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[Théâtre – Critique] Les Palmiers Sauvages de Séverine Chavrier

by 16 juin 2016
MICRO-CRITIQUE & NOTE
En bref...

Séverine Chavrier adapte "les palmiers sauvages" de William Faulkner dans une mise en espace inarrêtable, en permanence ébranlée, toujours en mouvement. Mené par deux comédiens à l'énergie débordante, le spectacle dresse le portrait d'un amour aussi soudain que totalitaire, caresse en substance l'impossibilité d'un amour absolu et parfait qui transcenderait le hic et nunc.

Pourquoi "oui" ?

- Une scénographie inventive, un plateau sans cesse en mouvement
- La direction d'acteurs -on the edge- entre improvisation et générosité
- Une adaptation de William Faulkner qui met en avant l'enfermement malgré l'espace
- Un théâtre qui s'exprime par "vignettes", saisissant au passage le défilement du temps
- Le travail omniprésent sur le son

Pourquoi "non" ?

- Le jeu parfois excessif de Laurent Papot
- Une mise en scène qui n'arrête jamais de bouger, de tomber, de fracasser
- Le travail omniprésent sur le son
- Une difficulté à terminer le spectacle

Verdict...
NOTES
Rick Panegy
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L'amour à mort

Combien de matelas sur scène ? Autant que possible… L’amour se consomme à tous les coins du plateau. Il déborde… après qu’il eut explosé lorsque les deux protagonistes se sont rencontrés dans une gare. Depuis, ils expérimentent un amour total, absolu, ignorant l’espace social et le temps naturel, oubliant les repères et les injonctions d’une vie quotidienne rythmée par les obligations.

Les deux héros partent à travers le pays et, semblant ne croiser rien d’autre que l’ombre de leur propre passion, ils vivent un amour total, restant tantôt quelques jours, tantôt plusieurs semaines, ici dans une cabane au bord d’un lac, là dans un Détroit enneigé… Ici et partout, leur amour déborde, grandit, il dépasse les lieux. Il y a dans cette aventure amoureuse comme une fuite qui côtoie l’épreuve : en se déplaçant perpétuellement, les deux amoureux semblent fuir l’ennui ou l’habitude, une manière de repartir à chaque fois à zéro ; en s’installant dans un nouveau lieu, à chaque fois, ils mettent à l’épreuve leurs sentiments, testant leur capacité à survivre à un nouveau contexte. Les Palmiers Sauvages de Faulkner aligne l’amour dans le sillon de l’espace et du temps et le recouvre de l’égoïsme humain.

Dans la proposition plastique de Chavrier, l’élan individuel, plus fort que la passion de couple, est formidablement retranscrit : chacun des deux passionnés ne paraissant expérimenter l’amour qu’à travers le prisme de leur propre désir exclusif et excessif. Sur scène, les parenthèses laissés à chacun des deux personnages, entre la vidéo et les puits de lumières, mettent parfaitement en avant l’égoïsme amoureux, avant même la passion commune. L’autre est un vecteur de sa propre fureur sentimentale.

Le travail permanent sur le son par Chavrier elle-même, sur scène côté cour, à peine cachée dans les coulisses, réagit live au jeu des comédiens, accentuant souvent le chemin individuel derrière l’aventure collective du couple. Le son, omniprésent, rappelle l’absence permanente du contexte physique autour des comédiens : la ville, la nature, l’autour n’existe pas physiquement sur scène ; il n’existe pas, visiblement, pour les deux amoureux, pour qui ne compte que l’expérience de leur amour. Le son de Chavrier, relayé par un travail vidéo très présent lui-aussi, rappelle au spectateur ce qui n’existe plus pour les protagonistes. Intelligent.

Pourtant, si ce travail autour de l’espace est ingénieux et sensé, l’aventure adaptée par Chavrier est ici un peu statique, la faute à l’espace scénique qui, même en perpétuel mouvement, et soutenu par des projections vidéos montrant la nature extérieure, ne fait pas assez la part belle à l’itinérance et à la migration : chez Faulkner, l’espace est, en continu, mouvant, changeant, différent, donnant à l’amour des deux jeunes passionnés des allures de cycle.

Cependant, s’il st quelque chose qu’est parvenu à faire parfaitement Chavrier, bien que le système en soit devenu un peu mécanique, c’est la restitution du temps étiré, répété, distendu et fuyant sans qu’aucun des deux héros ne s’en soucie. Procédant par vignettes, à la manière d’une BD vivante, Chavrier fait alterner saynètes avec « arrêts sur image », entre deux noirs pendant lesquels les comédiens se déplacent, restituant au retour de la lumière un nouveau moment, un nouveau cliché, un nouvel aperçu de l’amour consommé à l’excès, de l’ignorance (volontaire?) des heures et du temps des deux jeunes gens.

Belle réflexion autour du temps et de l’espace, malgré parfois ce statisme qui contrevient à l’esprit des palmiers, et belle énergie, tant au niveau des comédiens, qui frôlent par moment la caricature (Laurent Papot est aussi délectable que détestable) que de la mise en scène, débordant de chutes et des casses, mêlant artisanat et techniques. Les palmiers sauvages de Chavrier exposent l’amour totalitaire, guidé par son propre désir, celui de communier avec l’égoïsme de l’autre pour assouvir le sien, jusqu’à perdre tous repères : lorsque survient l’évènement final, rassemblant pourtant en un point commun l’amour des deux héros, le tragique prend place, inévitable.

Au totalitarisme amoureux, il n’y a d’autre issue que le drame. Il aurait probablement été préférable que la chute soit plus brutale, plus soudaine, moins appuyée et moins préparée, elle en aurait été que plus sauvage, à l’ombre des palmiers ignorants…

Rick Panegy

Séverine Chavrier, en juin 2016, est nommée à la Direction du CDN-Orléans.

Au Théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier jusqu’au 25 juin 2016.

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