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[Festival d’Avignon 2015] Le Roi Lear par Olivier Py

by 12 juillet 2015
Verdict...
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Rick Panegy
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LA CRITIQUE
/ EN BREF /Olivier Py en rêvait, il l’a fait. Il livre un Le Roi Lear excessif et déjanté, où se mêlent un certain lyrisme et un certain goût de l’outrance. La nouvelle traduction (adaptation plutôt ?) du texte de Shakespeare par Olivier Py lui-même est osée, mais dangereusement bancale. Py propose une vision politique et ironique du chef d’œuvre, toutefois il ne parvient pas totalement à ses fins. Dommage.

Il aurait du être jeté au fond du trou avec Lear et tous les autres, Olivier Py, à en lire les premiers retours excessivement virulents d’une partie de la presse. Et elle se réjouirait malicieusement à jeter la dernière pelletée de terre, ce qui ponctuerait l’acharnement parfois assez étrange de certains critiques, dont l’excès n’avait d’égal que celui de Py qu’ils dénonçaient !

Au centre de la scène, au terme de plus de deux heures trente de cris et d’effets emphatique, Py fait littéralement disparaitre le roi fou, et sa bande de désaxés, animés par l’ambition, la colère, le pouvoir ou la déraison. Un trou creusé dans l’arène centrale devient le lieu, dans une symbolique appuyée, où confluent toutes les névroses politiques et personnelles, les querelles et la déraisons. La fin s’étire, comme le spectacle. Le bouffon y est poussé à l’extrême, le poids du politique est alourdi du lest de l’engagement total de Py, le drame parfois noyé dans la grandiloquence, le jeu des comédiens trop appuyé, les effets trop nombreux et le texte faussement extrêmement contemporain. Pourtant, il règne dans cette mis en scène controversée du Roi Lear un chaos qui fait sens en substance, une déchéance du politique et du collectif. Hélas, souvent diluée par un déséquilibre de l’ensemble, qui semble au final assez inabouti…

On reproche beaucoup au metteur en scène. Du plus absurde à l’anecdotique. D’aucune ont pointé du doigt les hommes nus : Mais s’indigne-t-on (elle) de la nudité dans Les Idiots, Soudain la nuit, Richard 3, Barbarians -autant de spectacles du Festival d’Avignon où l’on pu apercevoir des hommes nus- etc ? Curieux reproche lorsqu’on sait que le texte de Shakespeare lui-même évoquent la nudité de Lear et d’Edgar. Le pauvre Py serait en outre misogyne. Allez savoir pourquoi…

On s’offusque de sa Cordelia quasi-muette : pourquoi ne pas accepter cette lecture utra-symbolique de Py, qui place le langage et le sens au cœur de sa charge politique : Cordelia, dans son silence, ne refuse-t-elle pas de donner au pouvoir ce qu’il attend ? Le silence est une arme politique, comme une marche, un sitting, un corps qui se lève silencieux contre le bruit du pouvoir. A moins que ce silence-là ne soit aussi l’écho d’un autre silence : celui de ceux qui n’ont pas le pouvoir, et qui, par cette attitude, donnent leur bénédiction , un « laisser-aller au conflit » ou un « laisser-faire ». Comment ne pas y entendre de résonances à l’actualité ? Le Lear de Py,  très politique, est ouvert sur l’Histoire et notre contemporanéité : l’artiste ponctue son spectacle de quelques scènes de guerre (un charnier moderne) ou de violence militaire (des kalachnikovs) ; on y devine les dérèglements actuels de nos sociétés en conflits. C’était peut-être une ambition trop vaste…

Ton silence est une machine de guerre. Le Roi Lear

On s’étrangle de sa réécriture vulgaire, et des excès, tant dans la mise en scène que dans la direction des comédiens.  C’est probablement là que se niche le hic en effet. Si les excès font partie de la définition même du théâtre de Py -reprocher à Py l’emphase, c’est comme dire qu’il y aurait trop de bleu chez Klein- elle est ici trop mal maitrisée par le metteur en scène-dramaturge. La traduction, voulue concise et percutante pour coller au rythme de l’anglais, notamment en la modernisant, échoue dans un épuisant déclamatoire grandiloquent, alors même que les mots sont francs, directs, parfois grossier ou vulgaire pour plus de force. C’est pourtant fatiguant à écouter. On perd par moment le sens des dialogues ou des scènes, paradoxe regrettable pour une traduction raccourcie, sensée être plus moderne et plus dynamique.

Les intentions ne sont pourtant pas inintéressantes, mais laissent un goût d’inachevé, de cible manquée. L’idée de personnages braillards, de folie généralisée, de dérèglements tantôt foutraques ou grandguignols, aurait pu faire mouche. Py -malgré lui?- met la démesure et l’outrance au service du stéréotype (Nâzim Boudjenah, Amira Casar, Jean-Damien Barbin et d’autres) plutôt qu’au service du drame qui se joue. A moins que la folie généralisée de la pièce de Shakespeare ne soit vue elle-même par Py comme un grand cirque pathétique. Peut-être : il ne manquait plus que le chapiteau au-dessus de la piste, sur scène…

La scénographie de Pierre-André Weitz se veut spectaculaire. On regrette pourtant une utilisation de l’espace scénique trop centrée, laissant cour et jardin totalement désertés. La scénographie, à l’origine, devait apparemment englober de gradins toute la scène centrale. N’ayant pu être fait, ce projet laisse les spectateurs face à un drame recentré classiquement au cœur, au final assez statique. Le spectateur se retrouve projeté loin du tragique qui se met en place. C’est ballot… Toutefois, admettons la qualité plastique du travail de Weitz, toujours, dont la marque esthétique est reconnaissable ; elle contribue au plaisir de spectateur d’assister à du « spectacle presque spectaculaire ».

Philippe Girard en Roi Lear ? On a vu mieux, on verra bien pire. Comme ce Roi Lear. Calmons-nous.

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Crédits Photos / © Christophe Raynaud de Lage

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