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Entretiens / Interviews

[Festival d’Avignon 14 – Interview] Marie-José Malis – Hypérion

by Rick Panegy16 juillet 2014
LA CRITIQUE

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Quelques jours avant la dernière de son adaptation d’Hypérion, sa création pour le Festival d’Avignon 2014, nous rencontrons Marie-José Malis qui revient sur les critiques, certaines très franches, faites sur son spectacle. Elle parle de ses choix artistiques et, aussi, de sa nomination au Théâtre de la Commune, qui a fait l’objet de certaines oppositions d’opinion…

Dans l’Hypérion de Friedrich Hölderlin, la jeunesse est mise en avant, invitée, sollicitée. Lorsqu’on lui demande comment elle envisage de s’adresser à la jeunesse, et comment elle répond aux critiques qui considèrent son Hypérion  comme une œuvre qui n’encourage pas la jeunesse à découvrir le théâtre, elle répond vivement qu’il n’y a pas qu’une manière de s’adresser à la jeunesse, celle attendue, qu’il n’y a d’ailleurs pas davantage une seule jeunesse, et que ce point de vue serait absolument réducteur : « Je ne sais pas comment il faudrait s’adresser à la jeunesse. Il n’y a pas de jeunesse comme on l’entend globalement. » C’est donc une question, dit-elle, qu’elle élude de son travail.

Rick et Pick : Comment alors, envisagez-vous votre nomination à la Commune à Aubervilliers, et l’objectif de faire venir un public, notamment jeune ? Avez-vous cet objectif ?

Marie-José Malis :  Vous savez, Pasolini, dans son Manifeste pour un nouveau théâtre, dit des choses très vraies : dans les salles de théâtre, il n’y a pas LE peuple, il y a les classes moyennes, intellectuelles, qui lisent Télérama… Alors me dire que, sous prétexte que je suis à Aubervilliers, je dois faire un art adressé à des gens qui ne sont pas dans la salle, c’est quand même un paradoxe un peu fort. Au T2G par exemple, les gens de Gennevilliers ne sont pas là. Et à Aubervilliers, on fera en sorte qu’ils soient là selon un programme très précis, de pièces d’actualités, de pièces qui seront faites avec les gens, pour les faire venir. Pour l’instant, ils ne sont pas là !

R&P : Vous n’orienterez donc pas votre programmation de manière spécifique ? Vous vous adressez à ceux qui viennent déjà?

M.J.M. : Je fais une programmation! Je vais fabriquer un public! Je fais venir Rodrigo Garcia pour qu’il s’adresse à des jeunes gens ; je vais faire du théâtre politique et de situation avec la population. Je fais ce que j’ai à faire pour faire venir un public qui n’est pas là. Et il sera là ! Je fais ce que j’ai à faire…

Mais me dire «  Madame vous dirigez le temple du théâtre populaire « , c’est un mensonge. Pour l’instant le public du Théâtre de la Commune est un public assez âgé, fidèle. Ce n’est pas vrai que les ouvriers, ou le sous prolétariat albertivillarien est dans le théâtre, ce n’est pas vrai. Ma mission, ce sera qu’il vienne.

R&P : Ici, vous avez rencontré votre public ?

M.J.M. : Moi depuis longtemps -je ne le souhaite pas mais je le constate- je pratique un théâtre qui clive, qui divise même le théâtre. Mais ce qui est très beau au théâtre, c’est quand à la fin d’une représentation -par exemple hier… car maintenant on a quasiment la moitié de la salle qui reste- le public est transporté! Ce public qui, dans l’adversité, et contre les gens qui partent, dit « nous on veut être là, nous on trouve que ça c’est unique, ça n »est pas tiède, ça n’est pas moyen. » Pour moi, c’est ça le théâtre, ce n’est pas un théâtre qui laisse les gens vaguement satisfaits sur le critère du plus petit dénominateur commun. Là, nous vivons des soirées extraordinaires : je peux vous assurer la joie, quand un public à la fin, manifeste sa gratitude.

R&P : Vous ne souhaitez donc pas plaire au plus grand nombre ?

M.J.M.: Je voudrais plaire au plus grand nombre ! Mais ça ne m’est pas donné… Si, malgré tout, des gens sont déçus parce qu’ils ont des préjugés sur le théâtre -ils attendent que le théâtre soit ci, soit ça- et que, en dépit de ça, d’autres disent « mais ce théâtre qu’on n’avait jamais vu, à partir de maintenant c’est celui-là qu’on veut » C’est pour ceux-là ! C’est ça le théâtre pour moi, c’est qu’à la fin des gens disent « Je ne savais pas avant que ça m’arrive que c’était ça que je voulais ! ».

R&P :  Vous avez quand même des fidèles qui vous suivent !

M.J.M. : Oui, j’ai des fidèles ! et puis j’ai aussi, là je vois dans ce festival, on me dit qu’au Cloitre Saint-Louis, beaucoup de gens revendent leur places…et beaucoup de gens demandent à en acheter. Je dirais qu’il y a des fidèles mais aussi un nouveau public qui apparait maintenant et qui se crée ici, dans un contexte très grossier, très violent… très grossier… Donc ce n’est pas si mal.

R&P : Vous parliez tout à l’heure de politique, de théâtre politique. Dans Hypérion, il y a quelque chose aussi de politique. Vous disiez que les théâtres devaient s’engager. Vous considérez le théâtre dans son ensemble -pièce et lieu- comme un endroit où la politique doit s’exprimer en premier lieu, avant le reste ?

