Spectacles

[Théâtre – Critique] The Last Supper de Ahmed El Attar

Cairote à la mode bourgeoise
by 12 novembre 2015
Verdict...
NOTES
Rick Panegy
NOTES
You have rated this
LA CRITIQUE
/ EN BREF / Ahmed El Attar renvoie la politique égyptienne à la Cène. Ici, le dernier repas est celui d’une famille bourgeoise cairote, dont la chute est proche, et par écho, d’une certaine société égyptienne: politique et critique, moqueur aussi, The Last Supper laisse à réfléchir les causes d’un échec politique en Egypte, dans la trivialité d’un quotidien bourgeois ignorant…

Les parois, sans fenêtre, toutes de métal et d’opacité, ferment le monde de l’irresponsable bande bourgeoise sur lui-même : le drame qui se joue dans ce salon égyptien est finalement celui d’un aveuglement social, une sorte de sclérose de classe, des œillères en guise d’étendard. Cette famille, reflet de la société bourgeoise cairote, est hermétique au reste de la société, à l’image de ce salon froid, fermé et statique. En somme, elle ne se retourne que sur elle-même, et ne semble voir que le reflet de ses propres obsessions, aussi constantes que leurs silhouettes sont floues sur les murs d’aluminium…

Bien que l’écriture d’Ahmed El Attar est ici un peu appuyée, grossissant parfois les traits de ses personnages jusqu’à la caricature, elle reste -la limite est ténue- une satire pamphlétaire de la société égyptienne contemporaine, coincée entre Moubarak et Révolution , dont on apprécie le second degré, la dérision, le ridicule du cliché et la franchise de l’indignation moqueuse de l’auteur égyptien.

Dans un spectacle à la scénographie presque minimaliste et aux jeux de lumières légers -photographiant l’absurdité de certaines scènes dans un changement chromatique brutal- les comédiens incarnent, presque façon cliché, le paradoxe de l’ingratitude. En somme, ce mélange ingrat de la préservation des privilèges et l’absurdité d’une tradition qui n’hésite pas à se vouloir « progressiste » lorsque le progrès apporte à la bourgeoisie dominante le confort qu’elle refuse au reste de la population. Avec un mépris qui confirme son ignorance…

The Last Supper d’Ahmed El Attar n’a ni la verve, ni la colère d’un citoyen égyptien indigné, il n’a pas non plus la complexité et l’érudition du spécialiste, du pamphlétaire intellectuel, il n’a pas, non plus, le potache ou la bouffonnerie de la diatribe satirique mais il reste, entre sincérité et élégance, une photographie presque désemparée d’un dernier souper, à l’issue inéluctable. Lorsque le festin du dîner est aussi gargantuesque, le peuple s’invite forcément, tôt ou tard… Le théâtre politique peut parfois prendre des allures d’une moquerie grotesque.

Rick Panegy

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Crédits Photos / © Christophe Raynaud de Lage / Mostafa Abdel Aty

Vous êtes d'accord avec nous ?
N'importe quoi !
0%
Pas franchement d'accord
0%
D'accord avec vous !
0%
Absoluuuumeeent!
0%
Fonts by Google Fonts. Icons by Fontello. Full Credits here »