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[Festival d’Avignon 14] 10 idées reçues sur le Festival D’Avignon

by Rick Panegy3 mai 2014
LA CRITIQUE

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Alors ? Le théâtre c’est ringard ? Autour de vous, il y a sûrement des personnes qui font la grimace quand vous leur parlez théâtre, non ?… Pire encore, quand vous leur parlez du Festival d’Avignon, ça tourne de l’œil ?! Et comment ça « vous-même » vous êtes comme ça ? Bon allez, on vous explique pourquoi le Festival d’Avignon, c’est pas du tout ce que certains croient ! Oui, oui, on vous l’explique, et gentiment, parce que les amoureux du théâtre sont toujours gentils!

Allez c’est parti pour 10 arguments en carton (si, franchement !). Lisez attentivement : interro à Avignon !

Voilà ce que vous pourrez alors leur dire, quand ils vous diront ceci :

1. Le Festival d’Avignon, c’est fait par des vieux pour des vieux!

« Ils sont tous vieux ces metteurs en scène ! Et ils font du théâtre pour vieux… Un truc plombant et assommant » entend-on ici ou là… Alors « Relou » le Festival ?

Et bien il va falloir jeter ces arguments ringards à la poubelle : cette année, Olivier Py a invité pas moins de 11 artistes de moins de 35 ans ! Romero Nunes, Fabrice Murgia ou Thomas Jolly par exemple ! Un petit vent de fraicheur !

D’ailleurs on entend souvent que ce sont toujours mêmes qu’on retrouve au Festival (des abonnés, un peu comme à Cannes, des types qui « ont la carte ») : impossible de brandir cette litanie désabusée cette année ! Cette année, 25 artistes débarqueront pour la première fois dans la cité ! Et sur 36 spectacles ! La proportion de jeunes artistes est quand même très significative, non ?! (bon bon bon, ok, on a toujours aussi nos bons vieux Régy, Corsetti, Schiaretti).

Donc NON, ce n’est pas fait par des vieux ! Et figurez-vous que ce n’est pas non plus QUE pour les vieux seulement. D’ailleurs, si on estime qu’un spectateur est vieux à partir de 26 ans (oui oui, c’est comme ça dans les stats), le Festival tourne autour de 11% de spectateurs jeunes  ! Et Olivier Py veut faciliter encore leur accès au Festival en leur proposant cette année des tarifs attractifs (voir ci-après) : l’objectif ? Aller au moins jusqu’à 20%.

En plus, cette année encore, des spectacles estampillés « jeunes publics » pour les très jeunes ponctuent la programmation, avec -entre autres- la recréation de La jeune fille, le diable et le moulin de Py…

Et, comme on le verra plus tard, le Festival d’Avignon se tourne plus que jamais vers sa banlieue et sa jeunesse, avec notamment La Fabrica et le projet du quartier Monclar…

La jeunesse, le renouveau, l’avenir : clairement, ces valeurs sont placées au cœur de l’ère Py ! Hop, on oublie donc l’idée d’un théâtre pour vieux à Avignon.

2. Le Festival d’Avignon, c’est trop cher !

Évidemment, comme dans tout Festival, si on va tout voir, ça finit par être un petit budget… Mais honnêtement, personne ne peut dire que les spectacles proposés par le IN sont trop chers : Figurez-vous que parfois, certains spectacles du OFF vous coûteront la même chose !

Olivier Py a même décidé de baisser les prix, sur certains spectacles (ceux de la Cour d’Honneur du Palais des Papes notamment), en retravaillant la grille de prix des catégories les plus chères (catégories 1) ! Au final, il sera donc possible de voir des spectacles pour 20 ou 30 euros, et même pour une petite quinzaine d’euros si vous avez moins de 26 ans !

Comment ça, vous trouvez ça encore cher ?? Rappelez-nous le prix d’une place d’un concert pop ? ou d’une comédie musicale à Paris ?

Par ailleurs, grande innovation cette année : le Festival d’Avignon créé un abonnement jeune (moins de 26 ans). 4 spectacles pour … 40 euros ! Ca fait 10 euros le spectacle, on repassera pour le scandale  franchement !

Après, certes, il vous faudra payer votre voyage pour Avignon et votre hébergement, ce qui n’est pas négligeable. Mais ça, le Festival n’y peut rien (quoique, il vous propose ici des solutions notamment)

3. Le Festival d’Avignon, c’est des pièces trop compliquées !

Inception fut un immense succès et vous ne pourrez pas nous faire croire que c’était un truc simple, franchement ! Alors, certes oui, il y a des pièces ambitieuses, intellectuelles ou moins faciles d’accès que d’autres… Mais certains autres spectacles, théâtre ou danse, ne vous largueront pas : on y reviendra rapidement avec la parution du programme complet  (voir le pré-programme ici). L’an dernier par exemple, si Swamp Club de Quesne ou le Kabaret de Warlikowski pouvaient dérouter, les spectacles de Rizzo, de Gosselin ou de Bel étaient très accessibles, même pour des « non-initiés »

4. Le Festival d’Avignon, c’est le théâtre français qui se regarde le nombril !

Ah ah ! Elle est bien bonne : le théâtre, ça fait belle lurette qu’il est international, même en France. L’année dernière, souvenez-vous déjà de la part belle faite à Dieudonné Niangouna, artiste invité !

