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[Concert – Point de vue] Chilly Gonzales

by 21 mai 2015
MICRO-CRITIQUE & NOTE
En bref...

Chilly Gonzales, musicien-compositeur-arrangeur-pianiste-showman adulé à la démesure comme étendard, était en concert à la Philharmonie de Paris.
A défaut de communion, on aura assisté à une démonstration de savoir-faire, d'arrogance et d'étalage d'un petit mépris à peine contenu.
Nous, on s'est ennuyés ferme et tandis que la salle crie au génie, on pleure notre agacement... On avait eu droit à Jean-Michel Jarre, à Kenny G puis à Vanessa Mae... Décidément, chaque génération a le droit à son hurluberlu fantasque, persuadé de créer un genre nouveau, inédit et pérenne...

Verdict...
NOTES
Rick Panegy
Philip Pick
Hannah Graam
NOTES
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Face Palm Evening

Chilly le musicien n’est pas mauvais, il a même quelques fulgurances de virtuosité. Chilly l’arrangeur sait y faire, c’est certain. Chilly est un très bon mélodiste (on pense par exemple à sa collaboration avec Daft Punk sur Within par exemple, ou à son Advantage point de son dernier album Chambers). Chilly connait bien la musique aussi, il a une bonne oreille et connait bien ses classiques. Chilly est très charismatique, il a de l’humour et s’est construit un sacré personnage : Chilly a une grande confiance en lui… Et Chilly, l’interprète, vit ses chansons et ses morceaux (plus que de raison) : il est drôlement généreux. Suffisant pour que, sans retenue et de manière définitive, des millions de séduits lui adressent la médaille de musical genius qu’il s’était d’ailleurs lui même octroyé dans son Self-Portrait (avec ironie dit-il à présent).

Génie de l’entertainment assurément. Et du business probablement, car réussir à se faire passer, dans la sphère du mainstream, pour un atypique extraordinaire, offrant du jamais vu sidérant, et faire croire à son public qu’il a les meilleurs goûts du monde est une sacrée belle gageure. Bref, Chilly Gonzalez est un système. Celui d’un mix classique-pop (en y greffant du rap ou du slam) tout juste ce qu’il faut pour rassurer son auditoire sur une supposée « ouverture » d’esprit. Lui qui avait battu le record du concert le plus long en 2009 (27 heures) peut désormais être bien plus formaté : début 20h, bonjour, solo doucereux, humour et connivence avec le public, morceaux rythmés, deux rappels, un cadeau aux français, au revoir).

 

- 1 - Ego

Showman de l'immodestie

chilligonzales

Il fait des blagues, il harangue le public, lui fait répéter les paroles d’un de ses raps au flow mollasson avec malice et petite provocation bourgeoise « my brain sucks cause my dick is thinking » (dans Bongo Monologue). Il cogne sur les festivaliers ou les foules en chasse de strass « C’est un bon week-end pour visiter Paris, tous les connards sont à Cannes », flattant au passage son public, qui aurait donc le bon goût d’être au bon endroit, lui… Il tacle un peu, l’air de rien, Matthieu Chedid, lorsqu’il se compare à lui « Brahms et Wagner, c’est un peu comme Chilly Gonzales et Matthieu Chedid, on ne pas aimer les deux!« . Il s’agace plus ou moins réellement des imperfections de la Philharmonie : un technicien qui met un peu trop de temps à mettre le micro à la hauteur, un micro du percussionniste qui grésille, un piano qui n’est visiblement plus accordé parfaitement avant la fin du concert (à force de s’acharner dessus ? Quelles cordes résisteraient à tant de hargne ?)… C’est peut-être dit avec second degré, mais c’est une jolie manière de se mettre au-dessus du lot…

Il sue (aidé par une robe de chambre par-dessus ses vêtements) et offre au spectateur le plaisir de ses sécrétions, dont les gouttes giclent et virevoltent à travers les lumières rasantes, le pianiste multipliant les mouvements de têtes excessifs (Véronique Sanson? Une amatrice timide à côté). La mise en scène de l’artiste généreux et habité est parfaitement huilée. Conséquence, le public est en transe… pas nous…

Comble du mépris transversal : Gonzales ironise au public un « You guys are easy to impress » après une démo faiblarde de son percussionniste.  Le second degré ne cache pas la vérité : son public est définitivement « easy to impress », et pas qu’avec le percussionniste. Il semblerait que Gonzales le sache, satisfait de sa roublardise.

