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[Performance – Critique] Le Sacre du Printemps de Romeo Castellucci

Résurrection de la matière
by 14 décembre 2014
MICRO-CRITIQUE & NOTE
En bref...

Fabuleuse scénographie, le plastique spirituel de Castellucci fait revivre la matière de l'animal mort. Quand Nature et Culture se heurtent à la nécessité...

Verdict...
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Rick Panegy
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LA CRITIQUE

Troisième œuvre de Romeo Castellucci présentée dans le cadre du Festival d’Automne 2014 à la Grande Halle de La Villette, Le Sacre du Printemps est un ballet post-mortem, de cendres et de figures mécaniques. Une proposition entre fascination et cycle paradoxal.

Ballet de cendres – Dans une grande « boite » sombre, l’espace vide attend les premières notes du Sacre du Printemps d’Igor Stravinsky pour se remplir de danses mortuaires, faites des cendres de poussières d’os, projetées au gré des éclats de la composition de l’artiste d’origine russe. Pendant une demi-heure, l’espace est habité de figures d’une plasticité éclatante, les grosses machines prévues par Castellucci se déplaçant, effectuant des mouvements circulaires ou rectilignes, lâchant coup à coup les cendres sur les saillies de cuivres et de percussions de l’œuvre de 1913. La poussière et les jets modulés aussi par des nuances d’éclairage, la première partie de ce tableau sans présence humaine est autant captivant qu’ensorcelant, bousculant les habitudes des expériences artistiques de la plupart des spectateurs.

Bouleversement – Lors du sacrifice, pourtant point d’orgue du ballet composé par Stravinsky, la paroi de tulle qui séparait la scène du public se couvre d’un rideau blanc, stoppant net la séduction esthétique de la chorégraphie de poussières. Castelucci projette alors, non sans distance clinique, une explication détaillée de la fabrication de la cendre d’os utilisée pour le spectacle (plusieurs tonnes nécessaires faites à partir de plusieurs dizaine de carcasses d’animaux). Le sens du ballet observé en est alors bouleversé, autant que celle qu’on peut voir dans l’œuvre de Stravinsky.

Comment considérer en effet cette poussière d’os, utilisée pour l’agriculture en rendant fertile la terre au PH trop acide, et permettant ainsi de nourrir l’Homme, tandis que cet engrais essentiel à la vie provient directement de la mort d’animaux ? L’exposition de cette vérité troublante, bien qu’apparemment nécessaire, surgissant au moment du « Sacrifice » du Sacre du Printemps ne révèle-t-elle pas un sacrifice autrement plus dérangeant : est-ce celui de l’animal, que l’Homme sacrifie à l’autel de l’inévitable industrie agro-alimentaire ? Ou celui de l’Homme lui-même, sacrifié au profit de l’expansion ? La Nature alors transformée pour permettre un équilibre -artificiel-, le paradoxe bouleverse et perturbe : la mort autorise la (sur)vie. Le cycle de vie ainsi permis, la Nature est dénaturée par un corps naturel, transformé par l’industrie.

  

Issue - Les machines sont éteintes. La cendre au sol. Le ballet auquel nous venons d’assister semble prendre des allures d’usine amie, apaisée. La musique de Stravinsky est terminée : ce sont à présent les boucles de Scott Gibbons, collaborateur fidèle de Castellucci, qui accompagnent la seule présence humaine du spectacle. Des hommes, totalement vêtus de combinaisons blanches, viennent dégager la cage des cendres au sol : rien ne poussera ici, l’engrais animal est obsolète. Les cendres seront remises dans les machines et le spectacle reprendra, le soir ou le lendemain, pour un cycle sans fin, écho au cycle de vie dont on vient de faire l’expérience.

Castellucci parvient, dans un spectacle d’une heure, à faire cohabiter les sensations aussi contraires d’extase esthétique et de malaise existentiel ; à faire se confronter les questionnements de la dualité technologie –  Nature ;  à interroger l’Homme et son instinct de survie, jusqu’à l’ingérence ou le sacrilège

Rick Panegy

La Grande Halle de la Villette – Festival d’Automne 2014 – Créé le 15 août 2014 au Festival de la Ruhrtriennale de Duisbourg

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