Cette année, Py ouvre encore plus le Festival sur le Monde : La Grèce (Dimitris Karantzas, le Vitrioli de Py, une pièce de Manolis Tsipos…), Israël (Arkadi Zaides), l’Italie de Corsetti ou d’Emma Dante, l’Asie de Miyagi  (qui raconte le Mahabharata en version Kabuki, loin de la version de Brook en 85), l’Amérique du Sud de Marco Layera ou d’Araujo… L’Europe n’étant pas la France, on pourra voir des spectacles aussi variés que ceux du très international Alexandre Singh (première création théâtre du jeune plasticien, auteur par ailleurs de l’affiche du Festival), de la roumaine Carbunariu, du germano-portugais Romero Nunes, des belges Platel, Murgia, ou De Pauw et Defoort, du hollandais Van Hove (que l’on attend personnellement avec impatience…). L’Afrique ne sera pas en reste avec les créations de Robyn Orlin (Afrique du sud) ou de El Geretly et El Warsha (Egypte).

Si le théâtre, la danse et la musique permettent l’expression d’une part de soi, autant dire que le monde, dans son impressionnante diversité et son improbable pluralité, sera présent cet été à Avignon, capitale estivale de la culture. Un pied de nez savoureux quand on repense aux récentes élections municipales où le Front National était en passe de gagner la Mairie…

5. Le Festival d’Avignon, c’est cucul la praline : des pièces où des artistes sont contents de cueillir des fleurs en somme !

Avec Py à la Direction, ne pensez pas échapper à l’engagement ! Olivier Py, on le sait, n’a jamais la langue dans sa poche et n’est pas le dernier pour exprimer un engagement entier dans ses idées. Le Festival a d’ailleurs toujours été politique… Question : l’essence même du théâtre n’est-elle pas foncièrement politique, quand elle n’est pas sociétale ? Quelle que ce soit l’époque, Avignon a toujours été le lieu des contestations et des prises de positions d’artistes.

Cette année encore -sans évoquer les polémiques politiques nées des scores élevés du FN aux élections municipales, qui ont provoqué chez Py la colère que l’on sait- l’engagement politique sera présent tout au long du Festival : La crise en Europe, et particulièrement en Grèce, sera évoquée, avec les pièces de Karantzas ou celle de Py (Vitrioli, déjà présenté à Athènes). Attendons-nous aussi à une position clairement marquée de Carbunariu avec son Solitaritate. Le Mai/Juin/Juillet de Guénoun et Schiaretti est aussi de retour à Avignon : il revient sur l’impact de 68 dans le monde du théâtre. Et nul doute que The FountainHead de Van Hove sera forcément engagé : Ayn Rand, l’auteure de la pièce, y va rarement avec le dos de la cuillère, question position politique… Quant au Orlando ou l’impatience de Py, il sera forcément engagé, dans une société où le schéma familial est en pleine mutation, et la question de l’identité et de la filiation au cœur des débats…

Bref, le Festival, ce n’est pas qu’une bande d’artistes qui parlent d’eux-même, d’éternels « Sophie Calle » égocentriques (qu’on ne verra pas cette année, ouf). C’est aussi le monde. Même si nous espérons quelques pépites esthétisantes narcissiques, tout de même, parce qu’on aime bien aussi, parfois… (chez Singh éventuellement ? chez Miyagi peut-être ? Chez Régy sûrement ?…)

6. Le Festival d’Avignon, c’est des planches et du papier !

Allons allons, il n’y a pas plus connecté que le Festival d’Avignon !

Son site (ici) est complet, vous le retrouvez sur twitter, sur instagram, sur Facebook et un gros travail est fait sur Pearl Trees, qui vous permet de naviguer dans la programmation et d’en apprendre énormément sur le festival, les auteurs, les pièces, les artistes…

Le Festival travaille aussi autour du projet de sa Fabrica numérique : une web Tv et des ateliers de formation au numérique pour les jeunes du quartier Monclar, plus défavorisé que la cité intra-muros, le but étant même d’obtenir le label  French Tech, mis en place par Fleur Pellerin, alors Ministre déléguée à l’économie numérique, pour inciter la création dans ce domaine. On en saura peu à peu davantage sur ce projet numérique intéressant.

En tout état de cause, impossible de dire que le Festival d’Avignon a manqué le tournant du numérique !

7. Le Festival d’Avignon, on peut jamais avoir de places !

L’ouverture des réservations aura lieu le lundi 16 juin ! Direction internet pour étudier le programme et réserver, vous pouvez aussi réserver par téléphone. Certes, dès lundi, le site et les lignes sont rapidement saturés et on a l’impression qu’il sera véritablement impossible d’obtenir des places : un vrai parcours du combattant ! Pourtant, sachez que trois ou quatre jours après l’ouverture des réservations, il est plus facile de joindre le standard et il reste encore des places… astuce !

