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[Danse – Critique] A un endroit du début de Germain Acogny et Mikael Serre

Quelque part après...
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Rick Panegy
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Quelque part après...
Germaine Acogny offre, au détour d’un récit très personnel sur sa famille et ses origines, une réflexion douce-amère sur l’identité, le colonialisme, l’authenticité et l’ambivalence qui compose chaque individu aux racines multiples ou déformées. Sous le regard de Mikael Serre, la célèbre danseuse et chorégraphe sénégalaise et française délivre, avec A un endroit du début, un spectacle d’une infinie justesse, d’une incroyable force, viscérale et émouvante. 

Elle a 72 ans, Germaine Acogny. Mais elle danse encore, et avec la même intensité, toujours. Récemment, elle dansait encore pour Olivier Dubois. Celle qui a créé au Sénégal le Centre International de Danses Traditionnelles et Contemporaines d’Afrique (L’école des Sables) en 2004 sait bien à quel point il est impossible d’ignorer, à présent, la porosité entre la tradition et l’influence contemporaine de la danse. A quel point il est difficile, notamment, de se départir des cultes et cultures d’origine, qu’ils soient ancestraux, séculaires ou familiaux et à quel prix, comme un contrepoint, il est difficile de lutter contre les mouvements des mutations et des influences du temps, qu’ils soient coloniaux, religieux ou sociétaux.

C’est tout cela que l’artiste raconte à travers sa propre histoire dans A un endroit du début, évoquant les tiraillements entre le rites ancestraux incarnés par sa grand-mère d’une part, et que son père, influencé par le colonialisme et l’installation du catholicisme, abandonna progressivement, et d’autre part, l’impossible retour pour elle à ces pratiques ancestrales qui la définissent pourtant. La colère s’exprime autant envers les Blancs qu’envers sa propre communauté, à travers son père, dont elle livre les écrits, qui embrassait l’influence occidentale en rejetant ses propres fondements culturels et spirituels. Toutefois, elle n’hésite pas à dénoncer les paradoxes : la polygamie par exemple, est en même temps une pratique difficilement abandonnée par le père « converti », et est en même temps une pratique qu’elle refuse, quand bien-même elle combat pour la conservation des éléments fondateurs des communautés.

C’est en somme, tout au long de ce spectacle dansé, raconté, illustré, la question profonde de l’identité et de la construction de soi (évoquant ipso facto la question de la déconstruction de l’autre) que Germaine Acogny soulève. Celle de l’identité et, a fortiori, comme un prolongement, celle de la transmission : qu’en sera-t-il des propres enfants des individus tiraillés entre leurs origines ancestrales et celles transmises par leurs propres parents qui ont laissé peu à peu s’effacer la mémoire communautaire ? La femme, dans l’Histoire de la transmission, est au cœur du questionnement féministe culturel de Germaine Acogny.

Autour d’une mise en scène de Mikael Serre, faite de projections (captations documentaires et créations vidéos de Sébastien Dupouey) et d’un rideau de fils sur lesquels apparaissent parfois les déclarations du propre père de Germaine Acogny -et qu’elle traverse et pénètre comme des retours aux origines- la musique sur laquelle danse l’artiste n’est jamais emprunte de clichés. Composée par Fabrice Bouillon (il faut aussi ajouté le sublime moment dansé sur Hurt de Johnny Cash), elle n’éloigne jamais vraiment Germaine Acogny de ce qui la définit sans jamais l’enfermer.

Lorsqu’au final, Germaine Acogny revient sur scène fardée d’un costume de gri-gri, c’est une volonté de ne pas effacer le souvenir, qui la construit, de sa grand-mère (prêtresse vaudou), et c’est aussi, lorsqu’elle s’en débarrasse lentement comme elle gommerait les oripeaux d’une trop sclérosante définition communautaire, une manière de réaffirmer que l’on nait de tout ce qui nous compose, des blessures causées par les démarches des ainés : Germaine Acogny est ici, à un endroit du début, de son début, quelque part après l’histoire de sa grand-mère ou de son père… Ses derniers mots, adressés à son père, « Je te pardonne », sont d’une déchirante vérité, et résonnent autant dans l’actualité que dans le parcours individuel du spectateur : le pardon, né d’une colère et d’une amertume qui ne guérira pas, est la seule action utile à la naissance d’un Soi unique, n’ignorant rien de ce qui l’a construit. Ne rien rejeter, ne rien embrasser du passé, comme on reviendrait en arrière, c’est la seule manière de trouver son « début ».

Acogny, Chorégaphe et danseuse aux gestes bouleversants, au regard franc et à la parole libre, parle d’elle, danse sur elle. Une heure durant, elle livre à l’autre une réflexion dansé sur son histoire, qui n’est pas loin de raisonner au creux de l’Histoire elle-même, dont chacun est l’enfant tiraillé.

Rick Panegy

 

 

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