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[Festival d’Avignon 2015] A l’heure du choix…

by Rick Panegy17 juin 2015
Attentes, espoirs, inconnues

Après une édition 2014 qui avait réservé son lot de mésaventures climatiques et politiques, le Festival d’Avignon offre cette année à Olivier Py une nouvelle chance de satisfaire, à la Direction, les amateurs de théâtre. Lesquels, il faut bien se l’avouer, ont eu un peu de mal l’an dernier à voir s’envoler vers d’autres missions leur duo tant apprécié Baudriller – Archambault, après plus de 10 ans à la tête du Festival… A l’annonce de sa première programmation, Olivier Py avait du faire face à quelques moues boudeuses, essuyant un inévitable bizutage…

Avignon, c’est (….) ce bourdonnement de foules désirantes, ce tohu-bohu des fêtes, ce tintamarre des espérances. Olivier Py

Et pourtant, le séjour dans la Cité des Papes ne fut pas chemin de croix… On se souvient du superbe Coup Fatal d’Alain Platel, de la découverte La ronde du Carré de Dimitris Karantzas, de Sujets à vif décalés (Marie-Agnès Gillot, Lola Lafon), de la mise en scène remarquable d’Ivo Van Hove dans The Fountainhead, du formidable Mariage de Maria Braun de Thomas Ostermeier, de la magie Claude Régy et sa recréation dIntérieur, de l’aventure Henry VI de Thomas Jolly ou de l’élégance de Thomas Lebrun avec Lied BalletBien sûr il y eut les déceptions, et l’ennui parfois aussi. Mais des rencontres théâtrales, il ne faut garder que ce qui transporte ou transcende…

Je suis l’autre Olivier Py

« Je suis l’autre » clame Olivier Py dans sa note d’intention. Il y rappelle que le théâtre est un « champ utopique », que l’artiste est libre car sa liberté « est tournée vers une altérité habillée d’or, vers une ivresse d’échapper à soi-même ». Le théâtre, le Festival, des lieux de convergence, d’existence de l’autre, d’ouverture au Monde? Après les évènements de janvier 2015, le théâtre est peut-être le lieu de tous les rassemblements, de tous les débats d’idées, l’endroit où le vivre ensemble renaitra peut-être des différences et des disparités.

Alors en 2015, quelles attentes ? Quels espoirs ? Quelles inconnues ? Plongeon dans la programmation de cette 69ème édition, en vrac et en assumant les a priori : c’est toujours avec l’euphorie et la méfiance des passionnés que nous partons à la recherche de cette « poussière d’or qui semble appeler et qui brille dans l’air », cette poussière d’or qu’aime tant Pascal Rambert.

Attentes !

-Impatience-

Ostermeier, Ardant, Huppert, Dimitriadis, Lupa, Bourges, Shechter, Py… Shakespeare, Renucci, Novarina et Salamon… Le Soleil aussi, les apéritifs et les terrasses, les spectacles, tous les spectacles… Les surprises surtout. Et que les spectacles pour lesquels on ne doute pas ne nous déçoivent pas ! Voici notre petite sélection de ce que nous attendons avec impatience ! Bientôt

1/ Shakespeare in love

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Richard 3 – Thomas Ostermeier (Crédit Photo : Arno Declair)

Vous cochez le Richard III de Thomas Ostermeier sans hésitation : le metteur en scène allemand revient au Festival dans cette production très attendue de l’excellente Schaübune de Berlin. L’élégance des mises en scène de cet artiste, ses points de vue critiques et politiques, aiguisés mais fins, son regard sur le monde, et l’excellence de sa troupe, font de ce spectacle, assurément, l’un des points d’orgue du Festival.

2/ Déforesation

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Krystian Lupa – Wycinka Holzfallen / Des arbres à abattre (Crédit photo : Nathalie Kabanov)

Krystian Lupa met en scène depuis presque 40 ans. A la fois à la mise en scène, à la scénographie, à l’adaptation ou à l’écriture de ses pièces, à la lumière ou à la musique parfois, l’artiste polonais propose donc systématiquement des spectacles à son image, reflets de sa réflexion sur l’art, et fidèles à sa démarche artistique. Il adapte ici le récit de Thomas Bernhard Des arbres à abattre (Wycinka Holzfallen).

Et encore une fois, la dilatation du temps aura son rôle à jouer dans la relation qu’aura le spectateur à la pièce  : 4h30 de Lupa, on prend !

