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[Livre – Critique] Le Crime du Comte Neville d’Amélie Nothomb

Assomant
by  on 13 septembre 2015
Littérature
Pourquoi "oui" ?

- Plus grand chose...
- C'est court, quand on a un trou de deux heures à combler, c'est pratique.
- Ce n'est pas mal écrit : très appliqué, il y a des guillemets, des tirets, des incises. La syntaxe est bonne, pas de gros mots, rien que du lexique de qualité. La Belge aurait eu 20/20 en 4ème.

Pourquoi "non" ?

- Un système appliqué une nouvelle fois, celui du twist, du cynisme ou de la menace mais sans relief.
- Un style qui devient paresseux.
- Ça fait cher la page : le roman est en fait une nouvelle vendu à prix fort...

Verdict...
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Rick Panegy
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Comment se moquer du monde ? (et devenir riche)
/ EN BREF / Amélie Nothomb sort son 24ème roman -?- mais ne renoue toujours pas avec le jubilatoire cynisme des premières œuvres. « Le crime du Comte Neuville » est aussi pâle qu’une rédaction scolaire trop appliquée à respecter un système, il est surtout le reflet d’une auteur devenue paresseuse dont le roman est aussi vite oublié que lu.

Cela fait bien une dizaine d’années, en étant plus que bienveillant, qu’Amélie Nothomb ne fait plus grand chose de bien. Métaphysique des tubes fut peut-être son dernier bon roman. L’écrivain Belge, pourtant, fut à ses débuts une auteur atypique, originale, dont l’écriture cynique et incisive provoquait une jubilation parfois sadique chez le lecteur. Du rire aussi, et le sentiment d’une lecture facile qui ne soit pas idiote… Elle n’est plus rien de tout cela. C’est même le contraire qui la définit : dorénavant, aucune audace, rien que du faussement insolent, très appliqué.

Car l’écrivain est -probablement- devenue une femme d’affaire, dont les romans, comme des rituels, sortent chaque année fin août, avant d’être oubliés par la rentrée littéraire. Le succès est continu depuis 25 étés, et Nothomb encaisse chaque août son chèque. Le moins vénal jetterait peut-être aussi ses convictions d’artistes bohème aux oubliettes… Pourquoi alors s’éloignerait-elle d’un système qui rapporte ? A moins que la gloire, si ce n’est l’égo, ne poussent la romancière belge à cultiver son jardin d’inconditionnels. A moins que…On n’ose penser que la faute de cette lamentable dégringolade de la provocatrice médiatique au rang de faiseuse d’histoires faciles d’Albin Michel ne revienne à l’éditeur lui-même, qui lui imposerait un cahier des charges lucratif contre lequel l’innocente star de littérature (?) contemporaine ne parviendrait pas à résister…

Qu’importe les sombres et irraisonnables motifs d’une chute de talent aussi vertigineuse et qu’importe qu’on l’eut aimé ou pas, le dernier roman d’Améloche est une fanfaronnade honteuse, un pied de nez aux exigences du lecteur (à son intelligence surtout, ce qui revient au même car la seule exigence du lecteur, après tout, c’est peu ou prou qu’on ne le prenne pas pour un imbécile). Et, même s’il est lu en moins de temps qu’il n’en faut pour faire les trois mètres qui vous séparent de votre canapé, Le crime du Comte Neuville ne devrait pas mettre plus d’une demi-seconde à vous faire rouler des yeux…

 

Ce qui est monstrueux n’est pas nécessairement indigne. Le crime du Comte Neuville

Resucée sans saveur – La recette Nothombienne semble ne jamais varier de base : la bourgeoisie ou l’aristocratie peuplent toujours et inlassablement le petit monde de l’écrivain, monde sans cesse rythmé par un cynisme ambiant et quelques dialogues piquants. L’intrigue, elle, tourne encore et encore autour d’un crime ou d’un meurtre, d’une menace ou de mort. Et l’opposition de mondes (ici générationnelle) est, une fois de plus, sous-jacente. L’intrigue de ce dernier Nothomb se résume, pour ne pas changer avec les précédents, à embrasser fadement un objectif narratif paresseux : le comte Neuville croise une chiromancienne qui lui apprend qu’il tuera quelqu’un lors de sa dernière garden party, avant de vendre son château. L’aristocrate s’inquiète, et sa fille au nom improbable -un rituel chez Nothomb-, nommée Sérieuse, s’empresse, engourdie de sa mélancolie adolescente, de proposer l’infanticide à son père. Absurdement il l’accepte, mais l’absurde faisant partie du système Nothomb plus rien ne surprend. Et le roman de défiler, de banalités en dialogues insipides sans intérêt (ni narratif ni philosophique ni même humoristique) jusqu’à la pirouette finale, à laquelle Amélie Nothomb se livre dans la plupart de ses romans. Las, en lieu et place d’un twist final, c’est un geste paresseux qui balaie tout le reste du récit, qui n’avait déjà guère de pêche : de la mort de Sérieuse ou du crime d’un père, qui animent la faible centaine de pages, Nothomb semble s’en débarrasser nonchalamment, furibarde de ne pas savoir comment finir son roman.

Ce ne sont pas les références aux tragédies, aux mythes ou à la littérature de Wilde, clairsemées « faiblardement » dans ce roman, qui le sortiront du bac à daubes de la rentrée. Un vingt-quatrième roman ? C’est plutôt au rayon « nouvelles » qu’on devrait le trouver, au côté de la quasi-totalité des autres Nothomb. Une idée pour l’écrivain belge : arrêter de nous faire passer sa vessie pour une lanterne, et sortir tous les trois ou quatre ans un recueil de trois ou quatre nouvelles. Cela suffira bien.. Mais lui rapporterait finalement moins d’euros : après tout mieux vaut vendre une nouvelle appelée roman chaque année au prix d’un roman. C’est plus simple et plus rentable. Même si c’est mauvais. « Ce qui est monstrueux n’est pas nécessairement indigne » écrit Nothomb. Si se foutre du monde est monstrueux, ce Crime du Comte Neuville est bigrement indigne.

Rick Panegy

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