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[Festival d’Avignon 2015] Entretien avec Tiit Ojasoo pour N°51 Mu Naine Vihastas…

by Rick Panegy on 8 juillet 2015
Festival d'Avignon
Au Sujet de N051 Mu Naine Vihastas
Fondé en 2005 par Ene-Liis Semper et Tiit Ojasoo, le Teater N099 est un théâtre d’expérimentation et de formes diverses, parfois entre la performance et l’installation. Chaque création porte un numéro, dans l’ordre décroissant de 99 à zéro. Les deux créateurs l’ont décidé : arrivé au spectacle « zéro » ils arrêteront le Teater N099. Celui présenté à Avignon porte le N051 et abordent la question de l’image et de la mémoire. Tiit Ojasso revient sur ces notions.

Rick&Pick : Votre spectacle est une réussite à Avignon. Le public est enthousiaste. Il y rit beaucoup. Pourtant il semble y avoir en filigrane quelque chose de mélancolique, n’est-ce pas ?

Tiit Ojasoo : C’est une comédie sur la solitude. Paradoxalement, quand dans la vie ça ne va pas si bien,  dans le même temps c’est aussi drôle. Dans tout sujet tragique, il est important de trouver ces rares moments où cela prête à rire.

Existe-t-il encore des photos importantes ? Tiit Ojasoo

R&P : Dans cotre spectacle, il n’y a plus de repères, dès le début, ils sont gommés. On ne sait pas grand chose ou rien, des personnages. Puis il y a une inversion des rôles de leadership des personnages également. Dites-nous en davantage sur ce procédé narratif et ce qu’il dit de votre spectacle.

Tiit Ojasoo : C’est juste ! Cela nous a pris beaucoup de temps pour convaincre les comédiens qu’ils n’avaient pas de passé psychologique à dévoiler ou à posséder ! Dans le jeu des comédiens, il est pourtant important de préparer pour son personnage un passé quelconque sur lequel s’appuyer. Mais lorsque nous arrivions à des situations où ces histoires étaient en commun (imbriquées dans le récit, NDLR), cela devenait très pesant et très lourd. Nous avons donc abandonné la construction psychologique des personnages. En plus de ce problème « technique », l’anonymat dans cette société était tout de même au final très important à montrer. Ici même, nous avons beau communiquer, nous ignorons tout de qui nous sommes l’un l’autre. Mais, dans le même temps, cela n’empêche pas de parler de choses communes…

L’anonymat dans note société était (…) important à montrer. Tiit Ojasoo

R&P : Il y a aussi une déconstruction du repère du temps… Notamment avec cette fin qui reboucle avec le passé que nous ne connaissions pas. Quel sens peut avoir cette histoire de temps, celui que ne semble plus maitriser l’homme, dans N051 ?

Tiit Ojasoo : Je pense que l’un des problèmes des spectacles de théâtre, c’est qu’ils veulent avoir une ligne directrice à suivre. Tout personnage s’y trouve pour un prétexte quelconque mais tout devient très vite trop visible ou prévisible pour le spectateur. Surtout dans le monde d’aujourd’hui où toutes les histoires sont pratiquement connues… Mais dans le même temps, dans nos vies propres, il y a des rencontres ou des décisions qui se prennent par pur hasard. Il était important de trouver une balance entre les décisions qui se prennent et notre imprécision poétique. On peut dire finalement qu’il s’agit d’un mélodrame très simple d’un couple qui s’est querellé.

R&P : C’est un théâtre qui se rapproche de la performance ou de l’installation. Très plastique. Il y a beaucoup de références à des peintures ou photographies connues, mais pas forcément perceptibles par tous, noyées dans la masse des autres photos. Quelle est la part d’importance de ces références dans le discours de N051 ?

Tiit Ojasoo : Au moment où il y a le plus de photos à la chaine, il y a en effet des références à des grands photographes. Et au milieu, il y a aussi ces photos de famille qui font référence à toutes ces photos standardisées de toutes les familles qui s’y reconnaissent, et identiques à toutes les autres. Et d’un autre côté, en effet, ces références aux grands photographes, mondialement connues…

Pourquoi une photo mérite-t-elle de rester dans l’histoire ? Tiit Ojasoo

 R&P : Concernant ces références communes des œuvres célèbres et des photos  : Quel est le lien avec cette universalité que raconte cette historie triviale de rupture de couple ?

Tiit Ojasoo : Oui… J’espère que cela suscite beaucoup de questions. Pourquoi une photo mérite-t-elle de rester dans l’histoire ? Quand on prend une photo de Nan Goldin par exemple: pourquoi nous souvenons-nous précisément de cette photo-là ? Et pas d’une autre ? Et à côté, si nous mettons une photo de famille tout à fait banale : auprès du spectateur, cette photo soi-disant banale peut susciter tant de références, tant de souvenirs, qu’elle peut revêtir autant d’importance que la photo de Nan Goldin !

Dans le monde d’aujourd’hui pourtant, tant de photos sont faites qu’on se demande si il existe encore pour chacun de nous des photos importantes…

R&P: Se pose tout de même dans ce spectacle-là la question de la mémoire. Est-ce un lien avec la société contemporaine de l’éphémère ?

Tiit Ojasoo : En effet, pour chaque spectacle les comédiens font beaucoup d’efforts pour les photos prises en live et en direct. Mais pourtant, qui va les revisionner ? Personne !

R&P: En parlant de l’éphémère, votre propre théâtre (Teater N099) devrait s’arrête dans quelques années, quand votre dernier spectacle portera le N01. Votre théâtre transcendera peut-être l’éphémère grâce aux captations, aux images justement…

T.O. : En ce qui concerne le théâtre, comme notre vie personnelle, vous savez, rien n’est éternel…

Propos recueillis par Rick Panegy

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