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[Danse – Critique] Lied Ballet de Thomas Lebrun

Les Romantiques
Spectacles
MICRO-CRITIQUE & NOTE
En bref...

Thomas Lebrun enfonce le clou de la danse contemporaine romantique : présenté au Festival d'Avignon 2014, Lied Ballet croise les genres dansés et chantés pour accoucher d'une disharmonie gracieuse. Trois tableaux d'une rare élégance, d'une portée mélancolique franche et au final collectif explosif.

Pourquoi "oui" ?

- L'élégance des chorégraphies de Lebrun, toujours.
- La juxtaposition des lieder et de la forme ballet, deux incontournable du romantisme.
- Le sens du portrait, puis du soi, puis l'accent quasi social des tableaux.
- Les choix musicaux, particulièrement le Chukrum de Scelsi

Pourquoi "non" ?

- Une élégance exigeante, appuyée, qui efface parfois, pour certains spectateurs, le naturel et l'authentique.

Verdict...
NOTES
Rick Panegy
Philip Pick
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LA CRITIQUE

Explorant déjà le romantisme dans La jeune fille et la mort en 2012, Thomas Lebrun, actuel directeur du CCN de Tours, creuse le sillon de l’expression des sentiments dans sa dernière création, Lied Ballet, présenté au Festival d’Avignon 2014. En faisant concorder la substance sensible des lieder et du ballet, deux formes artistiques du romantisme, Lebrun offre l’épure d’une proposition toujours élégante et fait s’entrechoquer la force de la passion et la vibration de l’intime.

Triptyque d’apparence hétéroclite et divergent, Lied Ballet est pourtant, au delà des oppositions de forme, de musique et de costumes de chacune de ses parties, un parcours cohérent dans l’exploration du romantisme. De l’individu – et ses états d’âme – à ses parcours, tant intimes que sociaux (sa place dans le groupe), en passant par son rapport duel à l’autre -à l’amour-, le ballet proposé par Lebrun est d’abord un panorama distant et descriptif de l’Homme au milieu des siens, et de l’explosion des sens et des questionnements qui sont liés à son existence. Le romantisme déborde à chaque tableau : la mort, l’amour, la solitude, la mélancolie, la détresse, la destinée, la peur, l’autre, la nature sont explorés à chaque mouvement.

Dans la première partie de Lied Ballet, les corps pleurent comme ils souffrent, ils se lamentent comme ils se moquent, ils se figent comme des instants volés, exprimant tantôt l’effroi, le rire ou la moquerie, tantôt la peur, la peine ou la honte, dévoilant toujours l’explosion intérieure des individus au milieu du groupe. Sur le superbe morceau de Giacinto Scelsi « Chukrum », ce premier chapitre offre de beaux moments de groupes d’où s’extraient des saillies d’expressions individuelles, comme des arrêts sur images brutaux. Ici, Lebrun dépeint l’homme dans le groupe et les rapports personnels qu’entretient chacun à l’autre, à travers le « ressenti » ou le « sentiment ». Une entrée en matière assez remarquable.

La seconde partie est un ballet de séduction entre les lieder et la danse. A l’instar de son spectacle La jeune fille et la mort, Lebrun fait interpréter live des lieder de Berg, Mahler et Schönberg (excellent Benjamin Alunni, accompagné du pianiste Thomas Besnard. Par un jeu de lumières et de déplacement, le ténor et le musicien font partie du ballet proposé. La musique, par allégorie, épouse alors d’autant plus le geste et la danse. L’expression des sentiments, dessinés dans les lieder des compositeurs romantiques, résonne alors davantage sur scène dans les mouvements des danseurs : danse et musique font « corps » ; ceux du chanteur et du musicien, et ceux des huit danseurs. Ceux-ci évoluent désormais en pas de deux ou de trois. On se fuit, on se poursuit, on s’aime et on se séduit. C’est sur le lien intime que Thomas Lebrun pose maintenant son regard. (Anthony Cazaux excelle !)

Le troisième acte est plus brutal, la rupture est déstabilisante : les costumes, d’un bleu franc et assez disgracieux, sont aussi électriques que la musique est décalée : la création de David François Moreau impulse répétition des gestes et répliques des séquences. On se copie ou on tente de s’extraire de la masse, on s’y contraint au groupe, malgré tout… L’individu, apparemment dilué dans la multitude, est pourtant unique dans son rapport à tout (ici à la danse).

Si Lied Ballet s’exprime peut-être davantage dans des salles à dimensions intimes, il n’en reste pas moins un long moment de plaisir esthétique et formel, alliant exigence et élégance, ou décalant les codes (du ballet ou du genre -des costumes à l’identité sexuelle brouillée-). De cet exercice collectif où vivent les plus singuliers élans individuels, l’image du danseur isolé (très bon Matthieu Patarozzi), traversant régulièrement le plateau dans des allures de sculptures de Lehmbruck, écorche autant que l’Andante d’un Schubert. Lied Ballet est cet espace vaste et vide qui se remplit des contradictions, des imperfections et des fébrilités de l’homme.

Rick Panegy

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