[Festival d’Avignon 14 – Critique] Le Prince de Hombourg par Giorgio Barberio Corsetti

Le Prince de Hombourg d’Heinrich von Kleist, mis en scène par Giorgio Barberio Corsetti, est sans conteste le symbole tout puissant de cette 68ème édition du Festival d’Avignon. La pièce n’a pas été jouée dans la cité des Papes depuis 1951 lorsque Jean Villar, fondateur du festival et inventeur du « Théâtre populaire », l’avait mis en scène avec Gérard Philipe dans le rôle du prince et Jeanne Moreau dans celui de Nathalie (qui reviendra cette année pour la clôture du festival dans le Cour d’honneur du palais des Papes). On comprend aisément que cette nouvelle adaptation symbolise un retour aux origines du festival et pourquoi il tenait tant à cœur à Olivier Py, nouveau Président du Festival d’Avignon cette année, de la présenter en ouverture du festival. Son annulation le soir de sa première en soutien au mouvement des intermittents du spectacle, le discours avant la représentation récité par ses comédiens dont l’adresse : «Messieurs du Medef, si vous trouvez qu’il y a trop de culture, c’est que vous en manquez» et ses petits carrés de feutre rouge épinglés aux costumes des acteurs jusque dans les projections en ombres chinoises sur le grand mur de la cour d’honneur du Palais des Papes en feront également un symbole hautement politique.

De nombreuses images puissantes viennent ponctuer cette nouvelle version du Prince. La première, en guise d’introduction, voit cinq hommes nus sortir au ralenti de la scène pour habiller Xavier Gallais (tout en sensibilité, un prince ingénu, héros malgré lui et rêveur), vêtu uniquement de sa couronne de lauriers. Pour les suivantes, Corsetti utilise à merveille tout l’espace de la Cour d’honneur avec, entre autre, les projections grandioses d’Igor Renzetti (parmi lesquelles on admire une chevauchée fantastique, des visages terrifiants et un nouveau palais dans le Palais des Papes), les acteurs postés aux fenêtres perchées, une estrade penchée capable de basculer jusqu’à une position totalement verticale, un cadre géant à rideaux gris et un imposant escalier sur roulettes. D’autres images fortes, comme par exemple la chute des pages noires depuis les fenêtres les plus hautes du Palais appuyée par le chant d’un haute-contre, finiront de prouver qu’il s’agit là d’un spectacle grandiose à la hauteur du lieu.

 Xavier Gallais est formidablement entouré, entre autre, par la magnifique Anne Alvaro (l’Electrice), tout de rouge vêtue, l’excellent et drôle Luc-Antoine Diquéro (l’Electeur) ainsi que par le touchant Clément Bresson en camarade fidèle du prince. La troupe entière est formidablement dirigée.

Comme poussées par le mistral de la cour d’honneur (les rideaux gris et les longs costumes battent dans le vent), les 2h30 du spectacle ne se font pas sentir malgré ses thématiques sérieuses sur le pouvoir, la liberté et la mort.

Philip Pick

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