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[Cinéma- Critique] La Montagne Sacrée d’Alejandro Jodorowski

La beauté du mépris
by 21 mars 2015
MICRO-CRITIQUE & NOTE
En bref...

Une virée esthétique et visuellement forte dans les délires délicieux de Jodorowski. Une harangue plastique de l'artiste chilien, en lutte idéologique contre les valeurs individualistes et libérales.

Pourquoi "oui" ?

- Le savoir-faire inégalable de Jodorowsky en matière de composition plastique.
- Le images perpétuellement chocs et/ ou frappantes.
- Un freak-show sans voyeurisme.
- Un doigt d'honneur politique en forme de symboles artistiques.
- Le goût du beau et la conviction du propos.

Pourquoi "non" ?

- Un récit (volontairement) un peu confus au début, qui risque de perdre certains.
- La provoc un peu facile, parfois...

Verdict...
NOTES
Rick Panegy
Philip Pick
NOTES
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LA CRITIQUE

affiche la montagne sacrée En 1973 sortait La montagne sacrée, en plein essors de l’économie de marché et des libertés individuelles. Bien avant ses chefs d’œuvre Santa Sangre (1989) ou La Danza de la Realidad (2013), Alejandro Jodorowski accouchait avec son troisième long métrage d’une pépite esthétique fascinante et d’un délire entre mysticisme et psychédélisme.

Il y a tant à observer et à comprendre dans l’œuvre -foisonnante, vertigineuse- de l’artiste chilien qu’une approche dans le détail de sa Montagne Sacrée conviendrait parfaitement à une thèse. Tout est détail, tout est porteur de sens, tout est symbolique. Une symbolique parfois grossière, ou évidente, mais qui ne perd jamais la ligne d’horizon de sa métaphore, malgré la profusion d’images, d’idées, de visions et de détours qu’emprunte le film.

La montagne sacrée est d’abord un choc esthétique. Son seul visionnage, même dans un état d’esprit purement contemplatif, fascine par la beauté des plans, la science des mouvements de caméra, l’intelligence de la composition, des couleurs aux formes. Tout le film n’est qu’architecture. L’humeur exclusivement contemplative, le spectateur ne s’ennuierait guère : au bout de trois minutes et quatre plans fabuleux, le cinéphile esthète a saisi que le film se lisait aussi comme un coffee-table book

Dans cette histoire saugrenue de quête personnelle et de nouvelle religion -un monde où un guide sélectionnera sept hommes et femmes puissants de ce monde pour les amener vers « l’immortalité », seule richesse qui manque à ces nababs imbus- Jodorowsky égratigne toutes les pensées dominantes, de la religion à l’entreprise. Fidèle à ses convictions, bousculant l’ordre établi et les conventions, moquant les idéologies hiérarchiques, il fustige le capitalisme, les élans libéraux collectifs et l’individualisme qui abâtardit et pervertit selon lui la société. Ici, les protagonistes guidés par un gourou malicieux sont tous des caricatures moquées et méprisées (leurs activités, leurs postures, sont aussi répugnantes que ridicules). En forme de récit chapitré, La montagne sacrée nous montre, successivement, le monde « merveilleux » de chacun de ces fortunés leaders (et avant eux l’errance d’un simili Christ, ignoré, copié, abusé), toujours plus riches et plus puissants, mais tous plus absurdes, ridicules et détestables les uns que les autres, chacun sans cesse en demande du « toujours plus ». La religion dans le champ de tir, qu’il place dans le même panier que la domination économique, Jodorowski s’autorise la moquerie de l’admiration, de l’ambition, de l’égoïsme et du système, par le mépris du ridicule.

On n’a jamais trouvé le mépris si beau, surtout lorsqu’il se termine par un pied de nez humaniste…

Rick Panegy

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