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#Humeur 11 : Théâtre-Odéon Europe – Programme15/16 : Nos choix

by Rick Panegy on 9 mai 2015
#Humeur/Opinion
L'heure du choix

Depuis le 5 mai, nous connaissons officiellement le programme 2015 – 2016 du Théâtre de l’Odéon – Europe. Bien que Luc Bondy, le Directeur du Théâtre, dans son éditorial, ait avoué ne pas aimer ce mot, c’est bien tout un programme qui nous attend : car autant se l’avouer, nous allons souvent mettre les pieds à l’Odéon la saison prochaine. Et il y aura là-bas de quoi faire le grand écart. Odéon 2015/2016, une saison de réjouissances ? Oui mais…

Si Bondy n’aime pas le mot programme, qui laisse présager selon lui que tout est fixé, il avoue que s’il y a quelque chose à programmer, c’est « l’inattendu »,  où la place belle serait faite aux « surprises » et aux « occasions ». « Mission réussie » Mister Bondy et Mister Eric Bart (Directeur de la programmation). Car l’inattendu, c’est que la déception ne fut pas cette année celle ressentie les années précédentes, bien au contraire. La surprise, c’est la qualité a priori des spectacles, avec de grands noms à l’affiche (Comme souvent à l’odéon, mais là, il y a du « lourd » comme on dit).

Réjouissante cette saison car sur les 11 spectacles programmés, 3 seulement seront des reprises (dont une est plus un évènement qu’une reprise), 3 seront des créations (dont une est plutôt une adaptation française). Réjouissante car elle regorge de noms de metteurs en scène prestigieux. Réjouissante car les auteurs choisis sont de qualité : Shakespeare, Tchekov, Miller, Faulkner, Eschyle, Kane…

Quelle réserve avoir alors ? Faire la fine bouche ? S’étonner que le Théâtre de l’Odéon soit la star des Théâtres Nationaux ? Le chouchou de l’Etat ? Qu’il lui faut chaque année les plus grands noms du théâtre du moment ? Et puis deux ou trois stars sur les planches. Et que, ce faisant, finalement, l’Odéon est un théâtre qui se complait dans la sécurité, qui ne prend au final que peu de risque, qui assure une image de strass et de leadership… Où est le risque quand on aligne Pommerat, Warlikowski, Castellucci, Liddell, Ostermeier ou Huppert ? Et puis que, aussi, 11 spectacles, encore, c’est trop peu… Certains attendent plus d’un Théâtre National…

Conclusion : pour la prise de risque et les audaces dans la création --?-, pour la nouveauté ou l’impertinence d’un nouveau théâtre, on devra probablement aller ailleurs, mais il n’est pas question de ne pas profiter de cette saison 2015/2016, et du savoir-faire des metteurs en scène programmés, dont la qualité et l’expérience ont fait leur preuve.

Voici donc nos choix, forcément subjectifs, mais forcément les bons !

odeon1516

programme 2015_2016

La saison 2015-2016

Les choix de R&P

On n’ira (peut-être) pas !

Ivanov

D’après Tchekov et Vitez – De Luc Bondy (Créé en janvier 2015)

Pas toujours séduits par les mises en scène des pièces de Luc Bondy… On lui préfèrera sa création Othello, probablement moins « plombante » que cet Ivanov. Avec Marina Hands et Micha Lescot en têtes d’affiche.

Pinocchio

De Joël Pommerat – Reprise du spectacle créé en mars 2008 à l’Odéon. On finit par être agacé par Pommerat, on l’avoue, pour qui la scénographie de l’apparence semble être la première volonté, et pour qui l’écriture tourne autour du propos faussement profond… Cependant, ses spectacles jeunesse, dont ce Pinocchio, sont un formidable moyen de faire entrer les enfants dans la culture du théâtre. Amenez-les voir ce Pommerat, quand ils seront grands, ils passeront à autre chose (espérons)…

On ira (sûrement) !

Vu du pont

L’une des 3 créations de cette saison. Mis en scène par Ivo Van Hove, qui propose généralement davantage le meilleur que le pire, Vu du pont est en réalité l’adaptation de son propre spectacle A view from the bridge, qui est un véritable succès public au Young Vic à Londres, où il a été créé en avril 2014.

Regardez la bande-annonce du spectacle tel qu’il est joué à Londres… Aura-t-on quelques modifications dans la version française ? Les derniers spectacles de Van Hove, qu’il s’agisse de The Fountainhead, de Marie Stuart ou d’Antigone, ont suscité des réactions assez franches… Nous, nous attendons cette pièce d’Arthur Miller avec impatience, avec Charles Berling pour un triomphe digne de celui de Mark Strong à Londres ?