Bref, un spectacle débordant d’égo, se terminant par deux rappels calculés s’éternisant, s’achevant par de multiples standing-ovations…

 

- 2 -Risque nul

Mainstream Démo

chilli_gonzales_2015

Chilly serait un génie. Puisqu’on nous le dit. Il déborde d’énergie (c’est un fait) et fait se soulever la foule. N’en jetez pas plus pour trouver la clef d’un spectacle efficace et calculé. Le contraire d’un « génie musical », qui lui, se fiche bien de calibrer son jeu, et d’offrir au public ce qu’il attend. Les vrais génies ne font pas leur art pour le public -C’est un avis. Calibrage ? Chaque morceau dure entre 5 et 7 minutes, juste ce qu’il faut pour ne pas perdre l’auditoire. L’alternance de morceaux énergiques et plus poétiques est maitrisée de bout en bout. Les chansons sensées épater et emporter la foule sont toutes construites sur le même schéma : elles se terminent par un degré d’excitation épuisant, ou le tempo s’accélère, où les mains s’agitent et frappent les touches de plus en plus vite, de plus en fort, alternant sorties violentes dans les graves et irruptions fracassantes dans les aiguës ! Ça marche une fois… Puis ça lasse. Deux heures de concert pour une petite démo rigolote de savoir-faire.

Gonzalez pourrait écrire de bons génériques de films ou d’émissions, c’est un bon mélodiste de séquences : d’ailleurs (hélas) il ne fait presque que cela. En effet, ses morceaux ne sont souvent que des boucles répétées à l’envi, avec autant de variations qu’il faut. Une bonne phrase musicale de quelques notes, et Chilly l’étire…

Et comme pour couronner sa pâtisserie très grasse et très sucrée de supermarché, Gonzalez achève son show par une reprise toute en réarrangements de la Foule Sentimentale d’Alain Souchon. La recette Shakira-Je l’aime à mourir appliquée à la ligne, le public français est conquis. Risque nul. Mais forcément malin…

- 3 - Complexe

Pédago-Démago

chilli_gonzales

Aux premières notes, on essaie de se faire plaisir en pensant à Keith Jarret : et si 30 ans après, Gonzales nous offrait les mêmes sensations que le mythique Köln Concert ? Mais la comparaison ne résiste pas plus de 10 notes. Puis, devant les boucles répétées par Gonzales, on s’est mis à espérer un nouveau Philip Glass. Mais non, pas du tout. En somme, l’artiste canadien n’est pas vraiment ce qu’il veut apparaitre…

En adaptant et en arrangeant des morceaux connus, en invitant un quatuor (le Kaiser quartet… un quatuor qui n’a d’ailleurs rien d’authentique, constitué de toutes pièces pour accompagner l' »artiste »), Gonzales alterne entre l’appropriation des gloires d’autrui et la séduction facile du public, en lui balançant ses madeleines avec un petit clin d’œil (un peu de Beatles, un peu de la 3ème de Bramhs, un peu de Stravinsky, un peu de Souchon etc) : conséquence, un public transporté (et sidéré car, bon sang, « ce qu’il est instruit et ce qu’il divertit ce Gonzalez » !). Car mister Chilly se régale à nous faire la leçon, façon Jean-François Zygel, sur ce qu’est un pizzicato ou un tremolo, sur les relations Brahms vs Wagner, sur l’histoire de la musique (TRÈS vite fait), sur les variations, sur les arpèges et les accords, sur la révolution Stravinsky, avec son Sacre du Printemps « Vous savez ça a fait une émeute » tente-t-il de nous apprendre. » Oui on sait Chilly…

Évoquant d’ailleurs les « riots » (sic) qu’avaient provoquées il y a une centaine d’années la révélation au public de la composition de Stravinsky, Chilly demande, cyniquement : « il vous faut quoi aujourd’hui pour provoquer une émeute à un concert? » La désapprobation se perd probablement autant que la culture de la musique : Trois morceaux consécutifs de Gonzales Live devrait suffire à faire bondir. Mais enfin, à l’évidence, Gonzales peut distribuer autant de guimauve calibrée qu’il souhaite, il est tranquille, le public qui vient le voir est tout acquis à sa cause. Nous on préfère encore mille fois Lang Lang, qu’on évite pourtant pour les mêmes débordements égotiques que Gonzales, et on préfère surtout écouter les vrais génies, les Martha Argerich  ou Alfred Brendel par exemple, pour qui jouer du piano n’est/était pas qu’une gloriole démonstrative, ou les Brahms, Schubert, Stravinsky et autres, dont les chefs d’œuvres se suffisent à eux-mêmes, sans qu’ils soient ré-arrangés ou samplés  dans un simili classique-pop par l’artiste canadien… Plus récemment aussi, les Thom York, Damon Albarn ont prouvé que le génie musical pouvait être autre chose que cette recette de plat du dimanche soir.

C’est vrai que Chilly Gonzales n’est pas mauvais. Il est même agréable d’écouter son CD en cuisinant ou en faisant le ménage. Génial ? Pas vraiment…

Rick Panegy

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