étonnant, à l’instar du héros russe, que chacun de ces comédiens ratés, ambitieux, égoïstes ou timides, peureux ou perdus, finissent par trouver un ennui mortel à leur auto-analyse artistique… Un paradoxe artistique fin.

La mise en scène est moins riche que l’écriture. L’audace new-yorkaise contemporaine peut paraitre de ce côté-ci décevante, certains moments présentant toutefois de réels éléments de satisfactions : la musique et le chant côtoient les pauses et les respirations inhabituelles. Tina Satter insuffle finalement à sa pièce la même langueur tchekhovienne, la même monotonie confinant à la mélancolie. En cela, il y a une richesse indéniable qu’il ne faudrait pas confondre avec l’ennui.

Rick Panegy

Parallèlement, deux autres œuvres sont proposées :

- Vision Disturbance de Christiane Masciotti / RichardMaxwell : un traitement musical aiderait une jeune femme d’origine grecque à retrouver la vue, tandis qu’elle est confrontée à un divorce.

- Bronx Gothic de Okwui Okpokwasili / Peter Bon : L’éveil sexuel de deux très jeunes filles du Bronx à travers l’interprétation (lectures, mouvements, chants…) d’Okpokwasili, seule en scène.

Voir le site du PS122

Voir le site du T2G

Crédits Photos : Ilan Bachrach

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