 Primera Carta de San Pablo a los Corintios

Créé en mars 2015 à Lausanne au Théâtre Vidy, le spectacle sera un nouveau délire mystico charnel d’Angelica Liddell, l’artiste espagnole maudite, rejetée, mais aussi adulée, à qui l’Odéon est fidèle. On ira (si on trouve le courage à ce moment là) car son Primera Carta de San Pablo a los Corintios est le deuxième volet de son cycle des résurrections, dont You are my destiny était le premier volet l’an dernier. Totalement captivant ou rebutant, le théâtre de Liddell est à la limite entre séance d’auto-thérapie publique et rendez-vous collectif de voyeurisme : l’accumulation de névroses, étalées sur la scène, peut fasciner un public. Va-t-elle vomir ? Uriner ? Se scarifier ?  Filez voir une femme souffrir ou faire souffrir, vous n’avez que deux possibilités : adorer ou détester. A moins que cela ne soit devenu plus sage…

Orestie

De Romeo Castellucci : créé il y a presque vingt ans. L’Orestie d’après Eschyle de Castellucci, qu’il sous titre lui même « une comédie organique ? » est plus qu’une reprise, c’est un événement. Dans le cadre du Festival d’Automne, qui lui consacre un portrait sur deux ans (vous ne raterez pas ses deux autres spectacles au Théâtre de la Ville ou à la Villette).

 Richard III

Cet automne, Thomas Jolly nous présente la suite de son épopée du Festival d’Avignon 2014, repris à l’Odéon en mai 2015. Les 18 heures d’Henry VI ont créé la sensation, ont réconcilié le théâtre populaire et la qualité et a suscité des désirs de prolongation : la saga de Shakespeare se prolongera donc en janvier 2016 (après sa création au TNB en octobre 2015) malgré les cachoteries de Thomas Jolly, qui évoquait une possible suite, mais pas si proche… Jolly reprendra-t-il lui-même le rôle du tyran ?

 Othello

Luc Bondy nous offre sa création annuelle (quand il n’en fait qu’une). Après Pinter et Tchekov  ces dernières années, il s’attaque à Shakespeare et à son Othello, qui sera incarné par Philippe Torreton (si si). Le reste du casting de luxe : encore Micha Lescot -Iago- et Marina Hands -Desdémone- On ira peut-être, curieux de savoir quelle vision de la jalousie, de l’envie et de l’orgueil il donnera à la pièce de Shakespeare…

 Phèdre(s)

Comme à son habitude, Krzysztof Warlikowski va mêler plusieurs textes et les travailler pour offrir un spectacle qui sera assurément viscéral et visuel. D’Euripide à Coetzee en passant par Kane et Sénèque, Warlikowski créera plusieurs Phèdre(s), pour Isabelle Huppert, encore (souvenez-vous de leur superbe Tramway). Tahar Rahim jouera pour la première fois avec l’artiste polonais, une occasion pour lui de montrer à nouveau l’étendu de son talent, qu’on a un peu oublié au cinéma, faute de choix judicieux. Évidemment, bidets, baignoires ou salles de bains devraient côtoyer parois de verre encore, puisque Małgorzata Szczęśniak est toujours de l’aventure, à la scénographie !

Warlikowski ça ne se rate pas ! Szczesniak non plus ! Huppert non plus ! Pourquoi n’irions-nous pas !

 La Mouette

Encore un Tchekov. Encore La Mouette (chaque année, un peu partout en France, on nous pond des Mouettes, avec plus ou moins de réussite) mais cette fois-ci, c’est une mouette version Thomas Ostermeier ! Elle sera créée en février 2016 au  Théâtre Vidy de Lausanne. Le patron de la Schaubuhne est l’une des stars du théâtre contemporain, un metteur en scène dont le respect qu’il suscite n’est pas usurpé : ses spectacles allient l’élégance et la maitrise avec la simplicité et le spectaculaire épuré. Go !

 Nous sommes repus mais pas repentis

Séverine Chavrier poursuit visiblement l’exploration d’un théâtre de mots et de corps. Le spectacle, adapté de Thomas Bernhard sera créé en mars 2016 au Théâtre Vidy de Lausanne. Ce sera l’occasion d’être encore à la mise en scène et sur scène, et surtout l’occasion de voir, a priori, un théâtre de violence, de cris, de destruction et d’amours paradoxales. On est intrigués.

Pas sûr qu’on aille voir son autre spectacle Les palmiers sauvages de William Faulkner, créé en Septembre 2014, même si l’amour y sera charnel, nomade et bohème, érigé en œuvre d’art et en principe. Tiens c’est le 3ème spectacle que l’Odéon déconseille au moins de 16 ans cette année (Avec le spectacle de Liddell -évidemment a-t-on envie de dire- et Orestie de Castellucci)… Ca peut être une motivation supplémentaire pour certains après tout.

Voilà pour nos choix !

Rick Panegy

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Absoluuuumeeent!
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