3/ Zazie dans la Cour

Le Vice et la Vertu ont rendez-vous cet été dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes. Et le dialogue entre ces deux facettes, à travers des textes de Sade réunis et retravaillés par Raphaël Enthoven, prendra forme sous les traits et la voix dIsabelle Huppert. Justine ou les malheurs de la vertu et L’histoire de Juliette ou les Prospérités du vice seront donc lus dans la Cour d’Honneur : Sade en grand et en plein cœur de la Cité des Papes, avouez que ça chatouille ! (et au passage, allez faire un tour dans son château, à Lacoste, à trois-quart d’heure de la ville)

4/ Tournée des Barbares

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Barbarians – Hofesh Shechter (Crédit Photo : Jake Walters)

Une trilogie du mouvement, toujours aussi rythmée, emportée, radicale et hypnotique que les précédentes propositions de Shechter : le style du chorégraphe londonien (issu de la Batsheva Dance Company) est toujours aussi beau, collectif, maîtrisé, énergique, bien que froid ou mécanique pour certains. Toujours ces bribes de tribal dans ses compositions, toujours cette musique détonnante…  On nous annonce que cette trilogie Barbarians  s’achève par un duo plus contemplatif: voila qui est étonnant pour Shechter mais qui aiguise la curiosité. On y va avec excitation.

5/ Shakespeare in Love (remake)

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Le Roi Lear – Olivier Py (Crédit Photo : Christophe de Raynaud de Lage)

Olivier Py s’installe dans la Cour d’Honneur et débute le Festival avec la création de Le Roi Lear, un Shakespeare qu’il réécrit lui-même dans une nouvelle adaptation en vers libres. Nous sommes impatients de découvrir ce classique revisité par l’emphase du metteur en scène-écrivain-poète et par la scénographie de Pierre-André Weitz, l’éternel complice de Py. Et Philippe Girard en roi shakespearien, on adhère!

6/  Sixième sens

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A mon seul désir – Gaëlle Bourges (crédit photo : Danielle Voirin)

A n’en pas douter, A mon seul désir de Gaëlle Bourges sera d’une élégante beauté et d’un rare poésie, teintée d’une mystérieuse ambiance sexuelle et d’un énigmatique climat quasi-fantastique. En adaptant en mouvement la célèbre tapisserie La Dame à la Licorne (le sixième morceau seulement), la chorégraphe ne fait pas la lumière sur le mystère de ce questionnant sixième panneau « A.Mon seul désir. I. », les cinq premiers étant plis lisiblement réservés aux cinq sens, mais elle met en relief ses contradictions et ses sous-entendus sexuels. Corps et masques dans le Gymnase du Lycée Saint-Jospeh. Allons-y !

7/ Ardant à vie

Pourquoi ? Parce que Fanny Ardantest un argument à elle-seule… Elle sera Cassandre, pour un soir seulement, celle de Christa Wolf, mise en musique par Michael Jarrel. Fanny Ardant et la liberté, cela a toujours été une association passionnante, tout au long de son parcours d’artiste : ici, que fera-t-elle alors du rapport de Cassandre à cette liberté ?

8/Guerre et Paix

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Monument O – Eszter Salamon (Crédit Photo : Ursula Kaufmann)

La mort sur la scène de la cour du Lycée Saint-Joseph. Dans Monument O, Eszter Salomon retrace cent ans de guerres et de conflits à travers les cinq continents: grâce à des chorégraphies tribales ou inspirées de danses populaires emmenées par six danseurs, sa danse devient alors un vecteur archéologique ou ethnologique. Pas joyeux mais à voir !

9/ Dédé

Dimitris Dimitriadis mis en lecture et en musique, il ne faut pas hésiter : c’est tout l’héritage d’Homère que le dramaturge et écrivain grecque fait s’entrechoquer dans son Homériade. Ulysse, Ithaque et Homère lui-même dans un triptyque lu par Robin Renucci, qu’on adore toujours retrouver au Festival d’Avignon. Un seul soir à l’Opéra Grand Avignon, la musique de Martin Romberg accompagnera les mots de Dimitriadis et la voix de Renucci.

10/ Noms et pinceaux

Au Cloître des Carmes, les mots seront au cœur de l’art. Parce qu’on les aime (forcément moins que l’artiste-écrivain suisse), on ne peut que conseiller Le Vivier des noms de Valère Novarina, un spectacle probablement encore à mi-chemin entre surréalisme bouffon et labyrinthe scénique, où la place belle sera faite au verbe. Comme un artiste n’est jamais qu’une seule chose, ce sera aussi l’occasion de profiter de ses toiles et de ses dessins, sur scène.

