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[Danse – Critique] D’après une histoire vraie de Christian Rizzo

Folklore universel
Spectacles
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Rick Panegy
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LA CRITIQUE

Très remarquée lors du Festival d’Avignon 2013, la création de Christian Rizzo, tourne dans toutes les meilleures salles et provoque à chaque fois le même enthousiasme, sans doute provoqué par le sous-texte optimiste de la chorégraphie, qui transcende la nécessité de l’expression individuelle et celle de la communauté, sans les ignorer, pour assembler autour des huit danseurs et des deux musiciens tous les éléments d’une vitalité indispensable et inévitable. La vie comme un élan collectif, qui nous élève autant qu’il nous rattache aux racines : un folklore universel, le pari du paradoxe de Rizzo. Hautement relevé.

Le bénéfice du doute, précédent spectacle de Rizzo, s’achevait déjà sur une danse aux inspirations folkloriques. Mais nul ne pouvait en définir l’origine : il y avait là (avec le décalage d’une musique techno) un aspect particulièrement universel ; cette danse les incluait toutes mais n’était aucune. D’après une histoire vraie est lui aussi un spectacle qui puise son inspiration dans le folklore archaïque des danses traditionnelles, mais qui s’en éloigne aussi vite qu’il les convoque. (Christian Rizzo s’est inspiré, pour ce spectacle d’une expérience personnelle récente : un jour, à la fin d’un spectacle, il fut saisi par l’irruption soudaine de danseurs traditionnels qui interprétèrent alors une danse emportée et archaïque avant de repartir aussitôt, laissant Rizzo envahi d’une émotion intense). En somme, il est question ici de ce qui peut unir l’homme dans sa pourtant pléthorique diversité : la danse -folklorique, ici comme un symbole- est l’élément fédérateur qui guide chacun dans la même direction -même lorsqu’il s’agit de contrepoints-, celle d’un élan, d’une élévation quasi vitale. Ainsi, que les danseurs se suivent, qu’ils entament une chorégraphie parfaitement mimétique et parallèle ou au contraire balancée par la contradiction gestuelle, ils aspirent tous à la même transcendance par le corps. Les mains s’élevent, les corps sautent et le regard parfois cherche vers un ciel qu’on devine forcément en mouvement. Tout concourt à monter et être soulevé par l’entêtante hardiesse provoquée par la danse et la musique.

Mais ce qui rassemble chacun, également, quelque soit son folklore, c’est l’inévitable rattachement à la racine de son soi le plus essentiel : le sol, qui rappellent sans cesse les corps dans D’après une histoire vraie, par des roulades, des chutes, des têtes qui, violemment, reviennent vers lui, en est le symbole le plus concret. Ainsi partagée entre l’expression de racines et l’idée d’émancipation, la danse de Rizzo vient ici rassembler ce qui peut concourir de l’identité.

Il n’est chez Rizzo jamais question de donner à admirer une technique, dans le plus pur respect des codes. Il encore moins question des les contourner ou de les briser car Christian Rizzo, arrivé à la scène par hasard, passé par le rock, est loin d’appartenir à un quelconque « cadre ». Il s’en défend d’ailleurs  vivement, précisant que « la question des catégories (l’) agacent beaucoup ». C’est ainsi qu’on reconnait ci ou là des bribes de folklore juif ou arabe, voir turc ou breton, qu’on croise parfois les éléments de la danse contemporaine de l’école belge, au milieu d’un contexte rock parfaitement assumé… La musique elle-même est tout sauf cloisonnée. Rizzo ironisant à propos de celle-ci : « c’est Steve Reich qui fait du dub ». La géniale création de Didier Ambact et de King Q4, créateurs et interprètes d’une transe rock parfois proche du headbanging, est sans doute pour beaucoup dans la réussite et l’impact de ce spectacle.

En réalité, D’après une histoire vraie apparait comme un sublime melting-pot chorégraphique, fascinant d’élan, de vie, de force, hurlant l’urgence du collectif autour de la liberté de l’individu. Aussi sensible que viril, le spectacle dégage une exaltation et une détermination admirable.

« Le résultat de ce travail est un solo incarné par huit personnes. Je cherche avec eux ma propre façon de dire «je». » déclare Rizzo. On se régale alors de la lecture de ce journal intime chorégraphique : on s’identifie, on observe, on partage, on comprend, on sent cette vibration de bonheur et d’impératif raisonner dans notre poitrine, au rythme emporté des deux batteurs et des pas heureux des huit danseurs …

Rick Panegy

 d-apres-une-histoire-vraie-(photo-christophe-agostinis)

 

 

 

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