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[Opéra – Critique] Rigoletto de Claus Guth

Pandora's Bancal Box
by 21 avril 2016
Verdict...
NOTES
Rick Panegy
Philip Pick
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Pandora's Bancal Box
La nouvelle production de Rigoletto, mise en scène par Claus Guth, ne séduit pas totalement. Inégal, il ne plonge pas assez dans le drame, notamment musicalement. Et s’embarrasse d’une mise en scène encombrante.

Cela commençait pourtant honorablement. Bien que l’idée du flash-back n’a rien d’original, elle permettait, au cours du prélude, une entrée dans le mélodrame de Verdi par la conclusion tragique. Rigoletto, éploré, ouvre une boite en carton, de laquelle il sort le linge souillé de sang de sa Gilda chérie. Le décor -Christian Schmidt- répliquant cette boite en carton s’ouvre alors, et se déploie comme on ouvrirait la boite de Pandore : le malheur, inévitable, qui s’est abattu sur le bouffon est raconté comme on relate un mythe. Le double de Rigoletto, muet et fardé tel un clown triste en guenille, fait perpétuellement irruption sur scène au côté du Rigoletto chanteur, comme un narrateur sans voix. Il sera témoin de sa propre chute. En suivant le héros comme une ombre damnée, il est un rappel du poids de la malédiction . Une bonne idée qui ne suffit pas.

Et puis, doucement, les premières impressions se ternissent. La sobriété qu’aurait pu inspirer le décor de Schmidt, qu’un minimalisme aurait davantage servi, laisse place à une surenchère maladroite et inutile d’effets scéniques : les projections (comme du Bill Viola… Tristan et Isolde a fait des émules.) ne sont qu’illustrations redondantes du récit. Parfois, elles sont une lecture symbolique un peu pataude de la relation père/fille. Un père (sur)protecteur qui peina trop à laisser son enfant grandir et s’émanciper : lecture appuyée par l’irruption sur scène du double enfant de Gilda… L’apparition gênante d’un cabaret façon Lido sur La donna e mobile encombre également l’espace autant qu’elle finit par être un contresens au drame qui se joue : le public rit là où, peu à peu, l’émotion doit grandir. Évoquons à peine le chœur, incarnant schématiquement la cour du duc : des gestes parasites, des mouvements approximatifs. Claus Guth peine à donner corps (mais était-ce nécessaire?) à cette masse normalement dans l’ombre.

Musicalement, on regrette une direction de Nicola Luisotti un peu trop sage : on y aurait préféré davantage de lyrisme et d’élan. Le chœur, particulièrement, est maladroit, manquant d’unité avec l’orchestre… Peut-être est-ce du au fait que, le soir où l’on assista à la représentation, Franco Vassallo n’acheva pas la soirée, laissant Quinn Kelsey reprendre son rôle de Rigoletto pour terminer le dernier acte. Victime d’allergie, il offrit une prestation trop contenue : Quinn Kelsey, la voix assurée, redonna toute sa gravité au drame. L’orchestre, ce n’est sûrement pas un hasard, fût alors bien meilleur au cours de ce dernier acte… Irina Lungu, investie, incarne une Gilda ingénue, bien plus à l’aise sur les morceaux chantés des airs que sur les vocalises des aria. Quant au volage Duc de Mantou, il est interprété par un Francesco Demuro qu’on aurait espéré plus puissant.

Depuis 1996, il n’y avait plus eu de nouvelles production de Rigoletto à l’Opéra de Paris. Celle de Claus Guth, attendue, propose une lecture dramaturgique réfléchie, entre flash-back, poids de la malédiction, libération inéluctable du Mal et présence continue et sourde du drame (l’ombre décharnée d’un Rigoletto abattu). Mais, encombrée d’une orientation volontairement grotesque, elle replace la tragédie en triviale bouffonnerie, réduisant a minima l’intensité dramatique propre au chef d’œuvre de Verdi. En cela, Claus Guth colle évidemment à Le Roi s’amuse de Victor Hugo, dont s’inspire le livret de Rigoletto, mais il ne parvient pas à faire de son héros un bouffon tragique, sublimé par le drame qui brise son arrogance…

Rick Panegy

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