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[Festival d’Avignon 14 – Critique] Don Giovanni – Letzte Party de Antu Romero Nunes

by Rick Panegy10 juillet 2014
LA CRITIQUE

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Audacieux, le spectacle de Antu Romero Nunes divisera sûrement. Le jeune metteur en scène allemand, 31 ans, adapte « très librement », de ses propres dires,  le Don Giovanni de Mozart et le livret de Da Ponte…. Et livre ce qu’il définit lui-même comme « une comédie batarde », alternant le glauque et le truculent, l’ode à l’espoir comme la fatalité, autour d’une mise en scène particulièrement débridée et déroutante. Surprenant.

Le spectacle se termine par le thème de Mozart de Don Giovanni (adaptation musicale de Johannes Hofmann ), comme une invitation à la communion, les comédiens fredonnant l’air célèbre et encourageant le public à se quitter en les accompagnant. Cette ultime communion est à l’image de tout le spectacle, qui ne cesse de créer des ponts et d’ouvrir les portes de toutes les interactions avec le public, comme cette (trop longue) ouverture au cours de laquelle le personnage de Leporello se livre à un jeu de vocalises avec le public, ou comme cet étonnant entracte qui fait disparaitre la quasi-totalité des femmes du  public derrière le rideau… En somme, Romero Nunes exacerbe les rapports humains.


Le rapport à la mort de Don Giovanni est ici étrangement ambiguë : on ne sait s’il l’espère ou la redoute, s’il l’attend ou la provoque. Si Don Giovanni parait inviter chacun à la liberté, à profiter de la vie avant la mort, il n’est pas sûr que l’on désire le suivre, tant son parcours semble guidé par une insolence qui frôle l’adolescence. Alors que le rapport à la liberté avait un sens davantage social à l’époque du Don Giavonni de Mozart / Da Ponte, de nos jours ce Carpe Diem exacerbé a des allures d’arrogance.

Volontairement décalé, outrancièrement pour certains, l’adaptation de Romero Nunes multiplie les incursions dans tous les genres possibles, du musical au grotesque. Le héros, Don Giovanni, est un personnage rock’n roll, suffisant et détestable, les femmes qui l’entourent sont toutes des sottes aisément manipulables (en cela, la misogynie du livret d’origine n’est en rien gommée, malgré un orchestre entièrement féminin) et les personnages secondaires sont des faire-valoirs un peu bouffons (Masetto se fait même moquer « Papageno »). On crie beaucoup dans ce Don Giovanni,, on se dénude, on cherche le rire franc. L’espace est occupé par des costumes mi-gothique mi carnaval. Le temps, lui, est occupé par une frénésie du jeu. Comme un miroir à la philosophie portée par l’épicurien personnage central, la mise en scène ne perd pas une miette de tous les possibles qui s’offrent à l’exagération…

Pourtant, il règne dans ce Don Giovanni une odeur de glauque et de pathétique, un souffle de destinée tragique, un vide caché par l’exubérance : la vie de Don Giovanni est ainsi. Elle est remplie de conquêtes et de désir de vie, de liberté. Mais elle cache le vide de tout ce qu’il ne vit pas, autour. Chez Romero Nunes, on n’est pas loin d’observer la même démarche : derrière la truculence et les bruyantes altercations, les adresses osées (trop nombreuses?) au public ou les effets de mise en scène, le tout semble un peu vide, triste, comme ce décors inexistant, tel un hangar vidé, comme ces cercles concentriques de lumières qui se meuvent au gré des scènes pour unique accessoire du décors.

Derrière l’insolence de l’apparence, il y a un vide qui est (volontairement ?) à peine caché. Ce Don Giovanni n’est pas élégant, il semble un peu perdu et désespéré : la pièce elle, semble en être le parfait reflet. Réussite de l’impeccable cohérence ou insupportable séance d’exubérances ?

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Rick Panegy

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