[Comédie Musicale – Critique] Résiste / Michel Berger – France Gall

[alert variation= »alert-info »]/ EN BREF / En faisant revivre les plus grands succès de Michel Berger chantés par France Gall, le musical Résiste ranime une nostalgie qui s’était assoupie et redonne un coup de fouet et une vitalité étonnantes aux chansons des deux artistes. Le spectacle est dynamique, assez bien écrit, visuellement riche, et éclatant d’un énergie incroyable. Bonne surprise ![/alert]

Ce n’est pas encore tout à fait Broadway… Il manque en effet par moment le savoir-faire à l’américaine, cette démesure, cette quête de l’entertainment à tout à prix qui animent les productions à New-York. Il manque  peut-être aussi cette maîtrise absolue du timing, du rythme à toute épreuve. Mais il y a, dans cette création de France Gall et de Bruck Dawit, une flamme de l’intime qui anime tout le show, un connivence affective qui transcende tout le spectacle, faisant de ce Résiste une réunion presque familiale.

Et force est de reconnaitre que l’on s’amuse autant dans la salle que sur scène : à dire vrai, on se sent, nous aussi, dans le bar le Lola’s, lieu de toute l’intrigue de Résiste. De l’énergie qui émane de tous les chanteurs/danseurs de la troupe à leur sincérité, c’est un sentiment de joie partagée qui traverse le spectateur, pour qui la simplicité efficace des retrouvailles avec les « tubes » a la même saveur réjouissante que le déferlement de tonus. Tonus que l’on doit surtout aux chorégraphies déchainées de Marion Motin (chorégraphe de Christine and the Queens ou Stromae…) et au don de soi sans limite des jeunes danseurs.

La groupie du pianiste, Il jouait du piano debout, Tout pour la musique, Musique, Résiste, Papillon de nuit, Viens je t’emmène, Les princes des villes, Si maman si, Comment lui dire ?, Débranche, La déclaration d’amour… Autant d’immenses succès de France Gall auxquels il faut ajouter un inédit de Michel Berger (Un dimanche au bord de l’eau) ou encore un ancien titre de France Gall, seulement connu des fans (Les accidents d’amour) et qui n’était pas sorti en single. Réjouissons-nous, il reste encore suffisamment de tubes pour faire une suite (attendue et prévue parait-il -?-) à cette histoire d’amour et d’émancipation : Babacar, Ella elle l’a, Evidemment, Amor Tambien, Cézanne peint, Calypso, La Chanson d’Azima etc ne sont pas dans ce « premier chapitre ».

Histoire d’amour et d’émancipation : recette assez classique, simpliste aussi peut-être. Un livret assez léger pourrait-on bouder, en faisant la fine bouche. Mais au final assez bien écrit, faisant se mêler les paroles des chansons de Berger à l’intrigue de manière habile, de telle sorte que la narration ne paraît pas artificielle. Récit auquel Gall et Dawitt ont pris soin d’ajouter une touche nostalgique -à double titre- en superposant aux changements de décors ou de chapitres des écrans de vidéos sur lesquelles apparait France Gall herself, dans de petites scènes qui font le bonheur de ses fans et qui transforment le récit joué sur scène en flashback : en grand-mère sympa, France Gall alias Moon, raconte l’histoire de sa jeunesse, lorsque, encore Maggie, elle dut se battre avec son père et sa sœur pour conserver la boîte le Lola’s…

On regrettera tout de même le comic-relief trop peu travaillé, bien qu’on apprécie sa présence et l’importance qui lui est réservé. Assez mal écrites, les punchlines et situations dans lesquelles sont placés les trois « Princes des Villes » tombent souvent à plat, manquent de nuances, et cassent régulièrement le rythme ou l’élan dramatique ou euphorique… Et pourtant, leur première arrivée, sur la chanson Les princes des Villes, en divas excentriques et fichtrement sexy (chorégraphie au déhanché délicieux), fut un sacré plaisir, à l’image d’autres passages dansés en groupe à la démesure juvénile communicative. Gageons que les auteurs (Laetitia Colombani notamment) auront corrigé (ou corrigerons assez vite) les quelques sorties / saillies comiques ratées ou les dialogues inter-titres parfois clichés ou téléphonés…

On regrettera aussi le manque de charisme et de voix de certains chanteurs (très belle présence toutefois de Corentine Collier) : l’orchestre live, compétent, étouffant parfois la performance vocale de la troupe (qui s’essaye à donner du volume aux chansons de France Gall, ce qui n’est pas gagné, il faut bien se l’avouer). Orchestre live qui suit avec réussite les propositions prudentes de France Gall et Bruck Dawit, à la direction musicale : les tubes sont  réarrangés, mais à peine, permettant ainsi au public fidèle et connaisseur de se reconnaitre dans leur souvenir eighties et de se réjouir en même d’un petit shoot de réorchestration inédite…

Résiste, où les moyens ont été mis dans les décors (et proprement), où les costumes mêlent chic et dandysme cool, et où les lumières alternent entre spectaculaire et intime, offre la possibilité de lier populaire et savoir-faire, ce qui est assez rare dans les comédies musicales françaises, surtout à grosse production. Et dire que nous étions sceptiques avant d’entrer dans la salle serait pourtant peu dire

Rick Panegy

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