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Cinema

[Film – Critique] Gérontophilia de Bruce LaBruce

by Philip Pick14 août 2014
LA CRITIQUE

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Une sacrée gifle aux idées reçues, aux conventions et aux normes imposées. Gerontophilia, le film le moins « marqué » sexuellement de Bruce LaBruce, impose comme une évidence le respect de toute forme de vie et de choix, tant qu’ils n’incitent à aucune violence de l’autre. Il révèle aussi l’excellent Pier-Gabriel Lajoie.

Ici, on suit le jeune Lake dans l’acceptation de son homosexualité gérontophile. Pier-Gabriel Lajoie interprète ce jeune homme avec une fabuleuse sensibilité et une justesse extrême, jouant en relief les hésitations, les tourments et la séduction : Lake, conscient du pouvoir que lui confère sa jeunesse, finit par assumer son désir d’amour et de corps.

Car au-delà du clivage conventionnel de l’âge, Gerontophilia aborde la question du corps : la camera de LaBruce ne se détourne jamais de la chair, des peaux usées ou du muscle saillant ; le réalisateur canadien ose les gros plans sur le grain de peau, sur les mélanges des corps, ne fuit pas les extases et les plaisirs. Rien dans le film n’impose plus que la tolérance et la liberté de l’individu en ce qui concerne sa propre personne, loin de la ségrégation sociale qui consiste à ne pas autoriser la porosité amoureuse entre deux mondes opposés, celui de la déchéance du corps, de l’approche de la mort et de la faiblesse et celui de la vitalité, de l’entrée dans la vie adulte et de la force.

Dérangeant disent certains, tout en avançant quand même l’appel à la tolérance du film ? S’il y a quelque chose de dérangeant, ce n’est pas tant ce que le film montre que ce qu’il dévoile du rapport qu’entretiendrait un spectateur avec ses propres valeurs ou jugements.

Bien que considérée comme une perversion, la gérontophilie est ici abordée comme une hérésie de la société moderne, sclérosant les relations entre individus conscients. Le personnage incarné par Walter Borden, grand comédien et poète canadien, est un vieillard qu’on pourrait imaginé manipulé par le jeune Lake. A l’instar de la pédophilie, mais dans un schéma inversé, on soupçonnerait un abus psychologique. Pourtant, ici, il s’agit de deux hommes qui s’aiment et se désirent, au-delà des barrières physiques et générationnelles. Et l’incroyable réussite de Bruce LaBruce aura été de parvenir à humaniser des personnages aperçus d’emblée par le spectateur comme étranges, par leurs goûts décalés, en s’attardant sur leur personnalité, leurs fêlures, leurs défauts ; les rendant particulièrement attachant, tant ils finissent par apparaître identiques à chacun. Beaucoup d’humour, beaucoup d’émotion, et un ensemble qui dépasse le film communautaire pour devenir un film social et sociétal, utile et nécessaire.

Rick Panegy

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