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#Humeur/Opinion

#Humeur 12 : Festival d’Angoulême, la polémique du vent

by Rick Panegy7 janvier 2016
Le Festival de la BD d’Angoulême aura lieu du 28 au 31 janvier… Pas encore lancé que la polémique hurle déjà : parallèlement aux Fauves d’Angoulême, récompensant les meilleurs ouvrages publiés en langue française (et décernés par un jury ou par le public) est révélé le Grand Prix d’Angoulême. Ce dernier récompense chaque année depuis 42 ans un auteur de bande dessinée pour l’ensemble de sa carrière. Autant dire un grand nom ! Et patatras, cette année, la présélection pour ce Grand Prix prestigieux fait scandale : aucune femme !

Franquin, Reiser, Moebius, Tardi, Bilal, Wolinski, Druillet, Pétillon, Gotlib, Lauzier, Vuillemin, Loisel, Munoz, Dupuy/Berberian, Spiegelman, Willem, Otomo… Jugez plutôt cette liste prestigieuse (non-exhaustive) extraite des récipiendaires du Grand Prix du Festival d’Angoulême depuis sa création en 1974. Un Grand Prix emporté cette année, avant même le début du Festival dans une tourmente absurde, une polémique de surface, un peu dans l’air du temps, un scandale opportuniste qui réjouit les offusqués et attriste les autres…

De quoi s’agit-il ? On reproche au Festival sa « pré-sélection » de 30 auteurs de BD, parmi lesquels il aurait donc fallu voter pour le lauréat 2016… Une listes de 30 auteurs, sans une seule femme, ce que d’aucun, à commencer par Le Collectif des créatrices de Bande-dessinée contre le sexisme, a jugé inadmissible, scandaleux, méprisant, et forcément discriminatoire: « une négation totale de notre représentativité », « une discrimination évidente », s’exclame ce collectif.  Quelques auteurs, nommés parmi les trente chanceux, clament alors haut et fort leur soutien à la gente féminine et décident de se retirer eux-même de la liste : Riad Sattouf en tête, c’est une dizaine d’auteurs qui s’indignent, de Daniel Clowes à Etienne Davodeau, en passant par Joan Sfar et Milo Manara. Quelle est la part d’opportunisme, de fenêtre ouverte sur un bel espace médiatique, on ne le saura pas… Le courroux fait boule de neige, c’est désormais à la sphère médiatique de relayer l’info nauséabondo-machiste : aucune femme, le scandale ! Tous relaient la colère, eux-mêmes tellement indignés, de 20 minutes à Libé, qui propose même -oui ils savent toujours tout faire mieux à Libé- une liste de 15 auteurs féminines qu’ils jugent dignes du Grand Prix…

Jusqu’à ce que le Festival d’Angoulême lui-même soit obligé de répondre. Expliquer, faire de la pédagogie en somme. Restait plus que cela à faire, sans doute.

Mais ça ne fonctionne que sur ceux qui veulent apprendre la pédagogie… Quand les indignés sont convaincus qu’ils ont raison, qu’ils mélangent tout avec la conviction que leur confusion est la vérité, on ne s’en sort que rarement… Le Festival a beau expliquer que le Grand Prix récompense l’ensemble d’une carrière ; que, c’est un fait, la BD grouille  depuis tant d’années de grands auteurs masculins et moins de femmes-« on ne peut pas refaire l’histoire » écrivent-ils dans leur communiqué post tsunami outré- rien n’y fait : le Festival est donc sexiste ! Il s’acharne tout de même à se justifier, encore : ces dernières années, justement, le Festival a participé activement au renouveau du paysage dans la BD, notamment en terme de diversité et d’égalité, en donnant sa chance et en promouvant des auteurs féminines, en ouvrant des débats, des colloques ou des thèmes relevant d’un engagement en ce sens… Il aura beau expliquer que les diverses catégories des « Fauves d’or » récompensent n’importe qui, aussi bien des femmes que des hommes, même peu connu(e)s ou à la carrière encore fine, et que ces auteurs fraichement récompensés, notamment des femmes, ont par ce levier, la possibilité de gagner en notoriété, de faire bouger les lignes et de faire une immense carrière, pour être récompensés dans quelques années du Grand Prix…non… rien n’y fera. C’est dit, il faut des femmes, des femmes, des femmes à tout (grand) prix.

