mahabharata @fabien_h

[Festival d’Avignon 14] Un Mahabharata de rue – contestation et communion

[fblike]

Le spectacle devait se jouer dans le cadre grandiose de la carrière de Boulbon. Déjà annulé une première fois en début de Festival en raison des intempéries, le Mahabharata de Miyagi ne devait pas avoir lieu hier (samedi 12 juillet) : le personnel du Festival d’Avignon -IN- avait en effet voté la veille (vendredi 11 juillet) une grève de 24 heures pour protester contre l’accord signé par le gouvernement avec le MEDEF sur la réforme du régime de chômage. Le pourcentage de votants était relativement peu élevé (46%, soit 286 sur 622), et le mouvement de grève fut validé à 65%.

Texte du SPAC expliquant la décision de jouer publiquement malgré la grève

La plupart des spectacles du Festival durent être annulés, les techniciens, notamment, n’assurant pas leur mission pour contester. Parmi ces spectacles, la nouvelle version du Mahabharata proposée par Satoshi Miyagi et ses comédiens du SPAC – Shizuoka Performing Arts Center, venus du Japon : 30 ans après la mythique épopée par Brooks dans ce même festival, l’artiste japonais transpose la légende indienne dans la culture japonaise, entre kabuki et bunraku.

L’équipe du Mahabharata l’assume : ce n’est pas dans leur culture d’annuler un spectacle. Sur de grandes affiches, la troupe explique leur rapport à l’art théâtral et explique pourquoi, malgré la grève, ils ont décidé de jouer des extraits du spectacle gratuitement, place du Palais des Papes, face au Petit Palais.

photo @fabien_h

Le fait est assez rare pour être souligné : un spectacle du IN joué gratuitement, sur la place publique, et offert à tous les spectateurs, touristes et festivaliers. Le son est sommaire, en l’absence de sonorisation, les éclairages absents. Le cadre grandiose de Boulbon est remplacé par la fontaine de la place. Qu’importe, c’est un geste fort, d’amour et de respect, à la fois pour leur art et pour les spectateurs, qu’offre la troupe, jouant devant des spectateurs tantôt ravis (au courant de la représentation improvisée), tantôt surpris, et happés par la magie du moment. Certains passants ne connaissent pas Miyagi, ne connaissent pas la programmation du IN, s’arrêtent, questionnent. Certains hésitent, puis restent.

photo @jbao_desnoix

Les échanges entre les uns et les autres sont nombreux et, ainsi, le partage d’une culture théâtrale s’improvise en plein cœur du Festival. De l’agitation dû au mouvement social nait, heureuse surprise, une communion entre les professionnels et les spectateurs, entre le public du IN et les touristes, profanes.

Les comédiens changent de costumes devant les spectateurs, faute de coulisses. Satoshi Miyagi, sur le côté, observe sa troupe, au milieu des spectateurs, filmant, photographiant, applaudissant entre chaque tableau : ce qui ne se fait pas au cours d’une représentation « officielle » est permis, c’est un moment suspendu que vit le Festival.

photo @camilleCourt

La troupe est chaleureusement ovationnée, à la hauteur de ce geste spontané, dévoué et passionné, décidé en accord avec les intermittents grévistes, pour lesquels la troupe du Shizuoka Performing Art Center – SPAC affirme son plus grand respect.

Rick Panegy