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[Danse – Critique] Dance de Lucina Childs

Ad Libitum
by 31 octobre 2014
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Rick Panegy
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LA CRITIQUE

Tandis que l’impermanence berce le quotidien, le perpétuel survit à travers le mouvement. Celui de Dance, hypnotique pièce de Lucinda Childs, qui n’en finit pas de donner tout son sens à cet art du geste et du don. Elle embarque, une heure durant, dans un tourbillon continu de cycles et de constances, emportée par la musique de Philip Glass et la scénographie de Sol LeWitt. Le minimalisme est ici grandiose !

Créé en 1979, Dance reste comme un pilier de la danse post-moderne et de l’art minimaliste. Lucinda Childs, 3 ans seulement après sa rencontre et collaboration avec Philip Glass et Bob Wilson sur le spectacle Einstein On The Beach, fait appel au musicien, icône de la musique répétitive. Elle créera, sur les boucles infinies du compositeur, trois parties successives (dont un solo qu’elle interprètera elle-même) qui donneront à son Dance des allures de triptyque hors du temps, hors de l’espace. Mais c’est la participation du plasticien Sol LeWitt au projet, sollicité par Childs elle-même, qui finit de donner toute sa cohérence fascinante au chef d’œuvre !

Séries et renaissances – Le geste systématique et automatique force le passage, répétant de traversées en traversées les mêmes battements, jetés et déboulés, creusant par un langage itératif une empreinte quasi hypnotique, faite de subtiles fluctuations. Chaque geste, chaque enchaînement, collent dans une parfaite harmonie aux notes à peine moins mathématiques de Glass : nul contrepoint n’est recherché, c’est au contraire la parfaite harmonie, ad libitum. Quel sens, quels symboles, quelle allégorie Dance révèle-t-il ? Rien de tout cela, seul l’amour du geste et du corps dansant surgit de cette abondance gestuelle. Déclaration qui s’entend jusqu’au titre de la pièce, réducteur et minimal : Dance. La cohérence du propos, partout. Et jusque dans la scénographie, aussi et surtout.

Espaces – Cette scénographie, tout aussi minimaliste et répétitive que la chorégraphie et la musique, est l’œuvre de Sol LeWitt, à la demande de Childs. La scénographie qu’il imagine, dans la droite lignée de ses sculptures-structures où le vide et l’espace se remodèlent au gré du regard, ajoute une dimension particulière au projet. Projetée sur une toile transparente placée entre le public et les danseurs, la chorégraphie même de Lucinda Childs est répétée en direct. Symétrie exacte, encore : à l’image du geste et des notes, le décors et le mouvement s’épousent. Et par moments, sur l’écran translucide, des modulations : de plans, de vitesse (des arrêts), de sens, des décalages… Cette paroi de toile/écran, quatrième mur, crée un boite dans laquelle évoluent les corps, elle crée en outre un rapport inédit entre le spectateur et les danseurs : tout rapport à l’espace est alors distendu et déformé, tandis qu’il est confiné, dans un schéma minimaliste, à une projection et un cube. En choisissant de projeter sur l’écran translucide la chorégraphie-même qu’exécutent les danseurs en direct, en les ayant filmés au préalable, Sol LeWitt et Lucinda Childs clament haut l’importance et l’unique substance de la pièce : la danse, seule.

 Temps – Ce film, projeté sur la toile, est aujourd’hui le même que celui qui était projeté il y a plus de 30 ans. Restauré il y a à peine une demi-douzaine d’années, ce film est aujourd’hui encore utilisé, alors qu’il aurait été possible de filmer de nouveau la chorégraphie, avec des danseurs d’aujourd’hui (le film ayant été quasiment « storyboardé » il aurait été techniquement possible de le reproduire). En gardant l’œuvre originale de LeWitt (et donc les danseurs de 1979), on assiste à une renaissance de l’œuvre de Childs, un Dance « 2.0 » dans lequel, d’un seul coup, le rapport au temps lui aussi se déforme, faisant se rencontrer les corps d’aujourd’hui et les fantômes d’hier, faisant s’épouser la danse d’hier et celle d’aujourd’hui, dans une union parfaitement concordante : la danse, le mouvement, le geste, étaient déjà, en 79, au centre de la déclaration de Childs ; aujourd’hui, par la superposition du temps -une 4ème dimension survenant alors- le cri d’amour est plus fort encore.

Lorsque, sur le plateau, diachronie et synchronie se mêlent à la musique, la danse et les arts plastiques, la scène accueille alors la quintessence de l’art : minimaliste mais exactement précis, et donc suffisant… Donc essentiel.

Rick Panegy

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2 Comments
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  • 2 novembre 2014 at 3:18

    J’avais été frustré par les passages dansés d’Einstein on the beach trop courts à mon goût, donc là j’ai été comblé. Et c’est tellement tellement physique cette approche minimaliste, exactement comme certains solistes chez Glass d’ailleurs !!

    • Rick et Pick
      3 novembre 2014 at 6:39

      Tu as raison le chat ! le minimalisme est physique ! La répétition en sus, il faut être solidement endurant !
      Plus long que dans Einstein evidement (je trouvais que ce passage était suffisamment long/court… un équilibre parfait comme parenthèse centrale…) mais ça ne dure qu’une heure : ça aurait pu tourner pendant encore pendant de looongues minutes ^^

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