Dernier article du site
 
[Spectacles] Spectacle / Elephant Man – David Bobée
[Film - Critique] Tom à la ferme de Xavier Dolan
Previous
RANDOM
[Festival d'Avignon 14] 10 idées reçues sur le Festival D'Avignon
Next

[Théâtre – Critique] Festen de Bolgheri / Charbit

Spectacles
LA CRITIQUE

[fblike]

Que vaut le chef d’œuvre de Thomas Vinteberg, prix du jury au Festival de Cannes en 1998, lorsqu’il est adapté en français pour le théâtre ? Sa puissance destructrice, Œdipe en background, filant les secrets de familles comme un chapelet de hontes et de scandales, est-elle aussi efficace au théâtre -quelle option de mise en scène- qu’au cinéma ? Que reste-t-il enfin du Dogme95, ce mouvement cinématographique initié par Vinterberg et Lars Von Trier, qui est un des éléments incontournables du réalisme cru et malsain du film ? Laura Bolgheri et Cécile Charbit n’ont pas manqué d’ambition en proposant une lecture sérieuse de Festen, bien qu’un peu trop scolaire, du monument danois.

Leur pièce, présentée dans le cadre des travaux de fin d’études du cours Florent en juin 2012, a ensuite été accueillie par le festival scènes ouvertes de la Sorbonne Nouvelle, puis par le festival des Marmites Artistiques aux Arènes de Nanterre. Jouée au théâtre de verre en décembre, elle est accueillie pour quatre dates au théâtre de Ménilmontant.

Louons d’emblée l’ambition de Bolgheri et Charbit ! Tandis que d’autres adaptent 50 nuances de Grey (Amanda Sthers) -quelle ambition!-, elles s’attaquent à une œuvre hautement plus dense et forte. S’il manque une finesse d’ensemble, l’esprit général du scénario de Vinterberg et Morgen Rukov est respecté : la réunion de famille, à l’occasion de l’anniversaire du père, est le théâtre de révélations fracassantes, et met en relief, plus que le drame lui-même, les attitudes et les non-dits, la loi du silence -quasi patriarcale- les peurs liées à la protection spontanée de l’équilibre personnel, du confort d’un environnement stable… En cela, la pièce des deux jeunes artistes est louable : elles ne manquent pas l’objectif percutant et ne se fourvoient pas dans le spectaculaire gratuit -des règlements de comptes, des cris-, en oubliant le fond.

Cependant, la finesse qu’on regrette est probablement due à une intention trop franche, une volonté de ne pas être méprises. L’écriture est un peu trop marquée, appuyant parfois trop sur les éléments de langage liés à l’émotion (la colère, la surprise etc). Les transitions sont parfois trop brutales, et les nuances absentes. La mise en scène enfin, par moment, cherche trop à accentuer les éléments dramatiques, par une montée narrative assez excessive -des discours et des répliques légèrement ou réellement théâtralisantes, des déplacements assez peu naturellement amenés- ou par des silences brutaux.

Malgré ces quelques défauts, qu’on pardonne facilement, ce Festen séduit par l’énergie et la volonté de la troupe, dont l’ensemble des performances est toutefois assez inégal (félicitons le jeu Olivier Kuhn, qui s’en sort le mieux, son jeu étant nuancé et naturel, réussissant à provoquer une certaine émotion, Erik Chantry héros détestable et fragilisé par la perte de son royaume propose un jeu plus qu’acceptable, la proposition de Raphaël Jothy est, quant à elle, pleine d’élan, élan qu’on aurait aimé plus retenu chez Jean Tomas Ward). Il séduit aussi par le respect -relatif- à l’esprit du Dogme95, cher à Vintergberg et Von Trier. Festen fut le premier film de ce mouvement débuté en 98 ; en cela il est emblématique. Ici, la mise en scène est épurée, minimaliste, n’use et n’abuse pas d’effets superflus, d’éclairages abusifs ou d’effets « spéciaux », le hic et nunc est respecté… Et l’utilisation de la caméra (à la main) sur scène par l’un des personnages, dont la captation est immédiatement projetée en fond de scène, parvient à donner un ton naturaliste proche du Dogme. (cependant, certains éléments du Dogme restent ignorés : la musique extérieure, en bande son, les éclairages nécessaires au théâtre pour délimiter des pièces, par manque de décors… Il aurait peut-être alors fallu un choix plus radical). Pourtant, ce minimalisme froid, reproché au Dogme fait aussi de ce Festen une pièce qui parait inaboutie ou inachevée, en tout état de cause une pièce à laquelle il manque peut-être une franche audace. On pense, parfois, pendant la pièce, à ce qu’on aurait personnellement proposé comme mise en scène : l’espace laissé à cette réflexion n’est pas un bon signe, il manque donc encore quelque chose de saisissant ou de frappant.

Élégante, énergique, ambitieuse, cette première pièce de Bolgheri et de Charbit laisse entrevoir des possibilités réjouissantes, et révèle un travail d’écriture et de mise en scène sérieux!  Qu’elles poursuivent leur route dans le chemin de l’art, sans hésiter à être plus radicales et plus audacieuses encore!

Rick Panegy

Au théâtre de Ménilmontant les 17, 18, 24 et 25 avril 2014

Et vous, vous en avez pensé quoi ?
perso j'ai dé-tes-té !
0%
mouai, bof, ça m'a pas chamboulé!
0%
C'était plutôt pâs mal !
0%
J'ai a-do-ré !
0%

Laisser un commentaire

Fonts by Google Fonts. Icons by Fontello. Full Credits here »