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[Théâtre – Critique] Kings of War d’Ivo Van Hove

Game of Thrones
Spectacles
Pourquoi "oui" ?

- Une lecture réduite mais ciblée des trois pièces de Shakespeare.
- Une excellente direction des comédiens ! Performance saisissante de Hans Kesting et Eelco Smith
- Une proposition vidéo doublement efficace : permettant le hors-champ, rendant à cette succession de rois avides de pouvoir les allures de feuilleton sans fin...
- L'adaptation de Bart van den Eynde et Peter van Kraaij , gardant l'essentiel des récits complexes en les ramenant à la trame la plus signifiante sur le pouvoir et en gardant toutefois in extenso certaines répliques cultes.

Verdict...
NOTES
Rick Panegy
Philip Pick
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LA CRITIQUE
/EN BREF/ Avec le Toneelgroep d’Amsterdam, Ivo Van Hove explore sans détour les formes de pouvoir, par un condensé saisissant en forme de quasi-feuilleton des pièces de Shakespeare Henry V, Henry VI et Richard III. Kings Of War, un questionnement sur le pouvoir et sa toxicité, quelque soit sa forme. Captivant !

Kings of War aurait pu s’appeler Game of Thrones. Adaptant les pièces Henry V, Henry VI et Richard III de Shakespeare en moins de 4h30, Ivo Van Hove balaie les détails, les multiples chapitres et brosse le récit complexe jusqu’à le réduire à son essence : la question du pouvoir. L’accessoire laisse ici place au crucial : de quelle manière le pouvoir va-t-il briser celui qui l’exerce ? La forme du pouvoir exercé, qu’elle soit autoritaire, politique, ou idéaliste, modifie-t-elle le fondamental de l’exercice ? Van Hove, en accélérant la succession des règnes et des couronnements, toujours sur le même mode, selon le même protocole, fait surgir des récits complotistes de Shakespeare l’ironie malheureuse du pouvoir et son inéluctable glissement :  de l’incarnation d’une nation, d’un peuple, d’un collectif, le pouvoir glisse, systématiquement, vers une réduction à l’individu qui le possède (névrose, mégalomanie, isolement ou entreprise personnelle). Processus en apparence inévitable à la vue de ce Kings Of War, qui avance comme un éternel recommencement.

Sur scène, les anachronismes côtoient les totems monarchiques, comme pour mieux déplorer l’intemporalité du propos. Le décors, fait de grands espaces léchés et esthétiques comme souvent chez Van Hove, convoque la War Room de Churchill et l’abbaye de Westminster. L’utilisation de la vidéo est y doublement pertinente. Elle autorise, via un grand écran sur scène, le dévoilement des coulisses et des hors-champs (permettant ainsi un gonflement de l’espace scénique et des ambiances particulièrement efficace, alors que l’espace hors-champs utilisé n’est qu’un mince couloir qui fait le tour de la scène centrale). Elle permet aussi, via ces mêmes écrans, d’insuffler une dimension quasi-télévisuelle à l’aventure, un aspect de feuilleton sans fin et répété à l’infini : interstices, plans fixes, titres des séquences, visages avec noms en surtitre ; tout fait écho à une histoire scriptée, plus assourdissante, improbable et spectaculaire qu’elle ne pourrait être réelle. L’Histoire semblant dépasser la réalité, c’est sans détour que Van Hove embrasse la porosité entre réalité et fiction. Ainsi, chaque comédien incarnant plusieurs personnages (à quelques exceptions prêt), le sentiment d’une vérité modelée à l’image de série télévisée est amplifié… Et Van Hove de tirer de ce récit de complots l’ironie désabusée : les hommes de pouvoir sont-ils dans la réalité ?

Du pouvoir d’ailleurs Van Hove n’en dit rien de plus qu’un constat implacable : les règnes d’Henry V, d’Henry VI et de Richard III, entrecoupés de quelques tentatives vite avortées, sont tous frappés au sceau du drame du pouvoir. Les règnes successifs s’étranglent dans l’isolement (à ce titre, la dernière partie, où Richard 3 -Excellent Hans Kesting!- est seul dans une pièce vidée de son mobilier et aux issues obstruées est admirativement porteuse de sens). Le stéréotype est volontairement dessiné par le metteur en scène : les personnalités fortement distinctes des trois rois qu’explore ce Kings of War raisonnent dans leur manière de gouverner, elles se rejoignent dans l’inéluctable, dans l’issue du politique. Trois manières de gouverner sont ainsi observées : la politique de la force avec Henry V (guerres et conquêtes -charismatique Ramsey Nasr), la politique de l’idéal d’Henry VI (foi et volonté de guide -Eelco Smits,parfait de fragilité et de veulerie) et celle du verbe de Richard III (manipulations -magnétique Hans Kesting-). Les trois manières de gouverner n’aboutissent pourtant qu’au chaos ou à l’échec, celui de l’homme et celui de sa politique.

Il ressort de ces 4h30 de spectacle sur le pouvoir, outre l’excellence de la mise en scène d’Ivo Van Hove et l’écriture habile de Bart van den Eynde à l’adaptation, un questionnement qui déborde sur nos sociétés contemporaines, lesquelles semblent être les héritières directes de ces politiques du verbe, de la force et de l’idéal, et paraissent fonctionner encore dans un système identique…

Rick Panegy

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