(lisez la réponse du Festival aux reproches qui lui sont faits)

Qu’importe donc s’il faut sacrifier des auteurs immenses, à la carrière longue et riche, sur l’autel de l’égalité et de la polémique, au profit d’une femme, à la carrière moins dense ! L’essentiel est cette fichue polémique, qui n’existe que par l’émotion dont elle est issue. Le Grand Prix sera moins légitime, au regard de son essence même, mais il soulagera l’âme peinée de la masse à la bonne conscience…

Qu’importe si les votants sont les auteurs eux-mêmes, quelques milliers, et qu’ils n’ont pas davantage récompensé une femme l’an dernier… (y en avait-il dans la pré-sélection d’ailleurs? Si oui, tiens-donc, les milliers d’auteurs votants ont préféré un homme ! Quels goujats en manque d’objectivité, devrait-on ironiser… Si non, tiens donc et pourquoi diable n’avons-nous pas eu le droit aux cris d’orfraie ?)

Il s’agit donc d’accepter l’histoire contemporaine de la Bande dessinée comme elle est : ces dernières décennies, et on peut le regretter, les hommes ont eu (pris?) davantage de place que les femmes dans ce domaine. C’est peut-être dommage mais c’est ainsi : ne serait-il pas injuste de ne pas reconnaitre leur carrière au titre d’une histoire moderne phallocrate ? Ne faut-il pas accepter plutôt de promouvoir le talent des femmes dans ce domaine aussi, en favorisant leur notoriété, leur diffusion, leur exposition -comme le fait le Festival d’Angoulême dans ses sélections- et attendre quelques années encore avant d’avoir un nombre conséquent de femmes auteurs à la carrière hors-normes, comme les messieurs cités en début de billet et récipiendaires du fameux Graal de la BD ?

Pour rassurer ceux qui verraient en moi un misogyne piqué au vif, rassurez-vous : j’estime qu’il est davantage important de composer des jurys où l’équité homme/femme est respecté, afin de garantir la diversité des points de vue, des sensibilités, et de permettre ainsi, l’émergence de -entre autres- femmes auteurs, et d’un autre schéma que celui appliqué par un conservatisme phallocrate. A ce titre, le jury de ce Festival est composé de 5 hommes et de 2 femmes… Bon, on aurait pu faire mieux. Voila donc mon point de vue : ne mettons pas les charrues avant les bœufs…

Enfin, pour faire taire la vague (corporatiste et médiatique principalement…car le public s’en fout, et les amateurs de BD savent que les plus grands auteurs, pour le moment, sont des hommes) le Festival avait décidé de rajouter des noms de femmes à la liste des nommés.. Conséquence : ça n’aurait pas changé pas grand chose : si les votants (tous les auteurs publiés en France en français, ça va, ça en fait de la diversité, vous n’allez pas dire qu’ils sont tous misogynes),  si ces votants donc, étaient restés objectifs, il aurait été peu probable qu’une des femmes rajoutées obtienne le Grand Prix… Dernier revirement, finalement : le Festival l’annonce tout de go, comme un renoncement : « votez pour qui vous voulez ».

On verra donc…

De mon point de vue : Claire Bretécher serait celle, s’il fallait le donner à une femme, qui devrait l’emporter. Mais elle a déjà obtenu, en 1983, le prix spécial du 10ème anniversaire, qui ne l’empêche pas techniquement d’obtenir à nouveau le prix. Tout de même, ça gène une peu. Mais puisque rien ne spécifie qu’un scénariste ne puisse pas être récompensé… qu’on récompense, avant toute femme, et avant tout autre homme aussi, Alejandro Jodorowsky!

En tout état de cause, oubliez donc la galette de janvier, la mode est à la tartufferie, pas très raffinée, la tartufferie bon marché, celle d’un fast-food mainstream, assez fade et sans risque pour plaire à plein de consommateurs…

Rick Panegy

PS : Ce billet n’engage que moi, pas Philip Pick…

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