shechter_degeneration-

[Danse – Critique] DeGeneration de Hofesh Shechter

Cult (2004) / Fragments (2003) / Disappearing Act (2015) : Trois œuvres à l’intention franche, directe, sans concession. Trois chorégraphies imprégnées du désir de communier, de communiquer, imbibées de la passion qu’anime la quête de l’autre, ou la souffrance de la fuite de l’autre, ou du rejet… Autant d’enjeux entre les Hommes que le geste et les tableaux dessinés par Hofesh Shechter font éclater aux yeux du spectateurs, frappés par une musique agressive, aux allures d’urgence, de nécessité, composée par le chorégraphe lui-même.

Des trois spectacles, Fragments, de pas de deux subtils en esquisse de séduction, est peut-être le moins marquant. Deux danseurs, dont l’excellent Kenny Wing Tao Ho, se modèlent, se contournent, se détournent. Ils font corps, puis miroirs. Ils font des signes une possibilité puis font sens. Reprise de son spectacle créé en 2003, ce Fragments version 2015 est dansé, comme ses deux autres spectacles de ce  triptyque, par les danseurs de la Shechter Junior. C’est peut-être ce qu’il y a de plus séduisant de ce spectacle : ces fragments de vie, ces morceaux d’ébauche d’amour, ces bouts de failles dans la relation duelle, interprétés par des jeunes à l’aube de leur vie d’adulte, apportent une naïveté et une espérance dans l’interprétation, qui permettent un regard plus sensible sur l’œuvre…

[blockquote cite= »-Cult-« ]Something to fight for, something to live for, something to die for[/blockquote]

Cult (reprise de 2004 version Shechter junior) et la création Disappearing Act relèvent du même prisme juvénile : l’évocation de la volonté et celle de l’optimisme jaillissent à chaque mouvement. Et Shechter use de son procédé : le noir, succin et bref, et la réapparition d’une douche de lumière, autorisent le séquençage de ses spectacles, comme une narration du mouvement, qui s’étalerait hors du temps. C’est aussi par une synchronicité parfaite du geste et par un désir de montée dramatique, presque paroxystique, qu’il met en vie « les jeux de pouvoirs (…) et les luttes qu’ils entrainent » et la quête « du sens » et de l »harmonie sociale » (Entretien avec Jeanne Liger pour le Théâtre de la Ville).

Ce DeGeneration réjouit, il excite le sens jusqu’à l’euphorie, baignant dans un brassage fonceur de folklores (de Capoeira, de danses hébraïques ou indiennes…) et de gestes du quotidien. Mais certains regrettent la mécanique virtuose et un certain système de perfection visuelle, empêchant ainsi la fêlure, la faiblesse, l’erreur ou la fragilité, ce qui peut apparaitre regrettable pour un spectacle dont la démarche semble être la peinture des élans humains…

Rick Panegy

Ce diaporama nécessite JavaScript.