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[Opéra – Critique] Le Barbier de Séville – Rossini / Michieletto

by  on 29 septembre 2014
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Rick Panegy
Philip Pick
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LA CRITIQUE

Éternel divertissement lyrique, Le Barbier de Séville n’en finit pas, inlassablement, de réjouir les amateurs d’opéra léger. Une ouverture légendaire, des airs célèbres, de l’humour ! Mais la proposition de Damiano Michieletto, en dépit d’une scénographie ingénieuse, ne parvient pas à dépasser la simple illustration, aussi exagérée soit-elle. Sympathique mais finalement paradoxalement plate. Trépidante mais fatigante.

 

L’opéra bouffe de Rossini ne se porte jamais aussi bien que lorsqu’il est assumé. Drôle, léger, débordant de quiproquos et de farces, il devient pourtant fort déplaisant lorsqu’il est traité sous la forme du grotesque, risque latent lorsqu’on met en scène l’histoire de Rosine et du comte Almaviva. Et Michieletto, dans cette version hispanique du Barbier, saute de surenchères en exagérations, accumule gags et succession d’improbabilités loufoques : le public rit, il semble ravi… C’est parfois efficace, il est vrai. Mais cette mise en scène excitée d’effets excessifs est doublée d’un décors non moins débordant : une façade de rue espagnole, moto, voiture et snack-bar en sus, valse incessamment en son centre, l’immeuble principal pivotant sans arrêt, dévoilant escaliers et pièces des appartements, en tranche, dans lesquelles se dérouleront les manipulations des uns et des autres, au milieu de posters pop et d’un papier peint kitsch.

Car, si l’on est honnête, le livret de Sterbini, adapté de Beaumarchais, n’est pas des plus réjouissants. Il est assez répétitif et s’enlise souvent (la fin du premier acte par exemple s’étire à n’en plus finir). Et c’est par le jeu d’une mise en scène inventive et par une musique explosive qu’il doit sortir du médiocre. La musique de Rossini doit transcender l’historiette légère. Ici, rien de tout cela.  Pour le coup, la mise en scène de Michieletto écrase la musique, et renforce l’impression d’une succession d’airs de galas : chaque air célèbre se termine avec Michieletto par un « face public » qui réclame les applaudissements. On se retrouve à Nouvelle Star ou dans un programme de cirque de luxe, où les chants sont des numéros…  Point d’Opéra alors, mais une succession de tour de chants. A force, l’histoire contée est hachée, et sa seule cohérence est le fil rouge épuisant des gags.

Et la musique de Rossini, d’habitude envolée ou inspirée est ici étouffée, refoulée au second plan, derrière la -certes ingénieuse- mise en scène. L’ouverture pourtant est -fort heureusement- réussie : Carlo Montanaro fait de son mieux (il faut dire que, au moins, aucune mise en scène tapageuse ne vient perturber l’ouverture). Mais Largo al factotum, Una voce poco fa ou le reste est reléguée à de l’illustratif d’images  qui, sur scène, sont elles-mêmes dans la pure illustration, sans réflexion. Ça boucle. Et ça reste en surface.

Dans la version 2014/2015 proposée à l’Opéra de Paris, Dalibor Jenis propose un Figaro très « tranquille », et assure la partition correctement, avec un certain charisme. Karine Deshaye, elle, est une Rosina un peu décevante, en jeune fille un peu légère. La pauvre n’a pas l’air d’être bien fine. Sa voix, malgré tout, est assurée ! On respire ! Quant à René Barbera en Comte d’Almaviva, il n’est pas le plus remarquable mais assure une performance satisfaisante. Les voix, dans l’ensemble, manquent par moment de clarté (peut-être encombrées par les bruits parasites de la mise en scène, parfois).

Le Barbier de Séville, version Damiano Michieletto, créé au Grand Théâtre de Genève, est fort séduisant, ou plutôt séducteur : à grand renfort de « toujours plus » et « encore plus », à tout point de vue (dans la farce, les effets de scénographie…), il réduit l’Opéra bouffe de Rossini à une succession d’airs bons pour la parade. Au final, c’est un coup d’épée dans l’eau, on s’y ennuie. Un comble.

Rick Panegy

 

 

 

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