LE VIVIER DES NOMS -

Le Vivier des noms – Valère Novarina Crédit photo : C.Raynaud de Lage

 

11/ La cité dans la ville et un détour (ô Cher Chéreau) : Expos en Avignon

Sans Titre - Guillaume Bresson (2014)

Sans Titre – Guillaume Bresson (2014)

D’abord, à l’honneur dans l’Eglise des Célestins, le peintre Guillaume Bresson, le jeune artiste contemporain et urbain, dont un extrait d’une de ses œuvres compose l’affiche de ce 69ème Festival. Vous découvrirez ses techniques, spectaculaires (peinturr, collage, photo…), et l’urbanisme de ses toiles, où la cité, dans sa version banlieue, et sa violence -supposée- ou sa solidarité s’expriment dans des toiles à la composition décallée. Et on ne saurait que trop vous conseiller un détour par la Collection Lambert. Elle réouvre ses murs : Patrice Chéreau, immense metteur en scène, de théâtre, d’opéra, de films, familier du Festival d’Avignon, est à l’honneur dans une exposition inédite nommée « un musée imaginaire ». Souvenirs et émotions attendus avec cet hommage à un grand homme de la scène artistique contemporaine.

Pour faire un petit choix, on conseille ces spectacles, donc… Mais, en tout état de cause, le vrai conseil c’est « allez tout voir ! »

Espoirs / Inconnues

-L'avventura-

Pourquoi n’oser que les sentiers battus ? Les valeurs sûres, pour lesquelles nous sommes déjà un terrain conquis, garantissent notre plaisir de spectateur… Mais la surprise, aussi, la découverte surtout, sont les piliers de l’aventure théâtrale

Car au-delà des attentes et de ce qui crée l’impatience chez nous, c’est un bouillonnement d’espoirs et d’inconnues qui nous habitent.

Bouillonnement d’espoirs d’abord, car on attend beaucoup de certains spectacles, qu’on abordera avec les mains en prières, en espérant qu’ils nous séduisent, interrogés sur le papier par leurs qualités (on pense au Riquet de Laurent Brethome, ou à La Trilogie du Revoir de l’énergique Benjamin Porée. On espère aussi beaucoup du Antonio e cleopatra de Tiago Rodrigues, où la monumentalité de la légende sera effacée au profit des personnages et comédiens. Ou encore, de Dark Circus du duo Stereoptik à la Chapelle des Pénitents blancs, qu’on soupçonne et espère très visuel, et qui interroge : Pef au Festival d’Avignon, pour un spectacle jeune public, ça intrigue.. Et puis, on espère beaucoup de l’adaptation de Les Idiots, le chef d’œuvre de Lars Von Trier, par le dramaturge russe Kirill Serebrennikovqui transpose cette histoire de bousculement des valeurs dans la Russie moscovite actuelle, où règne une norme peut-être trop sclérosante…

Bouilonnement d’inconnues aussi, car le doute fait doucement irruption à chaque fois qu’on pense à Retour à Berratham d’Angelin Preljocaj. Ses collaborations avec Laurent Mauvignier sont rassurantes (Ce que j’appelle oubli par exemple) mais le chorégraphe nous a aussi habitué à de sacrées déceptions (Les Nuits dernièrement par exemple…). On a un peu peur quand on pense à Tombouctou déjà-vu dEmmanuelle Vo-Dinh aussi, car, malgré la qualité de ses propositions, on n’est pas sûrs de pouvoir toujours tout suivre ou bien comprendre : la chorégraphe est une artiste à la démarche ambitieuse… On ne sait pas ce que donnera le NoWorld / FPLL de Winter Family parce qu’on ne connait pas du tout… Ou le N°51 de Teater NO99, un duo d’artistes estonien qu’on ne connait pas davantage…

 

Les Idiots -

Les Idiots – Kirill Serebrennikov (Crédit Photo Alex Yocu)

Attentes, espoirs ou doutes, inconnues ou garanties, une chose demeure certaine : c’est avec l’esprit d’aventure que nous retournerons au Festival d’Avignon. Sans peur et sans inquiétude: la déception fait partie du jeu, les bonnes surprises aussi…

Rick Panegy

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