En outre, sur place il est possible d’acheter des places pour les spectacles directement dans les salles, et à la Billetterie du Cloître Saint-Louis. Et cette année, le Festival innove encore de ce côté-ci, en permettant désormais d’acheter des places à la boutique du Festival, située place de l’Horloge.

Vous pourrez aussi acheter vos places à la FNAC.

Alors ? Ça en laisse du choix pour réserver : A moins de laisser filer les dates, ça ne devrait pas être dur de trouver quelques spectacles !! A moins que ça ne vous serve d’excuse pour, finalement, passer vos journées en terrasse !!

8. Le Festival d’Avignon, c’est que pour l’élite bourgeoise parisienne !

Il faut savoir que le public parisien ne constitue pas la plus grande partie du public du Festival ! Il n’en est même qu’une petite proportion : la plupart sont des « locaux », des spectateurs voisins, et des touristes étrangers ou de diverses régions françaises… Paris et sa « supposée » élite est ailleurs! Et pour ceux qui n’ont pas la chance d’être à Avignon, il se délocalise !!! Et si !

A la télévision, Le Prince de Hombourg de Corsetti sera en effet retransmis en direct sur France Télévision dès la première représentation, le 4 juillet : qui n’a pas de télévision ?? Le 12 juillet, c’est ArteConcert qui diffusera Orlando ou l’impatience d’Olivier Py depuis La Fabrica.

Et des écrans géants seront installés au Louvre à Paris, au MUCEM de Marseille et Place des Corps-Saints à Avignon pour pouvoir suivre le Festival sans avoir eu de places ! Alors ? C’est seulement pour l’élite ?? Ou on admet enfin que le Festival va à la rencontre de tous !

Les artistes ? Des divas inaccessibles ? Non non, ils ne sont pas plus élitistes que le public : tous les jours, sur le site Louis Pasteur de l’Université, des rencontres s’organisent autour des artistes. Le matin, dans l’émission à 11 h « sous les platanes » de Xavier de La Porte (France Culture) et les après-midis, avec « Les Dialogues de Cémea« , des rencontres organisées par la Cémea (Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Education Active). Le public y est présent, c’est gratuit, et c’est l’occasion de prolonger l’expérience du spectacle, ou de l’appréhender différemment…

Enfin, comment considérer le Festival d’Avignon comme une institution conservatrice, dans la reproduction d’un système élitiste, quand on connait son implication dans les quartiers populaires : Monclar ou Champfleury, par exemple, sont deux zones défavorisées que le Festival ne délaisse pas, y installant son centre de création et sa propre salle de spectacles, La Fabrica (qui accueillera, outre les artistes en résidence, des groupes de jeunes, notamment scolaires, autour de projets numériques). Le Festival s’inscrit cette année aussi dans une démarche active vers les publics, hors du centre historique intra-muros. Hormis la Fabrica, bien sûr, inaugurée l’an dernier, on assistera à un spectacle itinérant, qui errera à travers les alentours d’Avignon à la rencontre d’un public moins privilégié : le Othello Variation de Garraud et Saccomano fera vibrer un Shakespeare aux allures contemporaines : « les Maures » y sont à présent « les Arabes ».

Voyez, on est bien loin de l’élite qui lutte pour conserver son petit pré carré de culture bourgeoise.

9. Le Festival d’Avignon, c’est que pour les adultes !

Il n’y a qu’à suivre le parcours « Jeune Public » sur le programme du Festival d’Avignon ! Cette fois-ci, on vous indique ce que les enfants peuvent aller voir, car, inévitablement, le goût de l’art se cultive dès le plus jeune âge !

Du Shakespeare pour Jeune Public (si si!!) avec le Falstafe de Novarina mis en scène par Lazare Herson-Macarel, ou la recréation de La  jeune fille, le diable et le moulin par Py, adaptation d’un Grimm, ou encore Même les chevaliers tombent dans l’oubli d’Akakpo, mis en scène par Roy (la conscience politique de la différence, la famille, la fratrie s’explore dès le plus jeune âge…)

Cet été donc, du côté d’Avignon, les enfants auront le droit à autre chose que le nouveau Disney-Pixar (La vilaine Angelina Jolie en Maléfique ou les insupportables avions de Planes 2). Ils auront le droit à autre chose que des après-midi barbotages dans la piscine entre deux barbe-à-papa…

10. Le Festival d’Avignon, c’est nul, Rick et Pick n’y sont pas !

Et bien si ! Nous y serons pour toute la durée du Festival – du 4 au 27 juillet-  entre pièces de théâtre, terrasses (autour d’inévitables « pacs à l’eau », d’apéritifs anisés et de rayons de soleil régénérateurs) et barbotages dans la piscine….

Rick Panegy

Crédits Photos : Ika Kramer / Christophe Raynaud de Lage

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