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[Danse – Critique] Palermo Palermo de Pina Baush / Tanztheater Wupperthal

Spectacles
LA CRITIQUE

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Un mur, un silence… puis tout s’écroule, dans un fracas poussiéreux : le décors de Palermo Palermo est ainsi posé, au gré du hasard des pierres qui jonchent le sol. A l’image de la pièce elle-même, le décors de Peter Pabst laisse au possible et à l’aléatoire une place centrale ; pendant presque trois heures en effet se succèdent sur scène un véritable éloge du hasard, de ces rencontres fortuites et de ces choses de la vie, toujours  insignifiantes et pourtant inévitables, finalement primordiales dans ce qui compose le grand orchestre  de la vie selon Pina Bausch.

Au gré des aventures siciliennes – quelle autre artiste possède ce talent de rendre sublimes et grandioses les anecdotes du quotidien, pour faire de cet enchainement de banalités une immense aventure humaine ?- le sol se jonche de détritus, d’eau, de poussière, et d’un tas d’éléments foutraques qui laissent planer, fidèles à l’esprit de Palermo Palermo, le sentiment ambiguë du doute  et de la plénitude. Le doute, car rien n’est dans ce non-récit acquis, certain ou définitif, tout est susceptible de disparaitre, balayé, soufflé, lavé, tout est appelé à changer et à se contredire (à l’instar de cette femme, réclamant à corps et à cris des câlins qu’elle rejette puis réclame aussitôt). La plénitude aussi, car tout dans cette absurdité bancale, dans ce désordre incertain est un écho à la propre vie de chacun : il existe dans la fragilité des personnages et des situations de Bausch cette familiarité qui rassure. D’abord lointains, les personnages, dont on ne connait ni l’histoire, ni le but, se rapprochent et le spectateur adopte, délicieusement vaincu, ceux qui lui ressemblent, l’outrance en plus…

Palermo Palermo c’est d’abord une Italie sauvage, aux réactions franches et brutales. Le sud est sanguin et la Sicile insoumise. La pièce de Bausch, née de sa résidence à Palerme au Teatro Biondo en 1989, respire tout autant la torpeur de l’ile latine que la mélancolie énergique de ses femmes. Dans le Palerme de Bausch, on se lave nu sous le ciel étoilé, on enfile plusieurs culottes, on se fait cuire un œuf sur un fer à repasser, on joue avec une balle à l’aide de sa jupe, on se câline ou on se crache dessus, on exhibe fièrement et égoïstement ses spaghettis ou on danse, frénétiquement…

Ce qui frappe, au-delà de toutes les trouvailles scéniques, c’est le refus de la moindre évidence chez Pina Bausch si ce n’est celle que la vie est faite d’incertitudes, de surprises et d’imprévus : dans son chef d’œuvre Palermo Palermo, on scrute l’anecdote et on la laisse guider et filer la ligne du temps. Doucement, il s’écoule comme un long lamento mélancolique, parsemé d’éclats chorégraphiques bouleversants, comme cette lente traversée saccadée de cœur à jardin, ou comme ce sublime ensemble féminin, tel un chœur dansé où se mêlent la séduction des donnas, leur grâce dans leurs colères ou leurs indignations, leurs provocations et leurs espérances. Fabuleuses aussi, ces avancées de fond de scène de tous les danseurs du Tanztheater Wuppertal, pommes sur la tête, stoïques et dignes, ou jetant de leurs paniers les détritus plastiques d’une Sicile polluée, avec une élégance et une poésie qui donnent à ces mouvements des allures de paradoxe.

Palermo Palermo est le reflet d’une Italie qui n’est plus ; la pièce de Pina Bausch est pourtant, aussi, le miroir d’une humanité toujours ébranlée, toujours querelleuse, mais sans cesse implorante, et cherchant à jamais à assouvir désirs et perspectives.

Rick Panegy

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