M.J.M. :Non, sinon je ne ferai pas ce théâtre qu’on qualifie d’intellectuel. J’ai une très haute idée de l’art… Et l’art, pour moi, est la première chose qu’on doit défendre. Mais tout est affaire de situation : il y a des moments où la situation est particulière, où c’est la politique qui l’emporte sur l’art. Dans ces cas-là, je pense qu’il faut être au rendez-vous. Il faut se demander quelle est la fonction d’un lieu public, d’un espace public, qui est censé être celui du débat, et aussi de la réflexion sur notre civilisation, Et comment tout d’un coup, cet espace public, maintenant l’art, le présentant au public, devient aussi le lieu où quelque chose de cette situation peut se fabriquer, se comprendre, voire en effet se prononcer ! C’est à dire qu’on peut devenir des agents !

R&P : Il y a quand même un engagement !

M.J.M. : Oui il le faut !

R&P : Dans Hypérion, il y a un grand sous-texte politique. Quand vous avez commencé à le monter, ou à y penser, c’était bien avant l’actualité politique. Il y a une coïncidence actuelle…

M.J.M. : Moi, je suis une ligne étrange depuis toujours, car elle passe par des textes qui sont très littéraires, et surtout des textes de pensée. Évidemment, je traque des textes qui me permettent de penser la situation dans laquelle nous vivons, et surtout le possible, et à quelles conditions du possible pourra se fabriquer malgré tout !

R&P : Vous mettez l’accent sur le texte, pas sur la mise en scène…

M.J.M. ! Oui ! Mon théâtre, on me l’a beaucoup reproché, n’est quasiment pas un théâtre de la mise en scène. Mon théâtre est un théâtre de la direction d’acteurs. Je me contrefous des effets de mise en scène. Là où j’en suis, ce qui est très beau, c’est de voir comment des acteurs pensant un texte, pensant ce que ce texte voudrait dire pour leur vie, peuvent témoigner devant le public. C’est ça le théâtre pour moi… Je ne suis pas du tout dans la fabrication d’images !

R&P : Cela ne nait jamais d’une envie visuelle ?

M.J.M : Pas du tout ! Cela nait de ce qu’un texte fait bouger en moi, des textes qui me font pleurer quand je les lis, qui me font pleurer parce que je me dis « c’est inouï, cet auteur a pensé une ligne sublime qui nous fait échapper hors du monde mort, hors de l’inertie, elle nous présente un nouveau possible ».

R&P : Pourtant Hypérion, vous l’avez probablement lu il y a longtemps…

M.J.M. : Oui !

R&P : Alors comment est née d’un seul coup cette envie de le monter ?

M.J.M. : C’est pas d’un seul coup… Ce sont des textes qui vous accompagnent, et puis à un moment on se dit « là où j’en suis, avec tout ce que j’ai fait, je pourrais peut-être essayer de le monter, car j’ai constitué une famille d’acteur, j’ai aussi disposé des outils de travail et il me semble que le moment est venu »… Et puis évidemment, ça a été un peu sollicité par l’histoire, l’actualité, les printemps arabes, tout ça…

R&P : Les évènements de Grèce aussi ?

M.J.M. : Bien sûr , oui la Grèce !

R&P : Toutes ces critiques des journalistes -pas forcément tendres- comment le vivez-vous ?

M.J.M. : Il ne faut pas lire ça ! Cela m’est égal. Je trouve que c’est sale parce que ça mèle beaucoup trop de choses… Mon analyse, c’est que je pratique un théâtre minoritaire et que c’est insupportable aux apparatchiks de la presse installée. C’est insupportable pour eux qu’un artiste minoritaire dirige une institution… Voilà, ils ne le supportent pas… Depuis que je suis nommée, ils ne le supportent pas. Je pourrais présenter Hypérion comme une compagnie, dans un contexte dont on m’aurait autorisée à être « cinglée »… mais là… Vous savez depuis ma nomination, la cabale court : « qui c’est celle-là ? Pourquoi on l’a nommée ?  » Au nom du peuple, au nom de ce je ne sais pas quoi.

R&P : C’est difficile pour vous à supporter ?

M.J.M. : Non je m’en fous complètement, je suis droit dans mes bottes… Je m’en fous, réellement.

R&P : Vous parliez de mise en scène… Cette sélection est variée, avec notamment des artistes qui mettent davantage l’accent sur la mise en scène que vous (Corsetti, Py, Van Hove) et d’autres, comme vous…

M.J.M. : Je savais qu’on allait être les vilains petits canards de la sélection…

R&P. : Il y a des gens qui ressortent enchantés !

M.J.M. : Et d’autres qui ressortent révoltés, dégoutés ! (rires) L’an prochain, venez à la Commune, il y a une très belle programmation : on a essayé de présenter ce qui pour nous, donne à penser le théâtre! Et puis il y a ce programme très beau, de pièces d’actualités faites avec les gens : ce n’est pas du socio-culturel ! C’est de l’art fait avec les gens!!! Et qui sera porté par des gens comme Maguy Marin, cela va être très incandescent à mon avis !

Rick Panegy

Au Théâtre de la Commune du 26 septembre au 16 octobre 2014

Au Théâtre National de Strasbourg du 10 janvier au 21 janvier 2015

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1 Comments
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  • Wolf
    18 juillet 2014 at 12:25

    Oui de magnifiques concepts et une parole généreuse qui viennent maquiller ou occulter une mise en œuvre ratée et des résultats désastreux. Dans le domaine artistique c’est navrant ou risible, selon. Pour les questions politiques c’est catastrophique voire criminel, selon. Alors que penser d’une artiste abritant ses insuffisances professionnelles derrière le concept de l’engagement politique ? Navrante, catastrophique, etc ? Selon. Jean Robert

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