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[Théâtre – Critique] Innocence par Denis Marleau

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Spectacles
MICRO-CRITIQUE & NOTE
En bref...

Première artiste allemande vivante à entrer au répertoire de la Comédie Française, Dea Loher livre avec Innocence un théâtre de mots, de pensées, orchestré en puzzle façon film choral : responsabilité individuelle, destin commun, influence et flexibilité du monde, ironie et culpabilité occupe l'espace et le temps de cette œuvre ambitieuse mais au final peu audacieuse. Malheureusement, la mise en scène de Denis Marleau enfonce le tout dans son apathie et son statisme, provocant par moment l'agacement de l'impatience.

Pourquoi "oui" ?

-Des saillies poétiques parfois,
-Certaines illustrations des projections, parfois subtiles, parfois sensibles,
-Certains comédiens (Cécile Brune, Danièle Lebrun...)

Pourquoi "non" ?

-Le texte, long, souvent poseur,
-La scénographie, timide,
-La mise en scène, statique,
-Certains comédiens (Georgia Scalliet, Sébastien Pouderoux, Bakary Sangaré -décevant-)

Verdict...
NOTES
Rick Panegy
Philip Pick
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LA CRITIQUE

 « La vraie innocence n’a honte de rien » disait Jean-Jacques Rousseau. Surtout pas de proposer au public un spectacle assez assommant, pour le moins fastidieux. Déception.

Scolaire, appliqué, Innocence est en même temps un texte relativement convenu, bien écrit mais embrassant un protocole philosophico-humaniste trop aimable, et une mise en scène statique et empesée, bien qu’élégante. Une entrée au répertoire peu flatteuse pour Dea Loher, première artiste allemande vivante à avoir cet honneur.

Écrit en 2001, Innocence est alors à la mode : l’écriture dans le style « film choral », remis au goût du jour au cinéma par Robert Altman et son génial ShortCus en 1993, était en vogue. L’exercice, qui consiste à écrire des histoires parallèles, chapitrées, alternées, et qui finissent par s’imbriquer et résonner en échos les unes aux autres, était courant au cinéma, moins au théâtre. Dea Loher n’échoue pas dans son entreprise et en respecte tous les codes : le récit est ancré dans un quotidien ordinaire, il arrose plusieurs personnages d’horizons différents et lointains (tant sociaux que culturels), il avance par touche. Et il laisse la part belle à l’individu, et à la relation que va entretenir le spectateur aux personnages, dont les profils sont creusés et les contours psychologiques définis avec beaucoup de précisions. En cela, Dea Loher réussit. Mais son approche de l’intrigue, entre réflexions sur la mort, sur le sens de la vie, le destin, sur l’individu et sa responsabilité manquent, à notre goût, de conviction : elle reste convenue, assez en surface et n’apporte au final que peu d’émotion (quelle qu’elle soit) à ses bulles d’humanité, que des personnages en perte de vitesse ou en bouleversement, en questionnement permanent, existentiel ou philosophique, essayent de faire éclater à la figure de la susceptible philanthropie du spectateur…

Bien que Dea Loher soit une artiste reconnue et incontournable en Allemagne depuis une quinzaine d’années, il apparait qu’ici, quelque chose a cloché… Si le texte n’est pas mauvais, loin s’en faut, il ne se suffit pas à lui-même : certains textes ont une telle force qu’à leur simple lecture, la pièce est un choc. Les mots, les phrases, les idées… Innocence a besoin, lui, d’être sublimé par une mise en scène pour que les possibles pépites qu’il cache dans son écrin simple et terne soit révélées. Or la mise en scène de Denis Marleau est un effort esthétique vain : caisson fermé -sans coulisse- les comédiens, une douzaine, évoluent tous ensemble sur le plateau pendant les 2h15. Qu’ils restent immobiles ou qu’ils déclament leur texte. Des espaces, par jeux de lumière timides, sont à peine créés. Des ambiances, par projections (Stéphanie Jasmin) constituent le minima, comme si l’ambition avait été de rester derrière le texte, à défaut de le servir… Projections vidéos -quelques beaux dessins de Felix Dufour-Laperrière- que l’on retrouvent doublées, souvent, sur les murs latéraux et le mur de fond de scène, parfois inversées : pour mieux appuyer les destins miroirs des uns et des autres peut-être? Un banc, des chaises, pas grand chose de plus : la volonté de faire quelque chose de sobre et d’élégant. C’est un peu le souci de la pièce : la sobriété, l’épure, l’élégance, la musique, le texte, tout ressemble à une construction délibérée de « ce qui est bien« , de « ce qui marche » ou de « ce qui est in« . En somme, ça manque de sincérité, de générosité, d’authenticité ou de force. Ça ressemble à un exercice.

Le paradoxe du théâtre parfois, comme dans toute forme d’art, c’est qu’il peut n’y avoir aucun échec des parties mais que le tout ne soit pas une réussite… Dans Innocence, personne n’est franchement à blâmer, ni l’auteur du texte, bien construit, ni le metteur en scène, appliqué, ni la scénographie, élégante. Mais on ne peut incontestablement féliciter personne non plus…

PS : Est-ce nécessaire de parler des costumes de Jean-Paul Gaultier, qui auraient pu être ceux de n’importe qui d’autre… ?

Rick Panegy   

  • Voir le site de la Comédie Française
  • A la Comédie Française jusqu’au 1er Juillet – Salle Richelieu
  • Avec Claude Mathieu, Catherine Sauval, Cécile Brune, Bakary Sangaré, Gilles David, Georgia Scalliet, Nazim Boujenah, Danièle Lebrun, Louis Arene, Pierre Hancisse, Pauline Méreuze, Sébastien Pouderoux

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