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[Festival d’Avignon 2015] Barbarians d’Hofesh Shechter

Les invasions barbares
by 15 juillet 2015
Pourquoi "oui" ?

- Le travail sur les éclairages.
- Un travail sur le son et la musique varié (cette fois-ci le baroque se mêle aux créations électro de Shechter lui-même).
- le spectaculaire des chorégraphies de groupe, où la synchronicité est absolument parfaite.
- l'énergie, la générosité, l'extrême euphorie qui s'en dégage.

Pourquoi "non" ?

- Un triptyque inégal, certaines parties moins réjouissantes.
- Un discours parfois abscons et (volontairement?) contradictoire en voix-off.
- Une tentative un peu manqué d'apporter sensibilité et humanité dans ses chorégraphies quasi-martial et froides
- Un final perturbant où la question de la place de l'individu dans le groupe est laissée à interprétation...

Verdict...
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Rick Panegy
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LA CRITIQUE
/ EN BREF / Hofesh Shechter présente un de ses spectacles pour la première fois au Festival d’Avignon. Il y présente « Barbarians« , un spectacle sous forme de triptyque, où la force du geste, la synchronicité extrême des mouvements et le travail poussé sur la lumière et le son sont toujours les éléments clefs du langage chorégraphique du chorégraphe. Cette-fois, il y ajoute, derrière son éternel regard sur le groupe, un questionnement sur l’individu, avec davantage d’intime… Inégal, questionnant.

Avec Barbarians, le chorégraphe Hofesh Shechter offre un triptyque enlevé, visuellement estomaquant, et questionne une fois de plus le rapport de l’individu au groupe. Barbarians est explosion visuelle, bien qu’inégal et ambigu. Retour sur une expérience encore une fois excitante et belle mais au goût doux-amer…

C’est peu dire que Barbarians était attendu. Côté danse, Shechter a la cote. Il fait salle comble, et pour cause : sa danse est virtuose, elle éclate de vitalité et d’énergie et offre un spectacle euphorisant tant l’esthétique et le dynamisme sont (excessivement?) développé comme un règle sine qua non. Cette fois, si le chorégraphe reste fidèle aux invariants qui composent son style, il tente d’explorer davantage l’intimité. Le groupe pourtant, comme une oppression sociale, revient toujours comme un « garde-fou ». Le spectacle est très graphique, comme toujours. Mais il ne tient pas ses promesses des premières minutes. Barbarians fait partie de ces spectacles qu’on dit « efficaces », avec toute la réserve que cela implique…

Avec ce triptyque, l’artiste offre encore une danse énergique et vigoureuse, où l’engagement et la vivacité répondent à la perfection de ses chorégraphies collectives, toujours nettes, irréprochables et réglées au millimètre près. Le travail mené sur la musique et le mixage sonore, ainsi que sur la lumière, est encore une fois particulièrement soigné. C’est tout le « système Shechter » qui est une nouvelle fois appliqué, et que certains reprochent d’ailleurs au chorégraphe issu de la Batsheva Dance Company : offrir du rythme, de l’esthétisme (un spectacle son et lumière, en somme), des ruptures franches (tant chorégraphiques que scénographiques), un mélange de danse postmoderne et de saillies tribales, et de la force et du corps en perpétuel mouvement. Ses propositions résonneraient, lit-on parfois, comme de la « séduction facile ou tape à l’œil ». En outre, la perfection toute britannique des spectacles de Shechter n’autorise finalement que peu de variations d’émotions : ce sont souvent des « shoots » d’excitation, des jubilations éphémères. Pour certains, c’est trop peu ; pour d’autres, le savoir-faire est suffisant au plaisir…

« The Barbarians in love » est la première partie du triptyque, dans laquelle Shechter met en scène un groupe de jeunes individus qu’une voix féminine extérieure, en Off, semble vouloir formater en une entité : le groupe. Telle une enseignante ou une geôlière d’un futur totalitaire, elle profère des « leçons » du type « Lesson 1 – Order must be » ; « Lesson 2 – You are one, one together » ; « I’m going to teach you about life – I am yours, you are mine », etc. Les danseurs, tous jeunes et vêtus d’un blanc pur et virginal, semblent être l’allégorie d’une perfection innocente, que Shechter illustre par un mix de musique électro et de baroque (musique qu’il définit lui-même comme se rapprochant le plus de cette perfection et de la beauté). Ils termineront nus, face public, comme une exposition du terreau encore intact avant l’impact du collectif. C’est la meilleure des trois parties.

Dans la seconde partie, « tHE bAD », la moins bonne, on retrouve un condensé énergique de toute la syntaxe chorégraphique de Shechter, comme un cliché de lui-même. Nous ne sommes pas loin du « fucking cliché » exprimé par l’artiste lui-même quand il dialoguait avec la voix off dans la première partie. Toutefois, l’énergie et la générosité sont palpables, et la bestialité comme le sous-texte sexuel retentissent en opposition au premier tableau. Le groupe, encore une fois, impose sa présence comme une nécessité.

C’est la dernière partie, « Two completely different angles of the same fucking thing », assez nouvelle dans sa forme pour Shechter, qui interroge davantage. Un couple se repousse, se séduit, se bouscule aussi, il cherche visiblement à grandir ; un passage où l’humour et la tendresse viennent enrichir la palette du chorégraphe (c’est une tentative). Mais lorsque les danseurs des deux premières parties reviennent, le couple se fond finalement dans le groupe et disparaît. Shechter pointe peut-être là la fatalité sociale : la pression des pairs, l’impact de la masse collective. Questionnant cependant : il ne semble pas nécessairement le dénoncer. Il y a alors un sentiment doux-amer sur la place de l’individu et la force de sa singularité dans un contexte collectif…

Alors que la voix de Shechter murmurait « Be free son, free to live your life as you wish », ce dernier tableau est déroutant… Les Barbares que dessine Shechter dans son spectacle seraient-ils ceux qui formatent la jeunesse jusqu’à l’impossibilité d’une jouissance individuelle hors du groupe ? Ou ceux qui ne s’y soumettent pas ?

Structure makes sense. Hofesh Shechter - Barbarians

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Rick Panegy

Crédits Photos / © Christophe Raynaud de Lage

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