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Entretiens / Interviews

[Festival d’Avignon 14- Interview] Ivo Van Hove – The Fountainhead

by Rick Panegy20 juillet 2014
LA CRITIQUE

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Nous avons rencontré Ivo Van Hove, dans les jardins du site Louis Pasteur, pour sa création The Fountainhead, adaptation sur scène du roman d’Ayn Rand. Son spectacle est donné pour la première fois en France dans le cadre du Festival d’Avignon. Il revient sur son spectacle, comment il se positionne politiquement dans cette pièce par rapport au parti pris de Rand, comment il envisage son rapport avec le public.

Rick et Pick : La Source Vive est un texte d’Ayn Rand très politique, très engagé dans son positionnement, idéologique notamment, radical. Dans votre spectacle, avez-vous adouci ou embrassé totalement ce positionnement ?

Ivo Van Hove : Non, je ne l’ai pas adouci ! Et je ne l’ai pas embrassé totalement ! J’ai fait ce roman sur scène car c’est un grand roman d’idées ! D’idées qui nous concernent aujourd’hui. Je suis sûr qu’en France, comme en Hollande, en Europe et dans le monde, il y a ces tensions entre l’individualisme et la société. Ce sont des idées sur ces tensions…

R&P : Parlez-nous de ces deux personnages, opposés…

I.V.H. : Dans ce roman, dans notre spectacle, il y a deux jeunes architectes. L’un Howard Roark est un idéaliste : il veut suivre son idéal dans un sens extrême . Il ne veut pas écouter ses clients. Il dit « Si tu me veux comme architecte, je fais la maison, le gratte-ciel comme je le veux, car la maison c’est moi, ce n’est pas toi » ! L’autre architecte, Peter Keating, veut suivre les exigences du marché et des clients. Il veut faire des compromis… c’est beau aussi de donner à un client ce qu’il veut.

R&P : Mais vous, quel est votre point de vue sur des deux visions ?

I.V.H. : Pour Rand, c’est clair, elle fait le choix de l’homme idéaliste, Howard Roark. Pour moi, il y a deux positions et je voulais un équilibre, je voulais représenter les deux architectes et tous les autres personnages dans leur ambivalence. Roark, à certains moments, commet des actes répréhensibles, discutables. Il y a cette ambivalence dans chacun.

Ma position est que comme artiste, je suis, je veux être Roark. Je veux faire des choses avec une authenticité totale, je veux que mes spectacles soient uniques dans le monde, quelque chose qu’on n’a jamais vu. Je veux être totalement moi-même dans mes spectacles. Mais comme citoyen, dans une société, je crois qu’on a besoin aussi de prendre soin de l’autre. Je n’ai pas en horreur de payer des impôts, pour les autres qui ont moins d’argent, pour la sécurité sociale…

Dans ce texte d’Ayn Rand, il y a beaucoup à réfléchir, à écouter, à voir, à penser… à discuter. Moi je voulais libérer toutes les idées dans mon spectacle.

R&P : Vous êtes l’architecte de vos spectacles… Vous vous dites comme Roark. Vous ne vous souciez donc pas des attentes du spectateur ?

I.V.H. : Je ne m’occupe pas des spectateurs ! Je suis Roark dans mes spectacles ! C’est impossible de s’occuper des attentes de tous les spectateurs ! Hier, nous avons joué pour 800 personnes, avant nous étions à Barcelone, avant à Amsterdam… Ce sont des individus : tout le monde vient au théâtre pour des choses différentes. Certains viennent pour voir des acteurs fabuleux -et on peut voir les acteurs fabuleux dans mon spectacle- d’autres viennent pour la mise en scène -on peut voir j’espère une belle mise en scène- ou d’autres encore viennent pour l’adaptation du roman.

Mais je veux que le public soit là ! Je ne fais pas ça pour moi-même : je fais ça pour montrer quelque chose, ce que je pense sur la vie, sur les êtres humains, sur le monde.

R&P : La Source Vive est un roman culte pour beaucoup de gens, peu connu en France…

I.V.H. : Ce roman a été une influence pour beaucoup. Pas seulement pour les gens de droite : beaucoup se sont inspirés de ce roman, beaucoup d’adolescents notamment l’ont lu. Tous les architectes que j’ai rencontrés, TOUS, ont lu ce livre. C’est une inspiration… Car ce roman finalement, parle de l’utopie, de ce qu’on voulait mais  qu’on n’a pas.

R&P : Comment expliquez-vous le fort rapport du public avec vous et vos spectacles ? Vous avez de véritables fans !

I.V.H. : Je pense que ce sont mes mises en scène…Je ne suis pas acteur, je fais parfois des interviews certes mais ce que je suis EST dans mes mises en scènes, dans mes spectacles. Je considère mes spectacles comme une oeuvre : il y a des interconnexions entre mes spectacles et c’est peut-être intéressant pour le public de suivre ça !

R&P : Vous étiez à Avignon pour les Tragédies Romaines. The Fountainhead est bien plus moderne, plus contemporain, notamment dans l’aspect politique. Comment expliquez-vous votre capacité, à chaque fois, à passer d’un univers à l’autre ?

I.V.H. : Mais C’est ma vie ! Je fais de tout… Des classiques, des textes modernes, contemporains, des scénari de films sur scène… Je cherche des textes dont je suis totalement amoureux ! Je n’avais encore jamais mis en scène de roman : avec ce livre, j’ai été amoureux dès le premier mot ! Mes idées partent toujours de lectures !

Rick Panegy

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